Une fois de plus, les salariés de la propreté méprisés

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iconeExtrait de l’hebdo n°3790

Organisations syndicales et patronales ont passé des mois à négocier quatre accords sur la formation, l’égalité professionnelle, la classification et les salaires. Le résultat est particulièrement décevant, selon la CFDT.

Par Fabrice Dedieu— Publié le 14/09/2021 à 12h00

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© Fred Marvaux/RÉA

1. Ces accords ont toutefois été signés par un nombre suffisant d’organisations syndicales pour être appliqués. L’accord sur les salaires doit entrer en vigueur au 1er janvier 2022. Les trois autres accords ne sont ni parus ni étendus.

C’est une occasion manquée de rendre les métiers de la propreté plus attrayants. Pour ce secteur dont on reconnaît qu’il emploie des travailleurs de la « deuxième ligne » (les salariés qui ont continué à travailler tout en étant exposé à la Covid-19 durant le confinement du printemps 2020), le gouvernement avait appelé en mars à une revalorisation des salaires et des conditions de travail des métiers qu’il englobe. Au même moment, patronat et syndicats finalisaient quatre accords (les négociations avaient débuté à la fin de l’année 2020) sur la classification, la formation, l’égalité professionnelle et les rémunérations. Quatre accords que la CFDT, deuxième organisation syndicale de la branche (27,33 % aux dernières élections), n’a pas signé1 car ils ne sont pas à la hauteur des espérances. « On a constaté un recul des droits des salariés », résume David Saint-Sulpice, chargé à la CFDT-Services de ce secteur qui compte 558 000 salariés.

“Un accord d’affichage”

Conclu le 18 février, l’accord égalité professionnelle n’est qu’« une déclaration de bonnes intentions » concernant la parité, estime David Saint-Sulpice, et ne comporte aucun objectif factuel chiffré. Pourtant, le sujet est loin d’être anecdotique dans un secteur qui compte 64 % de femmes. « On ne demande pas que tout soit traité d’ici à l’année prochaine mais qu’il y ait des objectifs année par année sur l’embauche des femmes, leur formation, leur promotion. Là, c’est un accord d’affichage pour dire qu’il y a un accord. »

1. « Les critères pour un échelon donné sont cumulatifs. Les critères pour un échelon donné se cumulent avec les critères correspondant aux emplois de niveaux et échelons inférieurs », indique la convention collective nationale des entreprises de propreté.

Autre accord, même déception. Le 11 mai dernier, la CFDT a refusé de signer le texte sur la mise à jour de la classification des emplois. Cet accord prévoit que les salariés se trouvant au sein de la 30e et dernière catégorie (agent de service 1, dans laquelle se trouvent 60 % des salariés) passeront automatiquement à la catégorie supérieure (agent de service 2) après un an d’expérience. Or la CFDT sait que cette mesure profitera à très peu de salariés ; en outre, pour ceux qui seront concernés, le bénéfice sera minime puisque leur salaire est souvent déjà supérieur à celui de la 29e catégorie. « On estime que l’augmentation sera de 3 euros net au maximum par mois pour ceux qui vont avoir l’augmentation la plus forte », explique le secrétaire fédéral. Il aurait préféré que le patronat fasse sauter les règles conventionnelles sur les critères cumulatifs pour un échelon1 car celles-ci bloquent les évolutions professionnelles.

Une augmentation inférieure à l’inflation

Sur le front de la formation, l’accord conclu le 26 mai acte selon la CFDT un recul des droits par rapport au précédent accord, avec la disparition d’objectifs chiffrés. Quant aux rémunérations, la prime annuelle passe de 175 à 225 euros et l’augmentation des salaires retenue est de 1,6 % au 1er janvier 2022. Un niveau inférieur à l’inflation : entre août 2020 et août 2021, les prix ont augmenté de 1,9 % selon l’Insee. « Avec la période que l’on a vécue, les risques pris par ces salariés, renforcer encore la précarité, c’est du cynisme. D’autant que sur 2019 et 2020, les salariés ont perdu 1 % de pouvoir d’achat par rapport aux autres salariés du privé », souligne David Saint-Sulpice.

À propos de l'auteur

Fabrice Dedieu
Journaliste

Le 8 septembre, la CFDT a refusé de se rendre à la conférence de « progrès » organisé par la Fédération des entreprises de propreté et services associés (FEP). David Saint-Sulpice s’en explique : « On ne pouvait pas cautionner un rassemblement qui pouvait laisser penser que les salariés avaient été pris en compte dans le cadre d’une reconnaissance méritée. »