Syndicalisme Hebdo prend ses quartiers d'été jusqu'à la prochaine édition le 31 août. Mais la rédaction reste mobilisée tout l'été sur notre site et sur notre compte Twitter @SH_CFDT.

Handicap : Les victoires d’une battante

iconeExtrait du magazine n°473

À 54 ans, atteinte d’une infirmité motrice cérébrale, Nathalie Duler milite pour que le handicap soit mieux compris et pris en compte dans la société. Un engagement qui passe aussi par le syndicalisme. Référente nationale handicap CFDT au sein du groupe Enedis, elle est parvenue à faire bouger les lignes dans son entreprise. Rencontre.

Par Elise Descamps— Publié le 01/05/2021 à 06h00 et mis à jour le 28/06/2021 à 14h23

Nathalie Duler, référente nationale handicap CFDT au sein du groupe Enedis, milite pour que le handicap soit mieux compris et pris en compte dans la société.
Nathalie Duler, référente nationale handicap CFDT au sein du groupe Enedis, milite pour que le handicap soit mieux compris et pris en compte dans la société.©Jean-Christophe Verhaegen

« Tu peux m’expliquer l’accord handicap, avec les nouvelles dispositions d’aménagement de fin de carrière à temps partiel ? Je suis un peu paumé. » Cet adhérent CFDT a reconnu la voiture de Nathalie Duler sur la place de stationnement PMR des bureaux de Enedis, à Épinal (Vosges). Alors, en ces temps de pandémie, où la majeure partie de l’action syndicale se fait à distance, il a saisi l’occasion d’aller voir sa collègue qu’il sait « très compétente sur les droits des personnes en situation de handicap ».

Référente nationale handicap pour la CFDT-Enedis, Nathalie Duler y consacre toute son énergie depuis de nombreuses années. Et le travail ne manque pas dans cette filiale d’EDF qui emploie quelque 38 000 salariés. Elle accompagne ses collègues, anime le réseau des référents CFDT sur l’ensemble du territoire, travaille, avec d’autres négociateurs, sur des améliorations à l’échelle nationale…


Un véritable engagement pour cette femme née avec une infirmité motrice cérébrale. « Le handicap apprend à se battre sans cesse. Mais si on aime se défendre, on peut aimer défendre les autres », résume-t-elle simplement.

Au moment où nous bouclions cet article, la signature de l’accord* qu’elle a négocié était en bonne voie. « Il est plus précis que le précédent, beaucoup moins interprétable, se réjouit-elle. Une nouvelle mesure permet de gagner de l’ancienneté plus rapidement, car on sait très bien que les personnes en situation de handicap ne font pas toutes des carrières complètes. »
Des points d’étape sont prévus plus fréquemment concernant les suivis de carrière, pour que leur déroulé soit équitable. Lors de précédents accords, la CFDT avait déjà obtenu des mesures très concrètes, comme des autorisations d’absence pour se rendre aux salons du handicap, afin de découvrir les solutions permettant d’améliorer le quotidien.

Un beau parcours syndical

Partant en fin d’année pour une retraite à 54 ans grâce à son compte épargne-temps, Nathalie Duler aura accompli une bonne partie de sa carrière détachée à 100 % pour la CFDT. « J’ai été embauchée à 25 ans comme conseillère clientèle chez EDF, à Bordeaux, grâce à un accord d’entreprise négocié par les syndicats, favorisant le recrutement des personnes en situation de handicap. » Lucide, battante, elle se syndique à son tour : « J’ai apprécié la démarche CFDT, qui ne ramenait pas la couverture à elle. J’ai commencé à aller aux réunions de section, à dire ce que je pensais sur les questions relatives au handicap. » Alors en poste à Épinal, un délégué syndical apprend avec quelle détermination elle a obtenu gain de cause dans un conflit personnel au tribunal des affaires de sécurité sociale, en se défendant seule. « Il m’a dit qu’il avait besoin de moi. Il m’a envoyée à des réunions où je ne connaissais rien au sujet, comme l’amiante. J’ai dû beaucoup travailler, et j’ai adoré. »

Elle est rapidement élue déléguée du personnel, puis siège au comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) et au comité d’entreprise, avant d’être nommée déléguée syndicale dans les Vosges, puis dans le Grand Est et enfin au national. Elle est également militante à APF France handicap en tant que représentante suppléante dans les Vosges et représentante des usagers à l’hôpital ; ses engagements se nourrissent mutuellement. « Le milieu du handicap m’a apporté la tchatche. Mais j’ai eu beaucoup plus à prouver dans le syndicalisme, où je ne bénéficiais pas d’une légitimité a priori. » Nathalie a dû faire ses preuves. « Au début, certains chefs d’agence me snobaient carrément ou me faisaient comprendre que je ne pouvais pas être à la hauteur : j’étais une femme mais, surtout, j’étais handicapée. Des années plus tard, ils sont revenus me dire combien j’étais reconnue. »

« Faire ce que l’on dit et dire ce que l’on fait »

Au quotidien, elle compense sa moindre capacité à aller sur le terrain par une grande disponibilité par e-mail et téléphone. Avec cette devise : faire ce que l’on dit et dire ce que l’on fait. Douée d’une grande capacité d’écoute, elle est convaincue qu’en matière de handicap, sans doute plus encore que dans d’autres situations, s’impose le cas par cas. « Mon handicap visible, c’est un atout : les personnes osent venir me parler sans craindre de n’être pas comprises. Je n’hésite d’ailleurs pas à raconter mes propres difficultés, cela nous met à égalité. » Nathalie Duler a récemment accompagné une salariée ayant un handicap invisible, n’allant jamais manger avec ses collègues, et étant souvent en arrêt. « Ils l’avaient prise en grippe, au point qu’elle allait très mal. Nous avons préparé ensemble pendant des heures une réunion entre elle, ses deux managers et moi. Elle a vidé son sac. Ils se sont compris, et aujourd’hui elle a même évolué. Le dialogue, c’est la base de tout. »

Davantage investir le handicap comme sujet syndical et « ne pas tout laisser aux assistantes sociales » est pour elle capital. « Il y a une vraie demande. Avec les progrès du taux d’emploi, ces questions vont monter. Il ne faut pas louper le coche », conclut-elle. 

* Accord pour l’intégration professionnelle, le maintien dans l’emploi et l’évolution de carrière des personnes en situation de handicap pour la période 2021-2023.