Dialogue citoyen : quel avenir pour les jeunes Européens ?

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iconeExtrait de l’hebdo n°3778

« Les jeunes et les emplois de demain », tel était le thème de l’échange organisé dans le cadre de la Conférence sur l’avenir de l’Europe, consultation citoyenne en ligne lancée le 9 mai. Parmi les nombreux sujets évoqués, le projet d’un droit individuel à la formation européen et la Garantie jeunes. 

Par Marie-Nadine Eltchaninoff— Publié le 18/05/2021 à 12h00

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1. Retrouvez l’intégralité du débat en replay sur futureu.europa.eu. Une plate-forme de propositions de la Conférence sur l’avenir de l’Europe, à laquelle tous les citoyens européens sont invités à participer, est également disponible sur ce site.

Entre l’impact dévastateur de la crise et les nouvelles opportunités créées par les transitions en cours, quelles perspectives pour les jeunes ? Lors du débat organisé1 le 11 mai par la représentation française de la Commission européenne, il est un point qui fait consensus : la formation est un enjeu majeur. « L’investissement dans l’éducation, la formation professionnelle et l’apprentissage est l’une des priorités du socle européen des droits sociaux », rappelle le commissaire européen à l’emploi, Nicolas Schmit, faisant ici référence aux engagements pris par les dirigeants des 27 et les partenaires sociaux lors du sommet social de Porto. L’acquisition de nouvelles compétences est, selon lui, un élément clé de l’adaptation aux transformations en cours, même si « les métiers d’avenir ne sont pas encore clairement définis ».

Un compte individuel de formation européen

« On ne connaît pas nombre d’emplois qui seront ceux de demain, convient également Laurent Berger. Nous avons un enjeu d’orientation fondamental. Les besoins nouveaux relatifs aux transitions vertes et à la transition numérique vont faire exploser nos repères en matière de métiers classiques. Ils existeront toujours mais leur exercice nécessitera des compétences différentes. Il faut donner la possibilité aux travailleurs d’être accompagnés et sécurisés dans ces transformations. »

En cela, l’idée de la création d’un compte individuel de formation, ou d’un droit individuel à la formation au niveau européen (proposition de l’institut Jacques Delors) sont ardemment défendues par la CFDT. « Pour les travailleurs eux-mêmes, mais aussi pour les entreprises et leur compétitivité. Sans oublier les travailleurs indépendants, ceux notamment des plates-formes numériques. Il faut créer les conditions de financement de ce droit pour les adultes et pour les jeunes », précise Laurent Berger. 

Investissement dans les compétences

« On pense souvent à l’investissement technologique ou dans les infrastructures, mais investir dans l’acquisition des compétences nouvelles et dans les compétences de transition est probablement le premier point de la discussion, estime pour sa part Gilles Vermot Desroches, président de la commission jeunesse du Medef. Le monde de l’entreprise doit se mobiliser dans ce sens. C’est une manière de revisiter sa RSE pour construire le monde de demain. » 

[Une partie du plan de relance (...) annoncé en juillet dernier doit être consacrée] “à l’investissement dans les compétences, la formation, l’amélioration de l’apprentissage”.

Nicolas Schmit, commissaire européen à l’emploi

Cette question de l’investissement par les acteurs économiques mais aussi par les pouvoirs publics fût justement soulevée : « Quels sont les dispositifs et les financements européens prévus pour accompagner la jeunesse dans les emplois du futur ? » demande une internaute, alors même qu’une partie du plan de relance de 750 milliards d’euros (40 milliards pour la France) annoncé en juillet 2020 doit être consacrée « à l’investissement dans les compétences, la formation, l’amélioration de l’apprentissage », pointe Nicolas Schmit.

Renforcer la Garantie jeunes en Europe…

Le commissaire européen rappelle en outre que la Garantie pour la jeunesse est un dispositif européen, « créé après la précédente crise, et renforcé pour le volet compétences numériques et pour le rendre plus accessible pour les Neet [jeunes sortis du système scolaire sans emploi ni formation]. La Commission européenne a proposé d’utiliser dans le cadre notamment du FSE [fonds social européen], à l’échelle de l’Union européenne, 22 milliards d’euros dans les années à venir », précise-t-il. 

… et en France

Côté français, Élisabeth Borne a dressé, sans surprise, un bilan positif du plan « 1 jeune 1 solution », pour lequel le gouvernement dit avoir mobilisé 9 milliards d’euros. « Depuis août 2020, plus de 1,6 million de jeunes de moins de 26 ans ont été embauchés en CDI ou CDD de moins de 3 mois, plus de 500 000 jeunes sont entrés en apprentissage en 2020, un niveau absolument inégalé dans notre pays. Nous avons également généralisé le principe d’une rémunération, pour tous les parcours d’accompagnement », détaille la ministre du Travail, citant la Garantie jeunes, le Pacea (Parcours contractualisé d’accompagnement vers l’emploi et l’autonomie) et l’AIJ (Accompagnement intensif des jeunes) par Pôle emploi. 

Questionnée par un jeune internaute sur la possibilité d’ouvrir le RSA aux moins de 25 ans (revendication de longue date de la CFDT), la ministre réaffirme son opposition de principe, ajoutant qu’une réflexion se poursuit actuellement « pour élargir les publics bénéficiaires de la Garantie jeunes à l’ensemble des jeunes, y compris ceux qui ne sont pas encore connus des services publics de l’emploi. » 

Priorité au dialogue social

À propos de l'auteur

Marie-Nadine Eltchaninoff
Journaliste

Sur la Garantie jeunes comme sur les nombreux autres sujets évoqués (évolutions liées au télétravail, au droit à la déconnexion, mais aussi la reconnaissance des travailleurs de deuxième ligne), Laurent Berger insiste : « Avec ce qui est devant nous, en termes d’impact de la Covid ou des transitions à venir, on ne trouvera pas de solution si on ne développe pas davantage de dialogue social »