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Extrait de l'hebdo n°4025
“Services publics : stop ou encore ?” Volontairement provocateur, le titre de l’événement de rentrée de la CFDT, organisé le 25 août à la Cité des sciences et de l’industrie, à Paris, a donné le ton. Alors que le Premier ministre a brandi la contrainte budgétaire, la CFDT a réaffirmé ses ambitions en la matière, avec un message clair : les agents publics sont une richesse avant d’être un coût !

« Parler des services publics, c’est parler de la vie de 68 millions de personnes. C’est parler de l’école, de la santé, de la justice, de la sécurité, des transports, d’accompagnement social, des collectivités territoriales, du cadre de vie quotidien sur tout le territoire national ; c’est aussi parler du travail et des conditions dans lesquelles les millions d’agentes et d’agents exercent leur métier », détaille Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT. Les incendies et les épisodes de canicule de cet été nous ont d’ailleurs rappelé cruellement que les services publics sont en première ligne lorsque surviennent les crises. Pompiers, soignants, agents des collectivités ou de l’État se sont mobilisés afin de secourir, protéger et soigner.
Et c’est bien parce que nous avons tous une bonne raison de parler des services publics et de ses 5,8 millions d’agents que la CFDT a fait de cette thématique son grand rendez-vous de rentrée. « Face aux transformations et aux mutations numérique, écologique et démographique, les services publics sont à la croisée des chemins », alerte Isabelle Mercier, secrétaire nationale CFDT, devant les 600 élus et militants présents.
Parler des services publics de demain suppose, en premier lieu, de s’entendre sur les fondamentaux, estime Laure Revel, secrétaire générale de la CFDT Fonctions publiques : « Un service public, c’est d’abord fait pour servir l’intérêt général, au-delà des intérêts particuliers. Il doit garantir à toutes et tous l’accès aux mêmes droits essentiels ». Quid de l’intérêt général, alors ? « Sa définition relève d’un choix politique » – donc, souvent, la pomme de discorde.

“La définition de l’intérêt général relève d’un choix politique”
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu1 a rappelé d’emblée que les services publics et leur contour ont « toujours muté » et que les besoins des usagers ne cessent d’évoluer. Il a concentré son intervention sur les missions régaliennes de l’État – défense et justice – et évoqué la création d’un « nouveau régalien » autour de l’environnement. « Il faut qu’on s’accorde sur des postes qui sont à préserver, y compris parce qu’il en va de notre liberté et de notre sécurité, mais aussi nos valeurs. Et puis, forcément, il y a des secteurs où il faudra faire des économies. » À la question « stop ou encore ? », Sébastien Lecornu fait un pas de côté et renvoie les discussions au « budget contraint ». « Encore, mais comment ? S’il faut refuser toute forme de brutalité dans les choix, cela ne signifie pas pour autant nier les difficultés ni éviter les mesures difficiles. Plutôt que de subir demain une austérité aveugle, mieux vaut prendre des décisions plus réformatrices. » David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics, ne dit pas autre chose, évoquant l’épée de Damoclès qui menace les services publics.

« Personne ici ne nie l’état de nos finances publiques. Le déficit existe, la dette existe, et il faudra faire des choix, a réagi Marylise Léon. Les finances publiques ne peuvent pas servir à fermer le débat avant qu’il ne commence, parce que derrière des rémunérations qui décrochent, il y a des concours qui attirent moins, des départs et des services qui fonctionnent en sous-effectifs […]. Le sérieux budgétaire est indispensable. Mais le sérieux, ce n’est pas seulement savoir couper. C’est aussi savoir investir et savoir dans quoi il serait irresponsable de ne plus investir. »
Parlons rémunérations
« L’adaptation des services publics est nécessaire mais ne pourra être durable qu’avec celles et ceux qui les font vivre ! », clame Laure Revel, dans un contexte où l’essor de l’intelligence artificielle inquiète les agents. Sous l’impulsion de la CFDT, une négociation a d’ailleurs été ouverte, avec l’objectif d’anticiper ses effets sur les métiers, les conditions de travail et les parcours professionnels. Les données du Baromètre CFDT du travail de la fonction publique, édition 2026, montrent d’ailleurs que l’on est loin du compte. Seuls 25 % des agents estiment que les changements sont discutés en amont et un sur trois ne se sent pas suffisamment accompagné face aux transformations.
Concertation, dialogue social et négociation ne doivent pas rester de simples intentions. « Faisons des accords, signons des accords », lance la CFDT Fonctions publiques. « L’État employeur doit prendre ses responsabilités », tranche Marylise Léon… et il y a urgence ! Selon ledit baromètre, 71 % des agents manquent de moyens humains, 59 % de moyens financiers et 65 % de moyens matériels. Enfin, si 73 % des agents restent attachés à la fonction publique, un sur quatre envisage de la quitter. « Les services publics ne peuvent jouer leur rôle d’amortisseur de crise que s’ils sont en bonne santé, or ce n’est pas le cas », déplore Laure Revel.
Face à cette situation, Jean-Pierre Farandou, le ministre du Travail et des Solidarités, propose d’« inventer de nouvelles organisations du travail, avec un double objectif, améliorer la qualité de vie au travail et la rémunération des salariés ». Chiche ? « Très bien. Allons-y. Parlons rémunérations », répond la CFDT Fonctions publiques, qui a encore en tête le décevant rendez-vous salarial de juillet 2026 et l’absence de revalorisation générale du point d’indice en 2026 et pour 2027. Or il est utile de rappeler qu’au 1er juin 2026, 862 000 des agents publics percevaient une rémunération inférieure au Smic.
Journée de mobilisation le 29 septembre
« Il faut être clair sur ce que l’on porte, redonner de la perspective aux citoyens et construire un projet de société de long terme. Il faut en finir avec le court-termisme. Les politiques publiques ne peuvent pas être pensées au rythme des crises ou des échéances électorales », a conclu Isabelle Mercier. Ce message, la CFDT le martèlera lors de la journée de mobilisation intersyndicale nationale consacrée aux salaires dans les fonctions publiques, prévue le 29 septembre prochain. Soyons nombreux à y participer !