La mise en garde de l’OIT sur les perspectives de l’emploi mondial

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iconeExtrait de l’hebdo n°3848

Dans un nouveau rapport, l’Organisation internationale du travail alerte sur la nette détérioration du marché de l’emploi, avec une chute significative du nombre d’emplois et un accroissement des inégalités entre pays développés et pays émergents.

Par Anne-Sophie Balle— Publié le 08/11/2022 à 13h00

Le Togolais Gilbert Houngbo, nouveau directeur général de l’OIT – le premier Africain à occuper ce poste –, a pris ses fonctions en octobre dernier.
Le Togolais Gilbert Houngbo, nouveau directeur général de l’OIT – le premier Africain à occuper ce poste –, a pris ses fonctions en octobre dernier.© ILO-OIT

Alors qu’au début de l’année, le monde commençait à se remettre du pic de la pandémie avec des taux d’emploi ayant retrouvé (voire dépassé) les niveaux d’avant-crise Covid, la situation s’est brutalement aggravée ces derniers mois, avertit l’OIT dans un rapport publié le 31 octobre. À la guerre qui fait rage en Ukraine depuis février sont venues s’ajouter d’autres crises qui pèsent lourdement sur les marchés du travail dans le monde.

Dans un contexte d’aggravation des crises de l’énergie et de l’insécurité alimentaire, de la hausse de l’inflation ou encore des craintes d’une récession mondiale imminente, « le ralentissement brutal du marché du travail est déjà en cours », prévient l’organisation. C’est ce que donne à voir l’étude du niveau des heures travaillées, inférieur de 1,5 % au troisième trimestre, soit un déficit de 40 millions d’emplois à temps plein. À cela s’ajoute la flambée des prix, qui fait mécaniquement baisser le salaire réel dans de nombreux pays. L’OIT insiste d’ailleurs sur « la situation désastreuse de l’emploi en Ukraine, où l’inflation devrait atteindre 30 % d’ici à la fin de l’année » et sur l’emploi inférieur de 15,5 % par rapport à 2021 (soit une perte de 2,4 millions d’emplois).

Un fossé qui se creuse, une normalisation à la traîne

Plus largement, deux enseignements sont à tirer de cette étude : d’abord, un fossé persiste en matière d’emploi, les métiers hautement qualifiés ayant connu une reprise nettement plus importante en 2022 que les emplois peu ou moyennement qualifiés, notamment chez les personnels des services directs aux particuliers, commerçants et vendeurs ; ensuite, on note dans les pays émergents que la croissance des emplois informels dépasse celle de l’emploi formel. En 2021, la croissance des emplois informels avait permis de compenser entièrement les pertes subies en 2020, ce qui n’est pas le cas pour les emplois formels.

« En 2022, on estime que les emplois informels devraient avoir un rythme de croissance similaire à celui des emplois formels, mettant ainsi en péril la tendance lente mais persistante en faveur de la formalisation observée ces quinze dernières années », note le rapport.

Un appel au dialogue social

Dans une conférence de presse, le nouveau directeur général de l’OIT, Gilbert Houngbo, appelle à « de nouveaux efforts coordonnés au niveau national et international […] pour empêcher un ralentissement général du marché du travail ». Le rapport met en garde contre une simple réaction politique à la hausse de l’inflation, appelle à un « dialogue social approfondi » et à des « politiques exhaustives, intégrées et équilibrées » qui traitent de l’inflation mais également de ses conséquences plus larges sur l’emploi, les entreprises et la pauvreté. « Le resserrement excessif des politiques entraîne des dégâts injustifiés au niveau des emplois et des revenus à la fois dans les pays avancés et dans les pays en développement », alerte-t-il.