[Dossier 2/2] Politique de la ville : zones non prioritaires abonné

Éducation, accompagnement professionnel, sécurité des quartiers, les professionnels en première ligne font preuve d'une détermination intacte malgré les difficultés du terrain et le manque de cohérence des politiques de la ville.

Par Guillaume LefèvrePublié le 28/10/2019 à 08h26

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« En Seine-Saint-Denis, en matière d’éducation, le service public n’est pas le même qu’ailleurs », déplore Florent Ternisien, secrétaire général du Sgen-CFDT de l’académie de Créteil. Même si l’État s’engage… Alors que les 350 000 élèves séquano-dionysiens ont retrouvé les bancs de l’école, des collèges ou des lycées, le constat dressé par l’enseignant est amer. Bien que le département qui concentre les difficultés sociales bénéficie de moyens importants en matière de dispositifs d’éducation prioritaire, il reste à la peine dans le domaine de la réussite scolaire.

Les maux sont connus. Peu attrayant, le département est victime d’un fort taux de rotation des équipes éducatives, et les élèves se retrouvent souvent face à des personnels jeunes et inexpérimentés.

À cela s’ajoute la stratégie d’évitement des familles les plus insérées, renforçant ainsi la ghettoïsation de certains établissements. « Et les médias ne rendent malheureusement pas toujours compte de ce qui fonctionne bien », déplore Florent Ternisien. Un véritable cercle vicieux.

Dans le second degré, alors que le concours est national, la Seine-Saint-Denis doit faire face à une autre problématique : l’État ne parvient pas à assurer une égalité de traitement sur l’ensemble du territoire. « En 2018, nous avions 200 postes de professeur de mathématiques vacants, déplore le syndicaliste, contre 0 dans le 77 et le 94 ! » Pour pallier cette carence, des contractuels sont bien recrutés, « mais ils sont souvent peu formés et ont un statut précaire…»

[REPORTAGE]

Des dispositifs peu adaptés

Dans les missions locales situées au cœur des quartiers sensibles, les conseillers constatent un fossé entre ce qui est proposé aux jeunes et leurs besoins réels.

Head MissionLocMarta NASCIMENTO REA

 Chaque année, des milliers de jeunes sont suivis par les missions locales chargées de les insérer dans un parcours professionnel. Mais, dans les quartiers sensibles, les conseillers ne peuvent que déplorer la baisse constante de la fréquentation […][Cliquez ici pour lire la suite]

Pratiquer la pédagogie inversée

Malgré les difficultés, les enseignants ne baissent pas les bras et multiplient les projets pédagogiques. Au lycée Louise Michel, à Bobigny, Aude Paul, adhérente CFDT et professeure de français dans l’établissement depuis douze ans, travaille de concert avec son collègue d’histoire-géographie. Leur objectif ? Développer le sens critique des élèves. « Nous réalisons un travail d’éducation aux médias. Les élèves bossent sur un journal école et doivent préparer une émission de radio. On les invite à utiliser des supports, comme YouTube, sur leur propre téléphone ! »

Pour l’enseignante, il est essentiel de faire preuve de pédagogie inversée. « Si l’on veut intéresser les élèves, on doit commencer par leur parler de choses qu’ils connaissent. Une fois qu’on a leur attention, c’est gagné ! » Matthieu Largeron, adhérent CFDT, six ans d’enseignement à son actif, ne dit pas autre chose. Le professeur de mathématiques cultive son credo : « Je veux que les élèves fassent des maths en s’amusant et sans s’en apercevoir. » Il a mis en place un projet avec ses élèves de sixième baptisé « À la découverte du collège ».

Les élèves se déplacent dans les locaux et doivent faire un plan de l’établissement… En se baladant et en étant autonomes, ils s’initient à la géométrie, aux volumes, aux calculs, pour finalement parvenir à réaliser une maquette en 3D! Matthieu Largeron en est certain, « les élèves sont motivés ». Mieux, ils finissent par prendre du plaisir. Même son de cloche pour Aude Paul : « Quand on fait confiance aux enseignants et aux élèves, on obtient des trucs vraiment très chouettes ! »

Pour ces fonctionnaires passionnés un seul mot d’ordre, « adaptation », même s’il ne s’agit pas d’un long fleuve tranquille. Aude Paul regrette le temps et l’énergie…

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