Et si on parlait salaires ?

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iconeExtrait de l’hebdo n°3790

Avec une inflation prévue autour de 2 % en 2021, la question de la hausse des salaires devient une priorité afin de garantir le pouvoir d’achat des salariés et plus particulièrement celui des travailleurs dits de la deuxième ligne. Malgré toutes les promesses qui ont été faites, leur rémunération n’a toujours pas été réévaluée. La CFDT appelle le patronat à se mettre autour de la table dans les branches pour sortir de ce statu quo.

Par Jérôme Citron— Publié le 14/09/2021 à 12h00

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© Gilles Rolle/RÉA

« Il faut que les entreprises cessent d’aller à Bercy demander des aides et qu’elles engagent des négociations dans leurs branches. » Le message porté par Laurent Berger dans les médias ne peut pas être plus clair. Il est temps que les salariés dits de la deuxième ligne bénéficient d’une augmentation salariale à la hauteur de leur investissement pendant la crise et des promesses qui leur ont été faites. « A minima, le gouvernement devrait conditionner les aides qu’il accorde à l’ouverture de réelles discussions », insiste le secrétaire général de la CFDT.

“Que ce soit dans la propreté, la prévention-sécurité, la grande distribution ou les hôtels-cafés-restaurants, le patronat reste inflexible. Malgré ses déclarations, nous ne constatons aucune avancée sérieuse.”

Véronique Revillod, secrétaire générale adjointe de la CFDT-Services

Après plus d’un an sans rien voir venir, de nombreux salariés trouvent que la coupe est pleine. Dans ce contexte, la dernière proposition du patronat de la branche propreté a été perçue comme une provocation : 1,6 % alors que l’inflation est à 1,9 %. Cela signifie une perte de pouvoir d’achat subie par des personnes qui devaient être récompensées de leur engagement. « Que ce soit dans la propreté, la prévention-sécurité, la grande distribution ou les hôtels-cafés-restaurants, le patronat reste inflexible. Malgré ses déclarations, nous ne constatons aucune avancée sérieuse », résume Véronique Revillod, secrétaire générale adjointe de la Fédération CFDT des Services. Pourtant, les différents secteurs n’ont pas tous souffert de la même façon. La grande distribution s’en est plutôt bien sortie pendant la crise et annonce de très bons résultats économiques grâce aux salariés fidèles à leur poste malgré les craintes qu’ils pouvaient avoir.

Une période propice

Avant la crise, il n’était pas question pour les entreprises d’augmenter les salaires car elles devaient reconstituer leur marge. Pendant la crise, elles estimaient qu’il y avait encore trop d’incertitudes. Aujourd’hui, alors que l’activité repart, elles considèrent qu’il serait prématuré d’agir sur les salaires. « Nous devons mettre le paquet sur les rémunérations car les salariés de ces secteurs ont de plus en plus de mal à boucler leurs fins de mois, insiste Véronique. Le constat n’est pas nouveau, mais avec le chômage partiel et l’augmentation des dépenses contraintes (le prix de l’énergie notamment), cela devient de plus en plus dur. »

Avec une reprise économique beaucoup plus dynamique que prévu et un emploi tendu dans certains secteurs, la période semble propice à l’aboutissement de certaines revendications salariales. La pression sur le patronat est d’autant plus forte que les entreprises ont globalement restauré leurs marges, notamment grâce aux aides de l’État. Et le Smic devrait quant à lui être augmenté automatiquement dès le 1er octobre de 31 euros bruts par mois et tenir ainsi compte de l’inflation. Quelque 2,5 millions de salariés vont bénéficier de cette hausse. Afin de ne pas tasser les grilles salariales, un effort devra être fait rapidement tant dans les branches professionnelles qu’au niveau des entreprises.

Une demande sociale de plus en plus forte

Loin de se limiter à la France, la question des salaires se pose actuellement partout en Europe. En Espagne comme en Allemagne, elle est au cœur du débat politique. Face à l’inflation, la demande sociale se fait de plus en plus forte. Mais jusqu’à présent, les chiffres ne montrent pas de franches hausses. De leur côté, les experts se font plus prudents, d’autant plus que la crise sanitaire a rendu les prévisions compliquées : il y a encore quelques mois, personne n’imaginait une reprise aussi forte. Aujourd’hui, tout le monde s’interroge quant à l’effet qu’auront sur l’économie les difficultés d’approvisionnement en certains composants stratégiques. Le secteur de l’automobile, contraint de mettre à l’arrêt ses usines fautes de composants électroniques, illustre à lui seul la complexité de cette sortie de crise.

À propos de l'auteur

Jérôme Citron
rédacteur en chef-adjoint de CFDT Magazine

« Il y a aujourd’hui entre 300 000 et 400 000 emplois non pourvus, conclut Laurent Berger. Cela s’explique d’une part par un problème de compétences disponibles et d’autre part par un problème de conditions de travail et de rémunérations de certains métiers. C’est pourquoi nous disons aux branches professionnelles d’apporter des réponses concrètes, adaptées à chaque secteur. Car ce n’est pas en réduisant les droits des chômeurs, comme s’apprête à le faire le gouvernement, que l’on réglera ces questions. »