La CFDT de Veolia conquiert la première place

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icone Extrait de l'hebdo n°4030

Pour la première fois de son histoire, la CFDT est devenue la première organisation syndicale du groupe Veolia. Une satisfaction pour les militants les plus anciens, qui se démènent depuis des années pour imposer dans l’entreprise un dialogue social à la fois constructif et combatif.

Par Jérôme Citron — Publié le 06/10/2026 à 12h00

De gauche à droite: Cedric Devergne (à l'écran), Florencio Martin, Jérôme Garèche, Hervé Deroubaix (assis) et Karine Fey.
De gauche à droite: Cedric Devergne (à l'écran), Florencio Martin, Jérôme Garèche, Hervé Deroubaix (assis) et Karine Fey.© Syndheb

Veolia n’est pas n’importe quel groupe. Avec 215 000 salariés à travers le monde, dont 41 000 en France, il fait partie des plus gros employeurs privés de l’Hexagone. Cette entreprise, issue de la Générale des eaux puis de Vivendi, regroupe aujourd’hui trois grands domaines d’activité : l’eau, l’énergie et les déchets. Autant dire qu’il n’est pas aisé de s’y retrouver dans ses multiples établissements… D’un point de vue syndical, la branche eau est organisée en UES1, ce qui simplifie un peu la représentation, alors que la branche propreté compte 120 CSE2 différents. La branche énergie, nettement plus petite, soulève moins de difficultés en matière de représentativité syndicale.

Une première place fruit d’années de militantisme

Malgré tout, Veolia mesure la représentativité syndicale en France à l’échelle du groupe. Et c’est à ce niveau que la CFDT a pris la première place, pour la première fois, en 2026 avec 27,13 % des voix, devant la CGT (26,72 %), FO (23,23 %) et la CFE-CGC (11,82 %). Elle a obtenu huit élus sur trente au comité de groupe France. « Après toutes ces années de militantisme, c’est une grande satisfaction de voir que tout ce que nous avons construit a fini par nous conduire à la première place, et que les salariés ont compris notre positionnement », résume Hervé Deroubaix, militant CFDT de longue date chez Veolia et actuel secrétaire général du SNPEA-CFDT (Syndicat national des personnels de l’eau et de l’assainissement).

Cette première place est d’autant plus réjouissante aux yeux des militants qu’elle arrive à un moment où le dialogue social n’est pas au beau fixe au sein du groupe. Très indépendante, la CFDT fait ici parfois figure de vilain petit canard qui viendrait perturber des habitudes bien ancrées. « En matière de dialogue social, la direction a aujourd’hui tendance à ne faire que le strict minimum. On n’est clairement pas au niveau d’un groupe international », analyse Florencio Martin, représentant syndical groupe (RSG) siégeant au comité de groupe. « L’activité en France n’est pas ce qui rapporte le plus d’argent au groupe, poursuit Cedric Devergne, militant CFDT de la branche eau. On sent que ça tend les directions, qui ont tendance à vouloir faire des économies sur tout. Résultat, le turnover des salariés est de plus en plus élevé – ce qui pose des problèmes en matière de compétence et soulève parfois des questions de sécurité. »

Les militants CFDT du comité de groupe espèrent donc que cette première place permettra de redonner un peu d’élan au dialogue social, d’autant que Veolia souscrivait à une culture d’innovation sociale, il y a quelques années. « Il ne se passe plus rien ces derniers temps », regrette Jérôme Garèche, militant depuis plus de trente ans et représentant syndical adjoint groupe (RSAG) au comité de groupe. « Nous souhaitons aborder des sujets comme l’intelligence artificielle ou l’évolution des compétences dans l’entreprise le plus en amont possible – alors que la direction aurait plutôt tendance à attendre que la loi l’y oblige », ajoute son collègue Florencio.

Anticiper l’évolution des métiers due à la transition écologique

Par exemple, la CFDT de Veolia pousse à la création d’un observatoire paritaire au sein du groupe en vue d’anticiper l’évolution des métiers en lien avec la transition écologique. « Nous devons renouer avec de vraies négociations », insiste Karine Fey, déléguée syndicale CFDT de longue date, qui n’oublie pas non plus les difficultés actuelles. L’exemple de la canicule est éloquent. Rien n’a réellement été anticipé alors que cela fait plusieurs années que l’entreprise est impactée par les fortes chaleurs. « C’est au moment où les salariés ne peuvent plus travailler à cause de la chaleur que la direction réfléchit aux conditions de travail. On devrait pouvoir négocier la création d’une caisse d’intempérie, à l’instar de ce qui se pratique dans le bâtiment. »

À propos de l'auteur

Jérôme Citron
rédacteur en chef adjoint de CFDT Magazine

Le souhait de relancer les négociations va de pair avec la volonté de la CFDT de se faire davantage respecter par la direction. De fait, des dérapages se sont produits, ces derniers temps, notamment des propos tenus pendant les instances mettant en cause personnellement un élu et qui ont nécessité une réponse ferme de l’ensemble de la CFDT. Et ces militants de conclure : « Nous sommes à la CFDT. Notre ADN, c’est faire des propositions et essayer de trouver des accords pour avancer. Mais nous savons aussi être inflexibles si on nous manque de respect. La direction doit désormais prendre pleinement conscience de cette réalité. »