Face aux risques psychosociaux, la CFDT de Renault renforce ses pratiques syndicales

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icone Extrait de l'hebdo n°3994

L’ingénierie du groupe Renault connaît de multiples restructurations depuis 2020, et les salariés trinquent. Avec l’aide de la coordination CFDT, les responsables des sections ingénierie d’Île-de-France ont défini un plan d’action afin de mieux identifier les risques psychosociaux et pouvoir alerter avant qu’il ne soit trop tard.

Par Claire NillusPublié le 20/01/2026 à 13h00

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© JPL/RÉA

Comment repérer un salarié qui va mal ? Que dire ou ne pas dire ? Comment créer un climat de confiance pour parler avec lui ? Ces questions, que tout militant de proximité se pose (ou s’est déjà posées), ne sont pas anodines. « Savoir écouter, prendre le temps, ne pas être dans le jugement, cela s’apprend », affirme Éric Leborgne, délégué syndical adjoint de la CFDT du groupe Renault et référent RPS1 pour la CFDT de Renault. En outre, comment identifier et quantifier les risques psychosociaux dans un milieu professionnel où le sujet est peu évoqué ? « Dans l’ingénierie tertiaire, il y a 80 % de cadres, or peu d’entre eux osent parler de leurs problèmes. C’est plutôt mal vu de dire que l’on ne va pas bien, explique Olivier Fraweel, délégué syndical de Renault Ampere SAS. Alors les accidents du travail se multiplient, les salariés se mettent en arrêt, on ne les voit plus ; parfois, même, on ne les revoit plus du tout ! »

Plus de 3 000 départs depuis 2020

« Certes, les risques psychosociaux chez Renault, ça fait longtemps qu’on les connaît, notamment depuis la vague de suicides survenus au Technocentre de Guyancourt, en 2006 et 2007. De 2010 à 2020, la situation s’était stabilisée. En revanche, depuis six ans, l’ingénierie est touchée par des réorganisations incessantes… et les gens vont mal », développe Éric. Fragilisé par la perte de quelque 8 milliards d’euros de bénéfices, le groupe a lancé depuis 2020 deux plans de départs successifs, visant la suppression d’un total de 3 000 postes dans l’ingénierie. Beaucoup de départs n’ont pas été remplacés, et les impacts sont manifestes sur la charge de travail des ingénieurs.

Puis c’est le projet Ampere – une filiale de Renault Group créée en 2023 et centrée sur la conception et la fabrication de véhicules électriques – qui a été remis en cause deux ans seulement après son lancement. Le gros chantier de restructuration des équipes ingénierie (qui vont réintégrer Renault SAS) s’est achevé fin 2025. « Les salariés ne savent plus vraiment où ils habitent. La coordination CFDT [troisième organisation syndicale] du groupe évoque régulièrement le sujet des RPS dans les instances représentatives du personnel mais, sur le terrain, les militants ont besoin d’aide, et c’est pour eux que nous avons organisé des journées dédiées aux RPS », poursuit Éric Leborgne.

Informer, conseiller et soutenir

À l’intention des délégués syndicaux et des élus des sections CFDT de l’ingénierie Renault Île-de-France, deux sessions de sensibilisation ont donc eu lieu, la première en novembre 2025, l’autre en décembre. « En aucun cas, ces journées n’avaient vocation à se substituer aux formations dispensées par la CFDT, que nous leur avons fortement recommandé de suivre, notamment “Agir sur les conditions de travail dans le CSE et la CSSCT”, formation entièrement prise en charge par l’employeur », précise Éric. Néanmoins, le programme était dense. La première partie, plutôt théorique, a été réalisée avec le cabinet Syndex. La seconde partie était axée sur la pratique militante de proximité et assurée par les délégués de la coordination CFDT.

Les militants ont pu approfondir leurs connaissances au sujet des RPS, mener des recherches sur les sites de la CFDT, de l’INRS, de l’Anact, du ministère du Travail, etc., s’inscrire à des webinaires et des formations. Il leur a également été demandé de travailler à partir des documents produits par l’entreprise afin d’y trouver les informations dont ils peuvent se servir pour interpeller leur direction : bilans sociaux, BDESE2, Duerp3.

D’autres séquences ont permis de clarifier la manière de conduire le mieux possible des entretiens avec des personnes en situation de RPS. « Pour certains salariés, parler avec un syndicaliste n’a rien d’évident. De notre côté, il faut savoir accueillir leur parole et récupérer beaucoup d’informations », précise Olivier. Ensemble, les militants ont aussi réfléchi à ce qu’ils pouvaient faire, très concrètement, au sein de leurs entités. Par exemple, cibler les arrêts maladie courts, qui sont souvent un premier signe de mal-être.

Éric leur a enfin conseillé de lancer une enquête, en utilisant le questionnaire sur le travail réalisé par la CFDT Métallurgie, qui leur permettra de repérer les points critiques dans leurs services. « Chaque année, la direction de Renault mène sa propre enquête QVCT, mais on regrette que celle-ci ne soit pas paritaire. Nous voulons comparer nos résultats aux leurs. »

Bientôt de nouvelles rencontres

À propos de l'auteur

Claire Nillus
Journaliste

De nouvelles rencontres sont prévues avec les participants. Elles permettront d’échanger sur des retours du terrain après ce travail. Qu’est-ce qui a changé dans leur pratique syndicale ? Que peuvent-ils encore améliorer ? De son côté, Éric envisage de se rapprocher des sections d’usine pour leur proposer la même chose : « Nous devons montrer que la CFDT s’investit pleinement dans le domaine des RPS. Ce n’est pas le cas de toutes les organisations syndicales ici… »