Salariés aidants : en première ligne face au vieillissement, au handicap et à la maladie

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icone Extrait de l'hebdo n°4010

Prendre soin de ses proches, ça tombe sous le sens. Mais qui prend soin des aidants, dont les deux tiers sont des actifs ? Pour l’Agirc-Arrco, les entreprises doivent tenir compte de cette charge mentale qui impacte inévitablement le travail.

Par Claire NillusPublié le 12/05/2026 à 12h00

Lors de la table ronde du 5 mai 2026 organisée par l’Agirc-Arrco.
Lors de la table ronde du 5 mai 2026 organisée par l’Agirc-Arrco.© Syndheb

Notre pays est dans une période inédite. Pour la première fois de son histoire, la France compte plus de personnes vieillissantes que de jeunes. Les 65 ans et plus sont maintenant près de 4 millions de plus que les moins de 15 ans. Une des conséquences de cette situation démographique nouvelle est qu’un quart des salariés seront des aidants en 2030, selon l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Autre fait, l’« entrée dans l’aidance » a lieu de plus en plus tôt, vers l’âge de 34 ans en moyenne. Si les employeurs ne peuvent plus ignorer le phénomène, le sujet demeure toutefois un impensé dans beaucoup d’organisations.

Comment reconnaître les aidants ? Comment repérer les signaux faibles ? Comment prévenir les risques d’épuisement ? Telles sont les questions qui ont été abordées par l’Agirc-Arrco, conjointement avec le mutualiste Klésia et l’entreprise du secteur l’ESS Handéo, lors d’une table ronde, le 5 mai 2026. À cette occasion, de nombreuses entreprises engagées sur ce sujet ont témoigné des avancées et des freins rencontrés pour donner de la visibilité aux aidants et les accompagner dans leur parcours privé comme professionnel.

Reconnaître le statut d’aidant

Il y aurait, en France, entre 9 et 11 millions d’aidants. Pourtant, il n’existe pas de statut juridique stabilisé, la définition d’un « aidant » variant selon les textes. En 2005, dans la loi handicap, l’« aidant familial » est celui qui aide une personne handicapée. En 2015, dans la loi relative à l'adaptation de la société au vieillissement, un « proche aidant » est celui qui aide une personne âgée, et dans le code de la santé publique, on trouve le terme d’« aidant naturel », qui désigne « la personne choisie par la personne aidée pour l'accompagner dans les gestes liés à des soins prescrits par un médecin et favoriser son autonomie fonctionnelle. »

Alors, comment et à quel moment se considère-t-on comme un aidant ? Selon qu’il aide à distance ou qu’il soit présent, qu’il s’acquitte uniquement de tâches administratives ou qu’il doive assister à des rendez-vous médicaux, l’aidant est confronté à une infinité de situations.

Audrey Nouts, cheffe de bureau de l’action sociale, des blessés et du handicap à la gendarmerie nationale témoigne : « Nous avons identifié des situations extrêmement critiques et décidé de mettre en place une politique RH adaptée, sachant que les gendarmes vivent en caserne, sont souvent éloignés de leur famille et qu’il n’y a pas d’aménagement horaire possible dans ce métier. » Désormais, militaires et personnels civils peuvent écrire à la DRH pour que leur situation soit étudiée. « Nous avons fixé un curseur, au moins huit heures par semaine, pour leur reconnaître le statut d’aidant. Nous avons créé un groupe Facebook dédié pour diffuser de l’information, et les jeunes officiers sont maintenant tous formés sur le sujet, de même que les chefs d’équipe de proximité. Toutefois nous pensons qu’il faudra encore une dizaine d’années avant de pouvoir acculturer tout le monde chez nous sur cette notion », estime Audrey Nouts.

Car dans ce milieu-là, comme dans beaucoup d’autres, le culte de la performance est tenace. « Dans les échanges que j’ai avec des salariés, je leur dis de s’autoriser à dire qu’ils sont fatigués », explique Marie-Hélène Nepveu, psychologue au centre de prévention Agirc-Arrco de Paris. « Nous essayons d’évaluer avec eux les risques d’épuisement, mais quand ils viennent nous voir, c’est souvent trop tard. »

Les bons outils

Afin que la question de la vulnérabilité puisse faire surface sans tabou, les managers doivent apprendre à repérer les signaux faibles et à favoriser la libération de la parole. Encore une obligation ? « Non, rétorque Diane Flore Depachtere, dirigeante de DFD Consulting, un cabinet spécialisé qui accompagne les entreprises sur les questions de santé mentale et de risques psychosociaux. Quand on est manager, on doit être formé sur tous les sujets liés à l’inclusion, au handicap, à l’aidance. » Pour cette consultante donc, cela fait partie du job. C’est aux employeurs de communiquer sur le sujet. « Plus on en parlera, plus la parole sera possible. » Elle conseille aussi d’utiliser ce qui existe déjà dans l’entreprise, comme l’entretien annuel. « Souvent décrié, c’est au contraire un très bon outil pour amener la discussion », souligne-t-elle.

Tout en rappelant la nécessité de faire de l’aidance un sujet de dialogue social à part entière, l’Agirc-Arrco met à disposition des salariés des outils spécifiques. L’organisme édite le guide « Salariés aidants » (disponible sur son site). Il est aussi à l’origine de la création du site internet Ma Boussole Aidants, conçu pour et avec des aidants, qui répertorie tous les droits et les ressources existants selon la situation de la personne aidée.

Un bilan psychosocial personnalisé

À propos de l'auteur

Claire Nillus
Journaliste

Autre outil proposé, un parcours de prévention, qui permet aux salariés aidants qui le demandent de réaliser un bilan médico-psycho-social personnalisé avec des psychologues et des médecins. Cet état des lieux permet de passer en revue de manière approfondie les soutiens éventuels dont dispose l’aidant, ses ressources propres, et de poser un diagnostic sur sa santé mentale et physique, en somme, tout ce qui peut aider à trouver les solutions les mieux adaptées à son cas. Un dispositif bienvenu dont tous les salariés du secteur privé peuvent bénéficier.