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La CFDT, actrice de la transition

En tant qu’organisation syndicale, la CFDT a un rôle à jouer. Au sein des entreprises, des administrations, des branches professionnelles, des filières et des territoires, des militants sont à pied d’œuvre pour faire avancer la transition juste.

Par Emmanuelle Pirat— Publié le 02/12/2022 à 10h00

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© Divergence

Quand la direction du BRGM1 a présenté son plan sobriété début octobre, l’équipe CFDT, aguerrie aux questions d’écologie, a tout de suite relevé les manches. « On a travaillé pour challenger les mesures qui nous semblaient avant tout anecdotiques, comme éteindre la lumière en sortant d’une pièce… Surtout, nous avons demandé que les propositions soient chiffrées, avec des indicateurs, pour connaître leur impact réel, et qu’elles s’inscrivent dans une véritable stratégie de long terme », expliquent Julien Rey et Sandra Lanini, les délégués syndicaux. Au BRGM, ce n’est pas la première fois que l’équipe CFDT joue les aiguillons, en apportant des sujets ambitieux sur la table des négociations : encourager les mobilités douces et avoir une politique de déplacements professionnels plus économe en émissions, réduire l’impact du numérique, investir dans l’isolation thermique des bâtiments, corréler les primes d’intéressement à des critères liés à la RSE, etc.

Challenger la direction, c’est aussi l’objectif que s’est fixé l’équipe CFDT d’Orange, qui n’a pas attendu la loi « Climat et Résilience » d’août 2021 et le renforcement des prérogatives des comités sociaux et économiques en matière d’environnement pour agir. Dans l’équipe, on reconnaît toutefois qu’il faut batailler pour faire entendre sa voix. «Sur ces questions de transition, organisations syndicales et représentants du personnel sont insuffisamment écoutés, consultés et pris en compte», déplore Olivier Berducou, délégué syndical central adjoint d’Orange. Ce regret est largement partagé par d’autres équipes, avec l’impression d’être trop souvent mis devant le fait accompli ou assigné à un strapontin. L’élaboration des récents plans sobriété le confirme : «Les directions ont tendance à ficeler leurs projets “en chambre”, et ensuite de les présenter aux représentants des salariés», indique Aurore Duffau, consultante chez Syndex et spécialiste des sujets de RSE (responsabilité sociétale des entreprises) et environnement.

Embarquer les salariés

Et pourtant, «notre rôle nous place en première ligne dans les entreprises, les administrations, les branches, les filières et les territoires», souligne Marylise Léon, secrétaire générale adjointe de la CFDT. Par leur place dans les entreprises, les élus peuvent y négocier et signer des accords, déployer d’autres manières de s’occuper des traditionnelles activités sociales et culturelles (lire le témoignage de l’équipe de Bayard Presse, ci-dessous) ou agir pour « embarquer » les salariés et animer des collectifs (ateliers écoresponsables, animations de Fresque du climat, fresques du numérique, etc.).

C’est bien évidemment concernant les conséquences des transitions sur l’emploi que les équipes ont un rôle à jouer, pour anticiper et accompagner. «Le volet social des transitions reste un angle mort des politiques des entreprises», souligne Aurore Duffau. D’où l’importance des travaux prospectifs tels que ceux menés par la CFDT-Métallurgie, la Fondation pour la nature et l’homme (FNH) et Syndex sur l’avenir de la filière automobile, désormais déclinés sur des territoires (Hauts-de-France, Grand Est). D’autres études sont en cours, dans des filières concernées au premier chef (chimie, énergie, bâtiment…). Le rôle d’interpellation des acteurs syndicaux pour engager un dialogue social sur ces sujets est crucial.  

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© LUX IP3

CFDT Groupe Bayard
Une équipe pionnière

Chez Bayard (La Croix, Phosphore, Okapi…) l’engagement écologique de l’équipe CFDT remonte à plus de dix ans. Elle s’est tout d’abord concentrée sur « des projets exemplaires là où on pouvait agir en tant qu’élus », résume Véronique Badets, la déléguée syndicale CFDT. Soit, en premier lieu, la restauration collective – la CFDT détient la présidence de la commission restauration –, en revoyant de fond en comble l’offre de la cantine, en proposant des plats végétariens, en privilégiant le bio et le local. La politique culturelle du CSE (comité social et économique) a également été repensée complètement : « On ne propose plus de voyages lointains en avion, explique Véronique, qui reconnaît que cela n’a pas été sans débat ».

Au catalogue, figurent désormais un voyage en Écosse ou le circuit la Loire à vélo. Fini aussi les séjours dans des parcs d’attractions « très énergivores ». Il faut trouver le compromis pour « continuer à se faire plaisir en contribuant au changement de perception sur les critères de vacances réussies ». Au-delà de son action sur les activités sociales et culturelles, la CFDT aiguillonne la direction pour que le groupe Bayard s’engage en signant la « Charte pour un journalisme à hauteur de l’urgence écologique». « Pour l’instant, c’est laissé à l’appréciation des rédactions », regrette Véronique. Selon l’élue, l’implication du groupe Bayard doit désormais franchir un réel cap, « en intégrant les questions d’adaptation au changement climatique à la stratégie de l’entreprise ». En tant que groupe de presse, Bayard a une activité très énergivore (fabrication du papier, transports des magazines…). Le défi du futur pour l’entreprise, auquel l’équipe CFDT entend bien participer.