Hôtels-cafés-restaurants : l’offensive de la CFDT sur les salaires conventionnels

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iconeExtrait de l’hebdo n°3800

Une première réunion a eu lieu entre les partenaires sociaux de la branche HCR concernant la revalorisation des minima prévus à la convention collective. La CFDT-Services a fait une proposition largement supérieure à celle du patronat. Explications.

Par Fabrice Dedieu— Publié le 23/11/2021 à 13h00

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© Stéphane Audras/RÉA

Avec cinq échelons en dessous du Smic, il était temps de faire quelque chose pour les minima conventionnels de la branche des hôtels-cafés-restaurants (HCR). Organisations syndicales (CGT, CFDT [deuxième OS], FO, CFE-CGC) et patronales (GNC, GNI, SNRTC, Umih) se sont donc retrouvées le 18 novembre pour une première réunion de négociation. Après avoir annoncé dans la presse au début octobre des augmentations de 6 % à 9 %, le patronat a dévoilé une grille avec une moyenne d’augmentation de 10,5 % (entre 8,2 % et 10 % sur les deux premiers niveaux, selon les échelons, niveaux où se concentrent 80 % des salariés).

Se rapprocher des salaires réels

La CFDT a, elle, présenté une grille avec 34 % d’augmentation en moyenne. En ne tenant pas compte des revalorisations pour le cinquième et dernier niveau, celui des cadres, l’augmentation proposée représente en moyenne 24 % (entre 12 % et 22 % sur les deux premiers niveaux selon les échelons). « On ne fait là que rattraper les négociations salariales qui n’ont pas abouti depuis des années », justifie Stéphanie Dayan, secrétaire nationale de la CFDT-Services, alors que la dernière grille date d’un avenant à la convention collective de 2018.

En ce qui concerne les augmentations proposées pour le cinquième niveau, qui peuvent être vues comme très élevées, la CFDT-Services explique se conformer à la réalité. « Le premier échelon du cinquième niveau est actuellement à 13,60 euros. Ce sont des salaires qui ne se pratiquent pas, qui sont théoriques. Aucun directeur de restaurant n’est embauché avec un salaire aussi bas. Nous, on a voulu rapporter les salaires réels, ceux qui se pratiquent au moment de l’embauche, explique Stéphanie Dayan. Et on est très réaliste par rapport à ce qui se pratique. »

Quid des autres revendications ?

La CFDT est arrivée en réunion avec un bouquet de revendications : un treizième mois de salaire, la majoration des heures supplémentaires, des compensations pour celles et ceux qui subissent des coupures ou qui travaillent de nuit, au moins un week-end non travaillé par mois ou la certitude d’avoir des jours de repos consécutifs en semaine, une prime à la mobilité. Mais des conditions de travail il ne fut point question. Le patronat est resté focalisé sur les salaires, renvoyant tous ces autres sujets de discussion à l’année prochaine…

À propos de l'auteur

Fabrice Dedieu
Journaliste

« Encore faut-il une véritable volonté de négocier » de la part du patronat, selon la secrétaire nationale. La réunion de jeudi dernier aura laissé presque tout le monde sur sa faim. « Avec une branche comme celle-ci, qui manque cruellement de salariés, comment peut-on prétendre conduire une réunion aussi importante en trois heures… avec une heure de suspension de séance ? » Lors du prochain rendez-vous, fixé le 16 décembre, la CFDT-Services « espère avoir […] une véritable réunion de négociation, quitte à y passer la nuit ».

237 000 salariés ont quitté le secteur HCR en un an

Il y a urgence à négocier. Le patronat se l’est pourtant bien fait rappeler par la ministre du Travail lors d’une réunion, le 17 septembre, avec les syndicats. Lors de cet entretien, un sombre portrait de la branche a été brossé. Le taux de rotation du personnel dans les HCR est deux fois plus élevé que dans le reste des secteurs de l’économie française, 65 % des embauches durent moins d’un mois, 43 % des salariés s’estiment mal payés (contre 34 % en général).

Les salariés font aussi remonter le poids du travail du dimanche et des coupures entre le service du midi et du soir. Des faits qui n’ont pas été remis en cause par les organisations patronales présentes ce jour-là, a fait savoir le ministère du Travail. Selon la Dares, le service des statistiques du ministère, 237 000 personnes ont quitté le secteur de l’hébergement-restauration entre février 2020 et février 2021, dont 149 000 pour rejoindre un autre secteur d’activité.