La CFDT de STGS apporte de l’eau au moulin du dialogue social

temps de lectureTemps de lecture 6 min

iconeExtrait de l’hebdo n°3795

Chez STGS, à Avranches (Manche), la jeune équipe CFDT veut convaincre les salariés de cette entreprise à la tradition paternaliste de rejoindre la section. Et elle entend devenir un acteur incontournable du dialogue social.

Par Guillaume Lefèvre— Publié le 19/10/2021 à 12h00 et mis à jour le 20/10/2021 à 07h26

De gauche à droite : Nadège Pacilly, secrétaire de la section CFDT de STGS Avranches ; Véronique Berhault, trésorière du CSE ; Philippe Billaux, secrétaire fédéral d’Interco chargé du dossier de l’eau et de l’assainissement.
De gauche à droite : Nadège Pacilly, secrétaire de la section CFDT de STGS Avranches ; Véronique Berhault, trésorière du CSE ; Philippe Billaux, secrétaire fédéral d’Interco chargé du dossier de l’eau et de l’assainissement.© Syndheb

« Nous voulons que les salariés changent de regard sur les syndicats et comprennent notre utilité. C’est notre défi principal », détaille Nadège Pacilly, secrétaire de section de STGS, une entreprise de 250 salariés qui accompagne depuis trente ans les collectivités locales du Grand Ouest dans la gestion de leur service des eaux et d’assainissement.

Si le siège de STGS se trouve à Avranches, en Normandie, des agences sont présentes dans les régions Bretagne, Pays de la Loire et Centre-Val de Loire, et réparties dans neuf départements. Le champ d’activité et d’action de la section, lui, s’étend du Poiré-sur-Vie (Vendée) à Sainte-Marie-des-Champs (Seine-Maritime) et de Brionne (Eure) à Pontivy (Morbihan). Une difficulté supplémentaire pour la section qui doit donc « jongler » avec des réalités locales très différentes. « Il n’y a pas une culture syndicale, complète Véronique Berhault, trésorière du comité social et économique (CSE). Tout s’est longtemps fait de gré à gré. Mais ce modèle a ses limites. »

Le tournant CFDT, une évidence

Le tournant a eu lieu en 2013, alors que des salariés annoncèrent qu’ils présenteraient une liste FO à l’occasion des élections qui étaient alors proches. « Dans la mesure où ce n’était pas notre conception du dialogue social, nous avons aussi franchi le pas », poursuit la salariée du service recouvrement. La CFDT s’est imposée comme une évidence. « On se sentait plus proche de son type de syndicalisme. Notre but n’était pas d’être contre l’employeur mais acteur de la vie de l’entreprise », précise Nadège.

Une fois les adhésions effectuées, le militantisme a suivi. « Mais c’était quelque chose qui nous paraissait très loin, qui ne nous intéressait pas. Nous n’aurions pas imaginé militer un jour », confient les deux cédétistes. Elles se sentent donc à la fois les plus légitimes pour en parler et les plus à même de comprendre comment lever les freins à l’engagement de leurs collègues. « D’autant que nous nous trouvons dans une entreprise qui a de bonnes perspectives, et qu’il est assez facile de parler en tête à tête avec la direction quand quelque chose ne va pas, ajoute Nadège. Alors pourquoi les salariés voudraient-ils prendre le risque d’être étiquetés ? » Malgré cette proximité avec les hiérarchies, les salariés ont clairement identifié leurs interlocutrices syndicales – au cas où…

Le choix d’un syndicalisme utile

« Ils savent venir nous trouver quand ils ont une question ou un problème, confirme Véronique. Parce que, même ici, ça arrive. » Les relations avec la hiérarchie, l’organisation du travail et les conditions de travail comptent parmi les préoccupations des salariés. Et si nombre de collègues n’en sont pas encore à franchir le pas de l’adhésion, ils s’aperçoivent bien qu’un syndicat peut se révéler utile chez STGS. Avec la crise sanitaire, le télétravail est devenu un sujet majeur (il était inexistant auparavant) et s’est imposé dans le quotidien des salariés ; dans ces conditions, le retour en présentiel à 100 % interroge. À ce propos, d’ailleurs, la CFDT va demander l’ouverture d’une négociation.

Ce chantier télescope une autre problématique chez STGS : la promiscuité qui existe à l’intérieur des locaux de l’entreprise a contraint à l’installation d’une partie des personnels dans des préfabriqués. Alors qu’une extension du bâtiment était envisagée avant la Covid-19, elle pourrait être repensée, voire reportée sine die. « Les espaces de repos ou de restauration sont insuffisants et trop petits, souligne Véronique. Lorsqu’il fait beau, on peut, certes, s’installer dehors, c’est agréable, mais ça ne règle pas le problème ! » La qualité de vie au travail, voilà donc un nouveau chantier dont se saisit la section.

Un enjeu central de service public

Si les militantes confirment la qualité du dialogue social, elles n’en sont pas moins prudentes : il s’agit avant tout d’une question de personnes. La réalité du jour n’étant pas celle du lendemain, mieux vaut prévenir que guérir. D’autant que l’eau constitue un secteur concurrentiel disputé et que les marchés publics, régulièrement renouvelés, peuvent mettre à mal cet équilibre. « Notre activité dépend de ces contrats », insiste Nadège. SI STGS est passé de 50 000 à 300 000 abonnés en quelques années, la vigilance reste de mise.

À propos de l'auteur

Guillaume Lefèvre
Journaliste

À cette concurrence s’ajoute le comportement systématique d’un autre acteur : les collectivités locales cherchent à tout prix à réduire leurs coûts. « Elles n’ont le plus souvent qu’un objectif : vendre l’eau la moins chère possible », regrette Philippe Billaux, secrétaire fédéral d’Interco  chargé du secteur de l’eau et de l’assainissement. Avec les conséquences que cela implique en matière de qualité de l’emploi, de reconnaissance salariale, de formation ou d’investissements dans les réseaux et les infrastructures. Résultat : 40 % de l’eau est perdue pendant son transit et n’arrive donc pas à destination. Une hérésie d’un point de vue écologique.
« Celui qui remporte le contrat est souvent le moins-disant social, au détriment des agents et de la qualité du service public, déplore Philippe. Le donneur d’ordre public est loin d’être à la hauteur des enjeux. » En lien avec la Fédération Interco et le Syndicat national des personnels de l’eau et de l’assainissement (SNPEA-CFDT) dans le cadre de séminaires, les militantes échangent avec leurs collègues d’autres entreprises du secteur. « On s’aperçoit que nos problématiques sont partagées, nous savons que nous ne sommes pas seuls. »