Grosses tensions dans l’édition juridique

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icone Extrait de l'hebdo n°4016

Le 11 juin, les salariés des entreprises Lefebvre, Dalloz et Éditions Législatives étaient en grève pour dénoncer une transformation menée à marche forcée dans le cadre d’une fusion annoncée des trois entités. La CFDT, en intersyndicale, craint un plan social qui ne dit pas son nom.

Par Emmanuelle PiratPublié le 23/06/2026 à 06h00

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En trente-quatre ans aux Éditions Législatives, Catherine Ehlert n’avait jamais connu de grève. La déléguée syndicale CFDT était pourtant en première ligne, le 11 juin dernier, aux côtés de ses collègues militants de Lefebvre et Dalloz, lorsqu’il s’est agi de mener la fronde. Les raisons ? « La direction profite de la fusion annoncée entre les trois entités [spécialisées dans les publications juridiques] pour remettre en cause en profondeur nos droits sociaux. Sous couvert d’harmonisation, elle organise en réalité un alignement par le bas ! »

Pourtant, une première étape de négociation a déjà eu lieu et avait permis d’aboutir à un « statut social unique », garantissant aux salariés des trois entités de conserver certains de leurs avantages acquis (en matière de temps de travail, RTT, congés d’antériorité, etc.). Or « nous avons découvert, au moment de la relance des négociations, en mars 2026, que la direction souhaitait remettre en cause les accords précédemment signés », explique la déléguée syndicale, indignée par « ce non-respect des engagements pris ». La nouvelle mouture proposée par la direction rabote l’essentiel des droits acquis : « La direction souhaite par exemple revenir de vingt à douze jours de RTT. » Inacceptable !

Un accroissement préoccupant de la souffrance au travail

Les conséquences pour les salariés ne se sont pas fait attendre : perte de confiance, démotivation, accroissement préoccupant de la souffrance au travail… Alors que les trois marques sont aujourd’hui très rentables et bénéficient d’un investissement (encore) fort des salariés, « la stratégie de la direction fragilise le cœur du modèle Lefebvre-Dalloz : des contenus experts, fiables, produits par des équipes hautement qualifiées, alimentant un fonds documentaire unique en France », résume un communiqué de presse de l’intersyndicale (CFDT, SNJ et SNJ-CGT), qui représente un grand nombre de pigistes des trois entités. « La transformation actuelle se fait au prix de la santé des salariés et met en péril, à terme, la valeur même de l’entreprise », précise ledit communiqué.

Zéhina Aït-El-Kadi, élue CFDT et rédactrice en chef chez Lefebvre Dalloz – Éditions Dalloz.
Zéhina Aït-El-Kadi, élue CFDT et rédactrice en chef chez Lefebvre Dalloz – Éditions Dalloz.© Syndheb

L’exigence d’une négociation loyale

Voilà pourquoi l’intersyndicale a décidé de monter au créneau. Après la mobilisation massive du 11 juin, qui a réuni 373 salariés et managers sur les 600 que comptent les trois entités, l’intersyndicale veut désormais interpeller les actionnaires et la direction afin que les négociations se déroulent loyalement, dans le respect des engagements passés. A également été listée une série de revendications pour que les droits et rémunérations ne subissent pas un véritable détricotage.

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À propos de l'auteur

Emmanuelle Pirat
Journaliste

En outre, sont demandées « la création d’un poste dédié à la prévention des risques psychosociaux » et « la création d’un comité IA pour anticiper l’évolution des métiers et protéger l’emploi ». Les semaines à venir devraient renseigner sur les intentions réelles de la direction et des actionnaires. « S’agit-il de pousser, de manière indirecte, une partie des salariés vers la sortie ? », craignent certaines personnes en interne. Un plan social qui ne dirait pas son nom, en quelque sorte.