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Extrait de l'hebdo n°4032
Après une naissance compliquée et des premières années difficiles, le musée national de l’Histoire de l’immigration a enfin trouvé son public et sa place dans la cour des grands musées parisiens. L’issue de l’élection présidentielle inquiète toutefois la centaine d’agents et leurs représentants CFDT.

C’est sans doute ce qui transparaît le plus quand on rencontre les agents du musée national de l’Histoire de l’immigration : leur engagement. Leur « attachement au projet, à ses valeurs et à ses métiers », résume la déléguée syndicale Bénédicte Duchesne, arrivée dès l’ouverture du musée, en 2007. « À l’époque, il y avait un côté militant à travailler ici. On ne venait pas par hasard. » De fait, le projet est unique : il s’agissait de créer une institution nationale dédiée à l’histoire de l’immigration et aux apports de celle-ci à la République française.
Une naissance dans la douleur
Dans une France où l’immigration a toujours été un sujet sensible et clivant, « l’idée d’une institution qui participe à changer le regard sur l’immigration et les migrations a émergé dans les années 90. Les conflits autour de sa concrétisation l’ont mise en sommeil. Mais le choc du 21 avril 20021, montrant la nécessité d’un récit positif sur l’immigration, a remis le projet sur les rails », précise Bénédicte. Le musée ouvrira finalement au public en 2007 mais ne sera officiellement inauguré qu’en 2012 par François Hollande. « Nous sommes nés dans la douleur », résume la représentante syndicale. La suite de l’histoire s’est révélée plus heureuse : progressivement, le musée a gagné en visibilité et en reconnaissance.
Au fil des ans, ses expositions – tant le parcours permanent, entièrement revu en 2023, que les expositions temporaires – ont été de plus en plus remarquées et médiatisées, à l’instar de « Banlieues chéries », en 2025, une exposition qui a conquis des milliers de visiteurs. Sans compter les animations (festivals, mercredis de la Porte Dorée, cartes blanches à des artistes, activités scientifiques autour de l’Aquarium, remise du prix littéraire et du prix de la BD du Palais de la Porte Dorée, etc.) qui, in fine, attirent chaque année un nombre croissant de visiteurs.
Plus de pression et une charge de travail augmentée
Bien sûr, pour les agents, un tel succès est source de fierté… Mais pas seulement. « Nous sommes heureux de voir le musée mieux connu et reconnu. Et, en même temps, nous aimerions nous aussi, en tant qu’agents, bénéficier de davantage de reconnaissance », indique Valérie Pillet-Dziedzicki, responsable de la gestion administrative et de la production culturelle de l’Aquarium, qui fait elle aussi partie des « historiques », puisqu’elle est arrivée dès l’ouverture du musée, en 2007. Mais le succès n’a pas été accompagné de hausses de budget à la hauteur de la montée en puissance de l’activité de l’établissement. « La bataille pour le budget est permanente », souligne Bénédicte. Avec ses conséquences inévitables : plus de pression et un accroissement de la charge de travail… Dans certains services comme celui de la conservation, l’effectif composé de six personnes tire la langue. « Compte tenu du nombre de tâches à accomplir, entre autres les inventaires et la numérisation des collections, on nous demande de prioriser. Or nous devons remplir un certain nombre de missions réglementaires, que l’on ne peut différer. Cela devient très compliqué », explique Christel Courtois, chargée de la documentation et des archives muséales, également secrétaire de la section CFDT. Les agents déplorent également le manque d’évolution professionnelle et les revalorisations salariales inexistantes.
Seule organisation syndicale au sein de l’établissement, la CFDT a toujours veillé à « faire tampon » entre les projets de la direction et les agents et à accompagner les situations difficiles. Comme lors du projet de réorganisation, en 2023, qui a suscité beaucoup de frustrations, ou de la décision, en 2022, d’externaliser les activités de médiation. « Ça a été un moment de lutte. Il nous semblait indispensable que le discours au sujet des collections soit porté par des agents du musée et de l’Aquarium et non pas par des personnes extérieures, pas forcément spécialisées dans nos domaines », explique Bénédicte. Au terme de la négociation, les chargés de médiation ont gardé la main sur les contenus confiés ensuite aux prestataires. « Cela nous a permis de conserver une activité intéressante et valorisante », apprécie Sandrine Da Fonte, chargée de médiation (notamment auprès des jeunes publics et des scolaires), qui travaille actuellement sur différentes créations d’activités à destination des maternelles et des collégiens.
Un fort attachement au projet
Malgré les aléas et les tensions, les agents se disent toujours indéfectiblement « attachés au projet, à ses valeurs et à ses métiers », indique Bénédicte. « Il y a toujours eu une forme d’engagement à venir travailler ici », ajoute Valérie, même si cela relève moins, comme dans les premières années de l’institution, d’un « acte militant ». Avec le temps et « une certaine forme d’institutionnalisation », la dimension militante s’est un peu émoussée mais n’a pas complètement disparu. On le perçoit d’ailleurs lorsqu’on évoque l’avenir et l’échéance de mai 2027. Là, l’inquiétude affleure : « On n’imagine pas une fermeture pure et simple de l’établissement mais, ce que l’on redoute surtout, c’est une instrumentalisation du musée par la mise en avant d’une tout autre histoire nationale », alerte Bénédicte. L’objet initial du musée semble plus que jamais d’actualité, et les agents plus que jamais engagés dans sa défense.