Finances publiques : nouveau tour de vis annoncé

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icone Extrait de l'hebdo n°4023

Le Premier ministre a présidé, le 7 juillet dernier, le deuxième comité d’alerte des finances publiques de 2026. Face à la dégradation de la conjoncture économique, il a annoncé 3 milliards d’euros supplémentaires d’économies pour l’État et la Sécurité sociale. La CFDT, présente à cette réunion, en appelle au partage des responsabilités.

Par Anne-Sophie BallePublié le 15/07/2026 à 12h00

Sébastien Lecornu, Premier ministre, et David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics.
Sébastien Lecornu, Premier ministre, et David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics.© Éric Tschaen/RÉA

« On est assis sur un baril de poudre », avait déclaré, fin juin 2026, le ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel. Conforté, de ce point de vue, par les dernières prévisions économiques, qui révisent une nouvelle fois à la baisse la croissance pour 2026 (0,7 % contre 1 % initialement annoncé), le gouvernement s’est résolu à convoquer une nouvelle fois, début juillet, le comité d’alerte des finances publiques. Cette instance créée en 2025 réunit ministres, parlementaires, partenaires sociaux mais aussi des représentants des collectivités et de la Sécurité sociale, avec l’objectif d’« améliorer le pilotage » des finances publiques.

« Rien à voir avec ce que nous avions demandé, à savoir une conférence des finances publiques, qui aurait permis de travailler à un projet commun, assure Luc Mathieu, ex-secrétaire national, qui représentait la CFDT lors de cette réunion. On reste là dans quelque chose de très descendant, une réunion de suivi budgétaire dont il est difficile de voir ce que cela apporte. En revanche, on sait désormais ce que ça va coûter ! »

La facture pourrait, en effet, être particulièrement salée – David Amiel estimant « un risque de dérapage de la dépense publique de 5 milliards d’euros : 3 milliards sur l’État et la Sécurité sociale […] et 2 milliards d’euros sur les collectivités locales ». Il semble que les dépenses de l’État risquent d’être supérieures de 2 milliards d’euros à l’objectif initialement fixé par la loi de finances pour 2026, du fait des mesures d’aides ciblées décidées en vue de faire face à l’envolée des prix des carburants (dispositifs sectoriels, aides grands rouleurs…) dont le coût est estimé à 1,4 milliard d’euros). « Cela nous conduira donc à prendre 3 milliards d’euros de mesures de refroidissement de la dépense pour compenser ces risques », a poursuivi le ministre des Comptes publics à l’occasion d’un point presse qui s’est tenu à l’issue de la réunion. Rappelons qu’un gel de 6 milliards d’euros de crédits avait déjà été décidé en avril dernier (lors du premier comité d’alerte) afin de préserver la trajectoire budgétaire dans un contexte marqué par les conséquences économiques de la guerre au Moyen-Orient. Du fait de ce nouveau coup de rabot, on devrait donc s’approcher des 10 milliards d’euros de dépenses publiques gelées en 2026 – avec, du côté du gouvernement, l’objectif de ramener le déficit public à 5 % du PIB.

Le flou subsiste quant à la manière de procéder

Comment compte-t-il procéder ? Promulguer des décrets durant l’été afin de réduire les dépenses sociales, décide d’arbitrages à la rentrée et/ou de nouvelles ponctions ? « Tout cela reste très flou », estime Luc Mathieu. Mais la crainte d’une mise à contribution des assurés est jugée des plus crédibles. Pendant les prochaines semaines, le gouvernement devrait ainsi examiner, « ministère par ministère », les économies qui peuvent être « réalisées d’ici la fin de l’année » et « ce qui doit être préservé, notamment avec les besoins urgents en matière de canicule et de soutien aux crises ».

Sur ce point précis, la CFDT a justement tenu à interroger le Premier ministre, qui présidait le comité d’alerte et chez qui il constate « une forme d’atermoiement du gouvernement face à un lobbying et de backlash1 environnemental, en particulier de la part des représentants des entreprises » – et ce, alors même que « la question du financement de la transition écologique nécessite des investissements et des moyens considérables pour tous mais aussi pour l’État ».

En ce qui concerne les allègements de cotisations sociales – volet sur lequel les employeurs ont été mis à contribution en avril dernier –, Luc Mathieu a également interpellé le gouvernement lors du comité d’alerte. « Depuis 2004, l’inflation a augmenté de 46,6 %, le salaire moyen de 57,9 %, le Smic de 65 % et la croissance de 26,6 %. Les allègements de cotisations sociales consentis aux entreprises sont, quant à eux, passés de 7 à 77 milliards. Comment traiter cette singularité, qui a un coût démesuré pour les finances et qui les plombe littéralement ? », demande la CFDT à Sébastien Lecornu.

À propos de l'auteur

Anne-Sophie Balle
Rédactrice en chef adjointe de Syndicalisme Hebdo

Enfin, une autre inquiétude est soulevée par les partenaires sociaux à propos d’une énième ponction des comptes de l’Unédic (à hauteur de 4 milliards d’euros), et ce, malgré le courroux récemment exprimé par les partenaires sociaux. Le retour dans le vert attendrait alors une année supplémentaire si cette nouvelle ponction devait se produire…