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Jean-François Zygel - La musique en Z majeur abonné

iconeExtrait du magazine n°468

Pianiste, compositeur, improvisateur, homme de scène, de spectacle et de médias, ce touche-à-tout ne cesse, année après année, de développer un univers musical et scénique bien à lui. Le deuxième confinement donne à cet hyperactif le temps répondre à nos questions. Entretien.

Par Emmanuelle Pirat— Publié le 12/12/2020 à 09h51

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Comment un artiste tel que vous vit-il ce nouveau confinement ?

Depuis le mois de mars dernier, j’ai déjà eu 72 concerts annulés… C’est en effet une épreuve. Vous savez, la scène est une drogue puissante, c’est très difficile d’en être sevré ! On pose souvent aux artistes la question du trac sur scène : moi, c’est l’inverse, c’est dans la vie que j’ai le trac, et sur scène que je m’en libère… Cela étant dit, comme toujours à quelque chose malheur est bon : c’est l’occasion de lire, de réfléchir, de rêver, de composer, de me reposer… et de travailler mon piano ! Le confinement change notre rapport au temps ; dans ce « temps long » chacun a plus facilement la disposition d’esprit et la concentration nécessaires pour revenir aux fondamentaux. Le couple travail-divertissement est alors remplacé par un besoin de profondeur, d’essentiel, d’initiation aux beautés et aux mystères du monde.

Avec le confinement, on a vu fleurir des initiatives pour trouver d’autres moyens de jouer, comme des « concerts d’appartement » retransmis à la télévision ou des concerts où chaque musicien a enregistré sa partie en solo diffusés sur les réseaux sociaux… Quel regard portez-vous sur ces initiatives ?

C’est vraiment une expérience inédite que de jouer en direct, devant la seule caméra, m’adressant à un public pourtant présent mais dont je ne peux ni voir les visages ni percevoir les réactions ou entendre les applaudissements. Je pense que les moyens numériques permettent d’imaginer des liens différents, mais qui ne peuvent se substituer au spectacle ou au concert en présence du public, car l’émotion partagée dans un même lieu ne peut pas être recréée artificiellement. D’une certaine manière, ces concerts en ligne soulignent le manque, comme les photographies des êtres chers auxquels on ne pourrait pas, ou plus, parler.

Suspension des festivals, ajournement des concerts… Êtes-vous inquiet pour la profession ?

Bien sûr, comme tous les mélomanes et comme tous les musiciens ! Le secteur de la culture subit un choc terrible, brutal, qui l’oblige à imaginer d’autres moyens de s’adresser au public. Il devra trouver un modèle économique différent, repenser l’équilibre entre le spectacle en salle et la diffusion audiovisuelle et sur les réseaux. C’est un changement qui se fera dans la durée, avec des tâtonnements et des ajustements qui seront sans doute douloureux. Mais cette crise de l’« offre » ne doit pas masquer une crise beaucoup plus profonde et plus ancienne, celle de la « demande ».

Je m’explique. La musique classique est un art qui nécessite une initiation sur le long terme, or cette initiation est de moins en moins présente à l’école, dans les grands médias, dans les collèges ou les lycées, sans parler des restrictions budgétaires que subissent nombre de conservatoires et d’écoles   de musique. Nous sommes en attente d’une volonté politique d’envergure qui…

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