“Ici, on n’est pas chez les géants de la logistique”

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iconeExtrait de l’hebdo n°3791

Chez Bils-Deroo, entreprise centenaire de transport implantée dans le Nord, l’activité logistique est devenue l’une des activités principales du groupe. La section CFDT se démène pour adapter les conditions de travail à l’essor de l’e-commerce.

Par Claire Nillus— Publié le 21/09/2021 à 12h00

Une récente réunion des élus CFDT de l’entité logistique Simastock, qui appartient au groupe Bils-Deroo.
Une récente réunion des élus CFDT de l’entité logistique Simastock, qui appartient au groupe Bils-Deroo.© DR

Quel rapport y a-t-il entre un préparateur de commandes et un routier ? En apparence aucun, bien que tous deux relèvent de la convention collective nationale du transport routier. Or l’activité logistique s’est énormément développée ces dernières années, et plus encore récemment avec l’explosion du commerce en ligne. Il serait donc judicieux de moderniser cette convention collective… qui date de 1950. « Une nécessité ! », soutient Gérard Vahe, délégué syndical de Simastock, l’entité logistique de Bils-Deroo ; elle emploie 350 salariés en CDI, 80 CDD et jusqu’à 200 intérimaires selon les saisons, répartis sur 800 000 mètres carrés d’entrepôts dans une trentaine de sites.

La voie du dialogue

Pour faire connaître ce qu’ils font afin d’améliorer les conditions de travail, Gérard Vahe et d’autres militants tractent de temps en temps devant l’immense entrepôt d’Amazon du site de Lauwin-Planque (Nord). « Le casque audio utilisé dans d’autres sociétés lors de la préparation des commandes [qui empêche les opérateurs de se parler], ce n’est pas pour nous !, affirme-t-il. L’essai effectué ici n’a pas été probant. L’idée n’était pas non plus recommandée, ni par la Carsat ni par le CSE. »

Il faut dire que la section CFDT est en bonne place chez Simastock : seule organisation syndicale, elle a récolté 98 % des voix aux dernières élections et peut s’appuyer sur 150 adhérents. Rien n’échappe à la vigilance des élus. En tant que référent sécurité dans l’entreprise de logistique, Gérard Vahe a d’ailleurs toujours refusé d’être détaché à temps plein pour pouvoir continuer ses visites sur le terrain. « Cela me permet de rester informé de ce qui se passe dans chaque dépôt. En cas de besoin, je peux m’organiser avec les autres élus pour qu’il y ait toujours un relais CFDT en mon absence. J’observe aussi ce qui se pratique ailleurs, en échangeant avec les élus de sociétés concurrentes comme Geodis ou ID Logistics. Je puise des idées à mettre en place ici. » Et depuis la création de la section, en 2012, la CFDT a effectivement fait bouger des lignes.

Formations gratuites, primes et sécurisation des parcours

Une partie de l’activité de Simastock est liée à l’industrie automobile. Les salariés doivent déplacer des pièces lourdes (tôles, rails…) et conduire des engins potentiellement dangereux. La section CFDT a donc demandé (et obtenu) qu’ils puissent bénéficier d’une formation Caces (certificat d’aptitude à la conduite en sécurité) payée par l’employeur, sans condition d’ancienneté. « Cette formation n’est pas obligatoire, un employeur peut se contenter de délivrer une autorisation de conduite à ses nouveaux embauchés. Mais elle est utile sur le marché pour celui qui change d’entreprise », souligne Gérard Vahe.

Les élus CFDT ont aussi fait évoluer la fonction : tous les salariés sont désormais considérés dans l’entreprise comme « agent logistique polyvalent ». Ils peuvent, en vertu de cette notion de polyvalence, accéder à d’autres fonctions telles que contrôleur de commandes ou agent de maîtrise adjoint (intitulé « pilote »), un poste qui n’existait pas mais qui constitue une passerelle vers d’autres fonctions. « Pouvoir évoluer professionnellement, c’est le meilleur moyen de ne pas se casser le dos en tirant des palettes toute sa vie », commente Gérard.

Car ici, on n’échappe pas à l’augmentation de cadences. Alors, pour limiter autant que possible les effets négatifs de cette intensification du travail, la section CFDT de Simastock a réclamé une prime de participation au prorata du temps de présence, comme celle que touchent les chauffeurs du groupe. En 2018, elle a négocié un accord de performance qui permet de percevoir une prime calculée en fonction du respect de trois critères : sécurité, qualité, productivité, selon des objectifs fixés par périodes. Cette prime peut atteindre 125 euros par mois. « L’accord prévoit que les objectifs soient réalisables, précise Gérard. Lorsque l’on constate qu’un dépôt ne verse pas de primes pendant plusieurs mois, nous enquêtons pour savoir ce qui se passe et, si besoin, nous révisons les objectifs avec la direction pour que les salariés concernés ne soient pas lésés. »

Des salariés relais sécurité dans chaque dépôt

En accord avec le responsable du site et le service qualité, Gérard a demandé la mise en œuvre d’un dispositif permettant de réduire les accidents du travail. Depuis quatre ans, deux relais sécurité par dépôt (en grande majorité des adhérents qui se portent volontaires) sont formés pour alerter en cas d’accident ou de situation dangereuse constatée (une palette qui menace de tomber, un chargement trop lourd…). Ils sont sollicités lors des enquêtes de la direction relatives à la gestion des risques. « Cela a très bien fonctionné, remarque Gérard. Mais, depuis le début de la pandémie, la nature des produits a évolué et de nouveaux risques sont apparus. (Nous recevons beaucoup de vélos elliptiques et de bancs de musculation intérieurs à manipuler !) Nous avons demandé à la direction d’investir dans un convoyeur automatisé pour un coût de 56 000 euros. Elle a accepté ! »

Les salaires, prochain enjeu

À propos de l'auteur

Claire Nillus
Journaliste

Grâce à un dialogue social de bonne qualité, les choses se mettent en place. À l’occasion de tout changement de méthode ou d’équipement, les élus CFDT sont intégrés aux groupes de travail. En 2020, la section s’est aussi manifestée en faveur du versement de la prime Covid, et les salariés concernés ont pu toucher jusqu’à 300 euros. Son renouvellement en 2021 est à l’étude. Mais la revalorisation des salaires, elle, reste dans un angle mort. « Nous voulons un treizième mois. C’est le prochain palier, mais ce n’est pas le plus facile… », avoue Gérard. Car si la logistique fait partie des quatorze « secteurs à forte utilité économique et sociale » identifiés pendant la crise sanitaire, ici comme ailleurs, les négociations de branche en vue de la reconnaissance des salariés de la deuxième ligne tardent à se concrétiser.