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Éric Vidalenc : “On ne peut pas demander aux citoyens d’être sobres si l’on n’adapte pas les infrastructures ”

Directeur régional adjoint de l’Ademe* des Hauts-de-France, Éric Vidalenc plaide pour des politiques d’investissements à long terme afin de réduire notre consommation d’énergie.

Par Claire Nillus— Publié le 02/12/2022 à 10h00

Eric Vidamec, directeur régional de l’Agence de la transition écologique.
Eric Vidamec, directeur régional de l’Agence de la transition écologique.© DR

Quelle est la feuille de route de l’Ademe 1en lien avec la crise énergétique ?

Nous sommes engagés depuis longtemps sur cette question puisque l’une de nos missions consiste précisément à aider les collectivités et les entreprises à développer des stratégies alternatives aux énergies fossiles et à réduire leurs consommations énergétiques. Pour cela, nous nous appuyons sur des dispositifs qui existent déjà, notamment le Fonds Chaleur, qui a été augmenté, passant de 370 millions d’euros en 2020 à 520 millions en 2022. Depuis sa création, en 2009, ce fonds n’a d’ailleurs pas cessé de croître. Il nous permet de financer les études de faisabilité et des investissements dans la production de chaleur renouvelable
(bois, biogaz, géothermie, solaire thermique, récupération de chaleur sur eaux usées, dans l’industrie, sur data center, etc.) et des réseaux permettant de la distribuer.

“La sobriété, c’est à la fois la clé d’entrée et le levier principal, celui qui va conditionner tout le reste.”

Du fait de la crise énergétique, les besoins se sont-ils brusquement accrus ?

En effet, et nous procédons donc à des ajustements pour pouvoir satisfaire plus de demandes, notamment pour que les collectivités puissent accélérer sur leurs projets de réseaux de chaleur vertueux (alimentés au moins à 65 % par des énergies renouvelables ou de récupération).

Nous apportons notre expertise aux industriels pour la transformation de leurs process et pour les aider à passer du gaz à l’électricité, à mettre en place des circuits de récupération de chaleur, à diversifier leurs ressources énergétiques. Mais tout cela doit également reposer sur des objectifs de réduction de la consommation. Développer la production d’énergies renouvelables pour alimenter une hausse de la consommation, c’est un non-sens. Pour que les énergies renouvelables puissent se substituer aux autres, il faut réduire nos besoins.

Et la sobriété, ça signifie quoi pour vous ?

La sobriété, c’est à la fois la clé d’entrée et le levier principal, celui qui va conditionner tout le reste. Mais il faut sortir des injonctions contradictoires. Baisser la température chez soi, c’est hors sujet pour les personnes en situation de précarité énergétique comparativement à ceux qui ont les moyens d’agir. Et comment faire du vélo si l’on habite en face d’un boulevard deux fois deux voies sans pistes protégées ? On ne peut pas demander aux citoyens d’être sobres si l’on n’adapte pas les infrastructures. L’approche par la sobriété doit permettre la mise en cohérence de nos politiques et de nos interventions.

La France est le seul pays de l’Union européenne à avoir manqué ses objectifs en énergies renouvelables à l’horizon 2020. Est-ce encore une priorité des politiques actuelles en matière d’écologie ?

Développer plus d’énergies renouvelables reste une priorité absolue mais cela ne résoudra qu’une partie du problème si on ne baisse pas
la production. Sur les autoroutes, c’est en ralentissant que l’on va consommer moins. Rouler moins vite permet également d’augmenter l’autonomie des véhicules électriques.

Dans l’industrie, il va falloir produire moins et consommer moins de matières premières. Dans les territoires, il faut économiser le foncier, cesser de détruire des écosystèmes et les terres agricoles.

Autre point prioritaire : la rénovation thermique des logements, qui représentent plus de 40 % de notre consommation nationale d’énergie, principalement du gaz. Or, nous n’avons pas les capacités nécessaires pour rénover quelque 700 000 logements, nous manquons d’entreprises compétentes et de personnes formées. Pourtant, à la clé, ce sont des baisses de factures, des émissions de gaz à effet de serre en moins et des emplois en plus. La sobriété a gagné en visibilité politique et médiatique, mais le vrai sujet est de passer d’une sobriété conjoncturelle, presque opportuniste dans la situation actuelle, à une sobriété structurelle avec des stratégies qui s’inscrivent dans la durée.