Deux millions de décès liés au travail recensés chaque année

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iconeExtrait de l’hebdo n°3791

Depuis l’an 2000, à travers le monde, le nombre de personnes décédées d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle n’a cessé de croître pour atteindre 1,9 million en 2016. Un chiffre que la pandémie pourrait encore venir alourdir, préviennent l’OMS et l’OIT dans un rapport conjoint.

Par Anne-Sophie Balle— Publié le 21/09/2021 à 12h00

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© Benoit Decout/RÉA

Les premières estimations communes de l’Organisation mondiale de la santé et l’Organisation internationale du travail, publiées ce 17 septembre, font froid dans le dos. En 2016, près de 2 millions de personnes sont mortes d’accidents du travail ou de maladies professionnelles, contre 1,7 million en 2000. « Deux millions de décès prématurés et évitables », s’emportent ainsi les deux agences onusiennes, qui pointent l’exposition à de longues heures de travail comme premier facteur de risque (750 000 décès seraient imputables à une durée du travail supérieure 55 heures par semaine), devant l’exposition à la pollution atmosphérique sur le lieu de travail (450 000 morts). Les agences sont d’autant plus inquiètes que les décès dus aux cardiopathies et AVC associés à l’exposition à de longues heures de travail ont respectivement augmenté de 41 % et 19 % entre 2000 et 2016.

La pandémie risque d’assombrir le tableau

Or la pandémie de Covid-19, qui selon l’OMS a significativement accéléré la tendance à travailler pendant de plus longues plages horaires, pourrait venir aggraver ce phénomène. Le rapport ne se penche pas non plus sur les maladies dites transmissibles. Là encore, la pandémie – au cours de laquelle de nombreux professionnels de santé sont décédés, après avoir été infectés sur leur lieu de travail – « est l’occasion d’examiner sérieusement cette question à l’avenir », précise l’OMS.

De leur côté, les accidents professionnels provoquent 360 000 décès par an (soit près de 20 % des décès liés au travail). « Il est choquant de voir qu’autant de personnes sont littéralement tuées par leur travail », estime le directeur général de l’OIT, Guy Ryder, qui exhorte pays et entreprises à améliorer la santé et la sécurité des travailleurs.

Base de travail

Ce premier rapport de suivi mondial se veut une base de travail. Chacun des 19 facteurs de risques professionnels identifiés est associé à un ensemble d’actions préventives destinées à orienter l’action des pouvoirs publics en consultation avec les employeurs et travailleurs. En matière de prévention de l’exposition aux longues heures de travail, par exemple, OMS et OIT estiment nécessaire un accord sur les limites maximales de temps de travail acceptables pour la santé (aujourd’hui, la durée hebdomadaire de travail en Europe est fixée à 48 heures au maximum sauf dérogation).

À propos de l'auteur

Anne-Sophie Balle
Rédactrice en chef adjointe de Syndicalisme Hebdo

« Les normes internationales du travail constituent une base solide pour mettre en œuvre des systèmes de sécurité et de santé au travail robustes, efficaces et durables à différents niveaux », estime le Département de la gouvernance et du tripartisme de l’OIT. « Assurer la santé et la sécurité des travailleurs est une responsabilité partagée par le secteur de la santé et du travail. C’est l’esprit même des objectifs de développement durable des Nations unies que d’œuvrer ensemble pour faire disparaître cette charge de morbidité non négligeable », a renchéri le Département environnement, changement climatique et santé de l’OMS.