La négociation collective toujours dynamique en 2024, selon le ministère du Travail

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icone Extrait de l'hebdo n°3993

Malgré quelques légers reculs, la négociation collective tient la barre, estime la Direction générale du travail dans son bilan 2024. Mais l’érosion des instances représentatives du personnel (IRP) dans les entreprises depuis les ordonnances travail de 2017 reste un sujet d’inquiétude pour la CFDT.

Par Sabine IzardPublié le 13/01/2026 à 13h00

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© DGT - DR

L’exercice est bien connu. Chaque année, la Direction générale du travail (DGT) présente, à la mi-décembre, son traditionnel bilan de la négociation collective. Le dernier porte sur l’année 2024. Chaque année, les services du ministère du Travail se sont félicités de la bonne santé du dialogue social en France. « En 2024, dans un contexte marqué par des incertitudes économiques, les négociations collectives de branche et d’entreprise sont restées dynamiques : tout en se tassant légèrement au regard des années immédiatement précédentes, elles retrouvent des volumes plus habituels et s’inscrivent dans la tendance haussière de moyen et long terme observée depuis environ dix ans », se réjouit ainsi l’organisme dans un document de synthèse qui accompagne le bilan.

« Attention, il s’agit là d’une photographie qui ne dit rien de la qualité du dialogue social !, nuance toutefois Christophe Clayette, secrétaire confédéral chargé du dialogue social. Depuis 2017, toutes les études constatent une baisse des instances représentatives du personnel dans les entreprises. Et cette tendance ne cesse de s’amplifier. »

Une bonne dynamique conventionnelle

Sur le plan quantitatif, la négociation dans les branches professionnelles est, elle aussi, restée dynamique : 1 031 textes ont été signés en 2024 (1 151 en 2023), dont quatre nouvelles CCN1, « signe que les travaux engagés en 2019 sur la restructuration des branches professionnelles aboutissent à de nouveaux textes structurants pour les branches concernées », pointe la DGT. Douze accords professionnels – dix à l’échelle nationale et deux à l’échelon local – ont également été conclus.

Malgré un repli (– 4,2 %), la négociation d’entreprise confirme, de son côté, son importance dans le paysage social français. Plus de 80 000 accords et avenants ont ainsi été conclus en 2024. Globalement, ces chiffres sont « dans la moyenne du nombre d’accords et avenants conclus ces cinq dernières années », révèle le bilan, sauf dans les entreprises de moins de 50 salariés, où le nombre d’accords conclus en 2024 est légèrement en deçà de la moyenne des cinq dernières années. Enfin, la négociation interprofessionnelle, « particulièrement dynamique », a débouché sur la signature de deux accords nationaux interprofessionnels le 14 novembre 2024 : l’ANI relatif à l’évolution du dialogue social et l’ANI en faveur de l’emploi des salariés expérimentés, s’enthousiasment les services du ministère du Travail.

Des IRP en retrait

Parmi les thèmes les plus négociés en 2024 au sein des entreprises, l’épargne salariale reste, sans surprise, le plus abordé (46 % des accords signés en 2024), suivi par les salaires et les primes (23 %) et le temps de travail (23 %). Mais la CFDT s’inquiète de la baisse constante depuis 2017 du nombre d’entreprises couvertes par une instance représentative du personnel (IRP). « Le nombre de délégués syndicaux signataires d’accords d’entreprise a baissé de 3,5 points en 2024 pour atteindre 49,6 % et de 11 points dans les entreprises de moins de 50 salariés (13 %) », note Christophe Clayette.

À propos de l'auteur

Sabine Izard
Journaliste

Dans le même temps, le nombre d’accords validés par référendum d’entreprise (salariés à la majorité des deux tiers) a progressé de 0,5 % en 2024 (24,5 % des accords signés) et de 7 points dans les entreprises de moins de 50 salariés pour atteindre 48 % des accords conclus. « C’est extrêmement inquiétant car le rapport de force est disproportionné. Les salariés ne savent pas faire ; ils n’ont reçu aucune formation, notamment juridique, ne peuvent recourir à l’expert ou à un cabinet d’avocat pour les accompagner car, souvent, il n’y a pas de budget. Ils sont exposés aux pressions de l’employeur sans pouvoir être soutenus par un syndicat », poursuit Christophe. Or, malheureusement, « cette tendance ne cesse de s’amplifier ».