La citoyenneté locale à l’épreuve du racisme

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icone Extrait de l'hebdo n°4004

Par Olivier GuivarchPublié le 31/03/2026 à 12h00

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© Joseph Melin

À propos de l'auteur

Olivier Guivarch
secrétaire national de la CFDT

Les élections municipales sont le scrutin du quotidien : on y élit celles et ceux qui décident de l’école, de l’espace public, de l’action sociale, de l’urbanisme, des équipements sportifs et culturels – bref, de la vie commune. C’est dire si le climat du débat compte. À peine le vote passé, des propos racistes visant des maires élus sont venus abîmer ce que la République a de plus concret : la reconnaissance de l’autre comme un égal. Ces paroles ne relèvent pas d’un simple « dérapage » ; elles fragilisent la paix civile en rendant la discrimination dicible, donc tolérable.

La citoyenneté, on l’invoque souvent comme un mot d’ordre. Elle est pourtant une pratique qui consiste à écouter, argumenter et contredire sans humilier ; à reconnaître la légitimité d’un élu, même quand on n’a pas voté pour lui. Au niveau municipal, cette citoyenneté est visible et immédiate : elle se joue au guichet de la mairie, à la sortie de l’école, dans une réunion publique, sur un terrain de sport. C’est pourquoi le racisme y est particulièrement destructeur : il nie l’appartenance pleine et entière de certains habitants à la communauté locale.

Dans une démocratie mûre, l’exigence d’exemplarité n’est pas un luxe moral mais bien une condition de confiance. Quand des propos racistes circulent, la réponse attendue n’est ni l’esquive ni l’ambiguïté. Il faut une condamnation claire, des explications précises, et, le cas échéant, des conséquences. Cette responsabilité est individuelle – on répond de ses mots – mais aussi collective.

Dans cette séquence, le rôle des médias et des réseaux sociaux s’avère décisif. Oui, il faut nommer les faits, les documenter, les contextualiser ; non, il ne faut pas confondre la circulation d’une phrase choc avec l’information, ni l’invitation au débat avec la banalisation. Les réseaux sociaux accélèrent tout, parfois au détriment de la nuance – mais la vitesse n’excuse ni l’insulte ni la discrimination. À chacun, enfin, de prendre sa part : signaler, contredire, soutenir ceux qui sont visés, et refuser que le racisme devienne un « sujet » parmi d’autres.

Le racisme prospère sur l’indifférence et la fatigue démocratique ; il recule quand une majorité silencieuse devient une majorité présente. Les municipales devraient être un moment de projets et de solutions. Elles sont aussi un test de maturité civique. On peut être en désaccord sur tout – impôts, urbanisme, sécurité, écologie – sans jamais franchir la ligne qui consiste à déshumaniser. La République, au fond, tient à cela : la promesse que nul ne sera rabaissé pour ce qu’il est. C’est cette promesse qu’il faut protéger, dans les discours comme dans les actes, à l’échelle de nos rues et de nos quartiers.