Dans le BTP, un sujet encore mal bétonné

Plans ambitieux, outils nombreux… Pourtant, chez Eiffage, le leader du BTP en Europe, la formation professionnelle peine à suivre les réalités du terrain et les mutations des métiers.

Par Sabine IzardPublié le 11/05/2026 à 12h38

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© Andia

Dans certaines activités, la « formpro » s’adapte aux mutations. C’est le cas du secteur de la route, par exemple, où les métiers évoluent vers la conception et l’utilisation de nouveaux matériaux et l’aménagement paysager. Dans le nucléaire ou l’énergie, des formations spécifiques émergent, parfois financées directement par les projets. « Il y a des budgets complémentaires pour répondre à des besoins très ciblés », expliqueDelphine Schmidt, militante CFDT chez Eiffage.

Cependant, si l’on s’approche, le tableau se nuance. « On manque de visibilité sur qui est formé et comment », regrette-t-elle. Les représentants du personnel disposent en majorité de données globales, sans un suivi fin des parcours. Et les écarts entre intentions et réalisations sont récurrents : « Les plans sont ambitieux mais, souvent, une partie du budget n’est pas utilisée, sans être reportée d’une année sur l’autre. »

« Les salariés anticipent peu leurs parcours »

Autre constat : tous les salariés ne sont pas logés à la même enseigne. « Pour les ouvriers, c’est surtout de la formation obligatoire », déplore Delphine Schmidt. Le développement des compétences reste limité, contrairement à celui des cadres, à qui les parcours sont plus accessibles.

“Dans nos secteurs, la grande majorité des entreprises privilégient les formations obligatoires et négligent les autres […].”

Nicolas Charrier, de la Fédération nationale Construction et Bois CFDT.

Pourtant, les enjeux sont considérables. Face à l’usure professionnelle et aux transformations des métiers, la formation pourrait devenir fondamentale. « Il faudrait permettre aux salariés d’évoluer vers des postes moins pénibles au cours de leur carrière », reconnaît Delphine Schmidt. Mais ce passage vers des fonctions plus stables entraîne souvent une perte financière. « Les ouvriers perdraient leurs indemnités de déplacement (logement, repas, heures supplémentaires), parfois jusqu’à près de 100 euros par jour. De plus, les anciens ne sont pas formés aux outils informatiques. Pour eux, c’est encore plus compliqué, et leur priorité reste le chantier », explique-t-elle.

« Dans nos secteurs, la grande majorité des entreprises privilégient les formations obligatoires et négligent les autres, analyse Nicolas Charrier, de la Fédération nationale Construction et Bois CFDT. De plus, les salariés anticipent peu leurs parcours car le sujet est complexe. » Résultat : dans le dialogue social, la formation reste marginale. Mais les négociations reprennent au niveau de la branche après des années de blocage et pourraient bien la remettre au centre. « Les employeurs y sont sensibles car
les besoins en recrutement sont forts », conclut Nicolas Charrier.