Dans le Finistère, les salariés de la branche des acteurs du lien social et familial s’organisent

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icone Extrait de l'hebdo n°4010

Depuis six ans, les militants CFDT de la petite enfance, de l’animation et du social ont créé un réseau syndical local. Issus pour la plupart de petites entreprises, ces salariés cherchent à rompre leur isolement, à pouvoir partager les bonnes pratiques et à mieux défendre leurs conditions de travail.

Par Guillaume LefèvrePublié le 12/05/2026 à 12h00

Dans le Finistère, les salariés et militants CFDT de 45 crèches associatives, 20 centres sociaux et socioculturels et de deux associations de développement social cherchent à mieux défendre leurs conditions de travail.
Dans le Finistère, les salariés et militants CFDT de 45 crèches associatives, 20 centres sociaux et socioculturels et de deux associations de développement social cherchent à mieux défendre leurs conditions de travail.© Côme Sittler

Comment faire vivre le dialogue social lorsque l’on travaille dans une association de moins de onze salariés ? Comment défendre et améliorer les droits de ses collègues quand on ne maîtrise pas le droit du travail ? Comment construire un rapport de force lorsqu’on se sent isolé face à sa direction ? Comment s’organiser sans moyens syndicaux ? Voici quelques-unes des interrogations auxquelles les salariés et les militants CFDT santé-sociaux des 45 crèches associatives, 20 centres sociaux et socioculturels et des deux associations de développement social local (ADSL) finistériens sont confrontés.

Si ces structures, souvent de petite taille, font face à des problématiques locales particulières en matière d’organisation, de conditions de travail ou de dialogue social, elles partagent pourtant des réalités identiques : celles d’adhérentes et d’adhérents isolés, de salariés démunis face à leur employeur et d’un dialogue social limité, voire inexistant.

Cartographier et mailler le territoire

« Partant de ce constat, nous avons voulu créer une section "isolés" pour mettre en réseau l’ensemble des adhérents CFDT de la branche, les faire se rencontrer et travailler ensemble. Une manière pour nous de les irriguer d’informations et de conseils mais aussi de les épauler face à leurs directions », explique Emmanuelle Huot, référente de la branche Alisfa1 pour le syndicat santé-sociaux 29 et secrétaire de section de la société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) En Jeux d'Enfance. Avec ses 200 salariés et ses 34 adhérents CFDT, c’est la structure la plus importante du territoire et le plus grand bastion CFDT, fort de 60 % des suffrages face à la liste commune CGT-Solidaires lors du scrutin de 2023. Un détail qui n’en est pas un, puisque ce sont les militants de ce collectif qui ont impulsé l’idée d’une section « isolés » pour venir soutenir leurs collègues des petits établissements en 2020.

Il a d’abord fallu dresser une cartographie de la branche dans le département, se faire connaître auprès des directions et des associations, et, plus difficile encore, des salariés. « Un long travail de patience », résume Emmanuelle Huot. Il durera deux ans. Une période pendant laquelle la CFDT a multiplié les heures d’informations syndicales ou les afterworks. « ll faut être visible et venir régulièrement pour se faire reconnaître. » Ne pas compter les kilomètres non plus.

Se voir régulièrement

Une « Journée Alisfa » est organisée chaque mois. Ce rendez-vous, ouvert aux adhérentes et aux adhérents CFDT de l’ensemble des structures du département, permet une circulation montante et descendante de l’information, un partage d’expérience et la mise en réseau des « isolés ». Souvent les adhérents partagent le même constat : ils sont confrontés à des directions parfois peu au fait du dialogue social ou qui n’en ont même pas la notion. « Plusieurs structures pourtant éligibles au CSE ne l’ont ainsi pas mis en place, malgré l’obligation légale qui s’impose, constate Emmanuelle Huot. Et même lorsque celui-ci est installé c’est un long chemin de croix. »

« Nous nous retrouvons face à des employeurs qui ignorent sciemment ou qui ont une méconnaissance du droit du travail », évoque Myriam Lecoat, élue CSE au sein de la crèche associative et participative de Porspoder (11 salariés), une structure où la gestion des ressources humaines est assurée par les parents-employeurs bénévoles.

« Nous avons par exemple dû intervenir pour rappeler que tout événement organisé en dehors des horaires définis au contrat de travail doit être payé en heures supplémentaires », explique Emmanuelle Huot, prenant l’exemple de parents qui souhaitaient que les salariés viennent travailler lors de fêtes organisées en dehors du cadre habituel de travail, bénévolement. Loin d’être caricaturale, cette histoire témoigne des problématiques auxquelles sont confrontés les salariés du secteur.

Accompagner la mise en place de CSE partout où c’est possible

« Nous travaillons sur des fiches récapitulatives des droits des salariés du secteur pour les mettre à disposition de toutes et de tous, explique Nathalie d’Oliveira Ferreira, auxiliaire de puériculture dans une crèche de Plouédern. L’objectif est de pouvoir outiller nos collègues et de leur fournir une argumentation face à leurs employeurs. » De leur faire gagner du temps aussi, une ressource rare et précieuse pour beaucoup d’entre eux.

Souvent, les mêmes questions reviennent : cadre réglementaire, congés, jours de carence, arrêts maladie, enfants malades, décryptage des accords existants… « C’est rassurant de savoir que nous ne sommes pas seules, insiste Myriam Lecoat, qui se souvient d’avoir été découragée face à la lecture des 125 pages de la convention collective de la branche. Sans parler du jargon. En cas de doutes ou de difficultés, on a toujours quelqu’un avec qui échanger et sur qui s’appuyer. » Le cas échéant, Emmanuelle Huot se met aussi à disposition de ses collègues pour les accompagner face à leur employeur. Une démarche vient d’ailleurs d’être initiée en ce sens au sein de la crèche de Porspoder pour engager des discussions en vue d’un accord sur l’organisation du travail.

Des adhérents toujours plus nombreux

C’est précisément pour cet accompagnement que Fabienne Bazin, animatrice au sein d’une crèche de Landerneau a rejoint la CFDT. « J’ai vu que la façon de faire et de travailler était différente, que nous n’étions pas livrées à nous-même », confirme celle qui fut d’abord élue sous une étiquette syndicale concurrente.

À propos de l'auteur

Guillaume Lefèvre
Journaliste

Elle n’est pas la seule. En trois ans, la section « isolés » est passée de quelques adhérents à plus d’une vingtaine. Et la longue liste de questions formulées par les collègues de Myriam à l’approche de la journée Alisfa, témoigne d’une forte attente des collègues. « C’est un travail de fourmi, mais c’est un indispensable pour se développer, pour avoir des élus et pouvoir faire entendre nos revendications », conclut Emmanuelle Huot.