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La CFDT se taille la part du lion chez KPMG

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iconeExtrait de l’hebdo n°3853

Au premier tour des dernières élections, la CFDT a totalisé 63,12 % des suffrages, confortant sa place de première organisation syndicale chez le leader de l’audit, du conseil et de l’expertise comptable. Un résultat à la hauteur de l’investissement des militants, qui ont réussi à changer l’image du syndicalisme dans l’entreprise.

Par Emmanuelle Pirat— Publié le 13/12/2022 à 13h00 et mis à jour le 15/12/2022 à 08h55

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© Syndheb

Ce n’est pas encore Noël, mais un air de fête flotte déjà dans la section CFDT de KPMG, le numéro un des cabinets d’audit et d’expertise comptable, qui emploie 10 000 salariés répartis sur 220 sites en France (métropole et Drom). Car les résultats du premier tour des élections professionnelles viennent de tomber : 63,12 % pour la CFDT, qui conforte ainsi sa première place d’organisation syndicale, devant la CFE-CGC – alors même que les cadres représentent 70 % des effectifs – et qui s’offre une hausse de 5 points depuis les dernières élections de 2019 (la CFDT était alors à 58,47 %) !

Le succès de l’équipe CFDT est d’autant plus éclatant que la mandature a été compliquée : ici comme ailleurs, la pandémie de Covid, les confinements et la mise en place du télétravail ont « freiné l’activité syndicale. On rencontrait moins les salariés. On a essayé de mettre des choses en œuvre mais c’est quand même plus difficile », indique Isabelle Liber, déléguée syndicale et représentante de proximité sur le site de Saint-Omer (Pas-de-Calais), également élue au CSE et conseillère prud’homale.

“Toujours là pour vous”

La vaste réorganisation des activités de l’entreprise (les trois métiers du cabinet, à savoir l’audit, le conseil et l’expertise comptable, ont chacun été répartis dans trois filiales) « a largement occupé la mandature et nous a beaucoup mobilisés », reconnaît Isabelle. Qui plus est dans un contexte d’activité accrue du cabinet, laquelle s’est traduite par une augmentation de la charge de travail et une forte pression professionnelle sur chaque salarié. Cependant, les militants CFDT n’ont pas lâché le terrain. « À l’occasion de la campagne précédant les élections, on a mené un travail de proximité pour faire adhérer les collaborateurs aux valeurs de notre organisation syndicale », explique Naïma Bendjilali, elle aussi déléguée syndicale, élue au CSE et représentante de proximité à Marseille (où elle a contribué à implanter la CFDT), et dont la devise est « Toujours là pour vous »… Un slogan qu’elle incarne parfaitement !

Le sérieux bilan de la section CFDT…

Dans cette campagne, les militants avaient aussi un atout de poids : un bilan sérieux à présenter aux salariés, avec un ensemble de nouvelles mesures et de nouveaux droits que la CFDT a su négocier. Citons, pêle-mêle, les améliorations concernant les mesures de temps partiel senior, négociées dans le « contrat de génération / GPEC », signé en juillet 2020 ; des mesures d’accompagnement du salarié ou du membre de sa famille en situation de handicap. Dans l’accord handicap, négocié en mars 2021, figure par exemple des Cesu1 jusqu’à 600 euros, un aménagement du temps de travail et un préavis de six mois (au lieu de trois) en cas d’inaptitude d’un salarié RQTH…

La CFDT a également fait avancer les droits en matière de formation (dont une bonification du CPF) ou d’égalité professionnelle (accord éga pro de février 2022)… Sans oublier les mesures d’accompagnement renforcé afin de faciliter la mobilité (professionnelle et géographique) des salariés dont le métier doit évoluer (prime d’installation, aide au reclassement du conjoint, etc.). Les élus n’ont pas oublié de proposer une offre variée d’activités sociales et culturelles sur un site internet totalement relooké, auquel les salariés peuvent accéder 24 heures sur 24.

… Et une image responsable du syndicalisme

« Quand nous avons implanté la CFDT, en 2003, “syndicaliste”, c’était presque un gros mot, explique Isabelle. Le métier du cabinet KPMG étant de “conseiller les patrons”. Heureusement, cet antisyndicalisme primaire n’a plus cours. Malgré le chemin parcouru, on sent encore des réticences, et la crainte d’adhérer de certains salariés, par peur de subir des pressions ou d’être freinés dans leur carrière. »

Mais la CFDT a su, pendant toutes ces années, présenter une image responsable du syndicalisme, souligne Khalid Otmani, secrétaire du CSE, délégué syndical du site de Montceau-les-Mines et référent handicap : « Depuis que la CFDT est majoritaire [au CE puis au CSE], c’est-à-dire depuis 2015, nous avons professionnalisé le rôle de représentant du personnel par le recours régulier à des experts santé, sécurité et conditions de travail ou à des avocats en droit du travail, avec un vrai rôle d’interpellation et de vigie, notamment dans le cadre de projets de transformation. » Les élus CFDT ont également œuvré pour que le CE (puis le CSE) sorte de son seul rôle de « chambre d’enregistrement ». « Maintenant, on fait de véritables comptes rendus aux salariés. Nous tenons à ce qu’ils soient correctement informés », ajoute Khalid.

Gagner en visibilité

Et l’équipe CFDT compte bien aller plus loin. « Il nous faut encore gagner en visibilité, en participation », souligne Sandrine Chassagne, déléguée syndicale et élue CSE du site de Toulouse. Le taux de participation aux élections (seulement 27 %) constitue évidemment un point délicat. « C’est le taux le plus bas que l’on ait jamais eu », ajoute Isabelle.

Certaines populations de salariés ne se sentent pas concernées par le scrutin. Ce n’est pas forcément à cause de leur âge (65 % des effectifs ont moins de 30 ans) mais plutôt parce qu’ils considèrent leur passage dans l’entreprise comme une façon de « faire leurs armes, pour la carte de visite aussi », souligne Khalid.  « Un taux de rotation du personnel qui varie entre 15 % et 20 % selon les métiers » explique en partie le peu d’envie d’engagement de la plupart des salariés. Ce n’est pourtant pas ce qui risque de freiner l’enthousiasme de l’équipe CFDT, qui savoure son excellent résultat électoral et tient d’ailleurs à y associer les syndicats 3C (Communication, Conseil, Culture) qui se sont mobilisés partout en France pour soutenir l’équipe… avant d’attaquer la feuille de route de la nouvelle mandature.