Jeunesse : un mouvement de fond qui appelle des réponses sociales

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icone Extrait de l'hebdo n°4032

Au lendemain d’un week-end marqué par les violences du 17 octobre, quel bilan tirer du mouvement de contestation des lycéens et étudiants ? Face à la dégradation des conditions d’études et le manque de moyens, la jeunesse se fait entendre. Les structures CFDT, chacune à sa manière, soutiennent et accompagnent le mouvement, tout en appelant le gouvernement à restaurer le dialogue et à prendre des mesures concrètes.

Par Anne-Sophie Balle — Publié le 20/10/2026 à 12h00

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© Thierry Nectoux

En quelques heures, la journée du 17 octobre aura vu se superposer deux mouvements que tout oppose : l’un qui descend dans la rue pour se construire un meilleur avenir quand l’autre s’emploie à détruire le bien commun ; l’un qui veut pleinement faire vivre les valeurs de la République – Liberté, Égalité, Fraternité – quand l’autre cherche méthodiquement à en faire vaciller les symboles. Ces violences en marge des cortèges, la CFDT a choisi de les condamner sans réserve, tant elles « confisquent les attentes sociales et démocratiques fortes exprimées par le mouvement lycéen et étudiant depuis plusieurs semaines », a réagi la Confédération dans un communiqué. Au lendemain du 17 octobre, le risque est grand de voir s’effacer les revendications éducatives légitimes sous le poids des images d’émeutes.

Des revendications légitimes… et partagées

Ces revendications, exprimées au sein même des établissements scolaires avant d’être portées dans la rue, sont pourtant bien réelles. Et touchent autant à la détérioration de leurs conditions d’études (état du bâti, professeurs non remplacés, emplois du temps intenables) qu’à l’absence de perspective et de prise en compte de la parole de la jeunesse. « Ces inquiétudes avaient déjà été clairement exprimées lors de la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant, nous obligeant à nous poser la question de la place des jeunes dans la société. Encore eût-il fallu les prendre au sérieux », pointe Lætitia Aresu, la secrétaire générale de la CFDT Éducation Formation Recherche publiques. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ces revendications sont soutenues par le mouvement syndical « traditionnel ». Elles figurent au cœur des mobilisations du monde éducatif et plus largement des agents de la fonction publique, qui dénoncent depuis des années un manque de moyens et de considération. « Les jeunes d’aujourd’hui défendent et réclament ce que nous exigeons depuis des lustres », résume ainsi Laure Revel, secrétaire générale de la CFDT Fonctions publiques. « Prenons garde, malgré tout, à ne pas récupérer ce mouvement ni à parler à leur place, affirmait Marylise Léon en conclusion de sa réponse au débat d’actualité du Conseil national confédéral d’octobre. Notre rôle, en tant que syndicat de travailleurs et de travailleuses, c’est de les soutenir et de les aider à construire leur propre rapport de force. »

Quelle réponse politique apporter ?

Ce rapport de force, cette écoute politique, les jeunes y ont cru un instant. Au soir de la mobilisation du 6 octobre, le gouvernement annonçait en effet une première salve de mesures : le déploiement de 3 000 professeurs remplaçants et le lancement d’une plateforme de concertation visant à recueillir les témoignages, difficultés et revendications des élèves face aux dysfonctionnements au sein des lycées. Pas de quoi, pourtant, répondre concrètement aux inquiétudes économiques, sociales et démocratiques qu’expriment les jeunes quant à leur avenir, estimaient la secrétaire générale de la CFDT et la présidente de la Fage, Suzanne Nijdam, dans une interview croisée accordée au Nouvel Obs, le 16 octobre dernier. « On ne peut pas se contenter de bricolage […] Nous ne sortirons pas de ce mouvement sans réponse », affirme cette dernière. Depuis, au cours d’une allocution télévisée, le chef de l’État a chargé le Premier ministre de réunir dans les prochains jours élèves, étudiants, enseignants et partenaires sociaux pour travailler à des solutions concrètes. À l’heure où nous écrivons ces lignes, aucune date n’a encore été fixée… et les organisations de jeunesse le savent : les discussions annoncées par Emmanuel Macron ne serviront à rien si la seule issue donnée renvoie à l’élection présidentielle de 2027.

Trouver la bonne place

Du côté de la CFDT, nulle envie d’accaparer le mouvement étudiant, donc, mais bien de le soutenir le mieux possible. Lors des cortèges des 6 et 13 octobre, plusieurs fédérations (de l’Éducation, bien sûr, mais pas seulement) se tenaient aux côtés des jeunes mobilisés quand d’autres militants, actifs ou retraités, sécurisaient les cortèges. « De ce point de vue, la mise en mouvement de la CFDT Île-de-France et dans d’autres régions, ne serait-ce que pour sécuriser les manifestations, a été un soutien logistique précieux », salue Lætitia Aresu.

Afin de favoriser le dialogue, quelques URI1 ont choisi d’ouvrir leurs lieux d’accueil (UTI, Bourses du travail…) aux lycéens et à leurs représentants. « On ne peut pas prétendre tenir compte de la parole des jeunes sans leur donner les moyens de s’exprimer et de construire leurs revendications dans un cadre collectif », affirme Sylvain Desoignies, secrétaire général de la CFDT Auvergne-Rhône-Alpes, dont l’union régionale interprofessionnelle entend bien favoriser partout où cela est possible ces espaces d’écoute et de dialogue.

Dans les Hauts-de-France aussi, la CFDT a mis à disposition ses lieux de permanence et son studio photo-vidéo régional pour aider les lycéens à relayer leur message. L’URI est également intervenue auprès du préfet de région à la suite de la garde à vue prolongée du leader du mouvement lycéen de la Somme, arrêté pour avoir simplement manifesté. « Nous sommes en contact très régulier avec lui depuis, ce qui nous permet de prendre le pouls du mouvement », affirme Perrine Mohr, secrétaire générale de l’URI.

À propos de l'auteur

Anne-Sophie Balle
Rédactrice en chef adjointe de Syndicalisme Hebdo

« Être en soutien, être aux côtés ou agir avec les étudiants : quelle est la juste place de notre syndicalisme ? », interrogeait la CFDT Métallurgie lors du dernier Conseil national confédéral. En interne, en tout cas, tous partagent le même constat : ce qui s’exprime aujourd’hui à travers le mouvement des jeunes est le reflet d’une lassitude générale : un pouvoir d’achat sous pression, le sentiment de ne pas être entendu et ce besoin, cruel, de renouer avec un dialogue social trop souvent réduit à une simple formalité.