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Alain Grandjean : “Les efforts doivent être mieux partagés”

Économiste, associé du cabinet de conseil spécialisé sur les enjeux énergie et climat Carbone 4, président de la Fondation pour la nature et l’homme (FNH) et membre du Haut Conseil pour le climat.

Par Jérôme Citron— Publié le 02/12/2022 à 10h00

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©DR

Que pensez-vous du plan de sobriété du gouvernement ?

Ce plan est sympathique mais insuffisant. Face à la crise énergétique que nous connaissons aujourd’hui et à l’enjeu climatique, il y a deux attitudes à avoir : augmenter l’offre d’énergies renouvelables et réduire la demande. Du côté de l’offre d’énergies renouvelables, le gouvernement a fait une loi pour développer le secteur et accélérer les procédures, ce qui est une bonne chose pour l’intérêt collectif.

Pour réduire la demande, il faut à la fois travailler sur l’efficacité énergétique en améliorant l’isolation des bâtiments, le rendement des équipements et faire preuve de sobriété énergétique. Or, sur ce dernier point, le gouvernement se contente de faire appel au volontariat. Certains Français vont adhérer à ces préconisations par acquit de conscience, par engagement citoyen, mais il manque un volet obligation pour embarquer tout le monde. Comment convaincre quelqu’un de faire des efforts quand il voit que son voisin n’en fait aucun. C’est injuste. Les efforts doivent être mieux partagés.

”Je schématise souvent en disant que c’est une politique insupportable pour les ménages pauvres, efficace mais douloureuse pour la classe moyenne et sans effet pour les plus aisés.”

Vous auriez souhaité que ce plan sobriété fasse l’objet d’une loi ?

J’aurais souhaité qu’il y ait des mesures obligatoires. Par exemple, il aurait été possible d’imposer une limitation de la vitesse sur la route pour tout le monde. Le gain énergétique aurait été immédiat, et tout le monde aurait participé à cet effort. Imposer aux seuls fonctionnaires disposant d’une voiture de fonction une limitation de vitesse [une des mesures du plan gouvernemental] est ridicule. C’est dommage de ne pas se saisir de la prise de conscience dans la population des enjeux du moment.

Il aurait été également possible d’interdire certaines pratiques énergivores des entreprises et d’organiser des contrôles. Car si l’industrie a déjà beaucoup travaillé sur ces questions d’économies d’énergie, il y a encore des marges de progression dans le secteur tertiaire, et ce, pour des investissements assez limités. Encore une fois, ne compter que sur les bonnes volontés ne permet pas d’avoir des résultats probants.

Le coût de l’énergie ne va pas, de toute façon, conduire tout le monde à la sobriété ?

Le bouclier tarifaire actuel est bien trop large. Il devrait être davantage ciblé vers les personnes qui souffrent de précarité énergétique. Toutefois, compter sur l’effet prix a des limites. Je schématise souvent en disant que c’est une politique insupportable pour les ménages pauvres, efficace mais douloureuse pour la classe moyenne et sans effet pour les plus aisés. Du coup, cela crée un malaise social énorme, qui mène à des débats sur l’interdiction des piscines ou des jets privés. Il faut trouver autre chose que le signal prix pour faire évoluer les comportements car tout le monde doit participer à l’effort demandé.

Côté entreprises, on peut tenir le même raisonnement. Pour celles qui ont une activité électro-intensive, le signal prix a un effet mais, pour les autres, il va falloir trouver autre chose. La bonne nouvelle, c’est que les mentalités évoluent très vite. Ces dernières années, il y a eu une prise de conscience évidente dans les grandes et moyennes entreprises de la nécessité d’intégrer la question du réchauffement climatique. Le lien avec la question de l’énergie et de notre dangereuse dépendance aux énergies fossiles apparaît alors vite comme une évidence.