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Extrait de l'hebdo n°4016
À l’occasion de la présentation des perspectives financières de l’Unédic, les partenaires sociaux ont réitéré leur appel solennel à l’État pour qu’il cesse de ponctionner les caisses du régime.

L’État tiendra-t-il parole ? À l’heure des arbitrages budgétaires et de la pression exercée par Bercy sur les différents ministères, les gestionnaires de l’Unédic s’inquiètent. Et demandent solennellement au gouvernement de cesser de ponctionner les caisses de l’assurance chômage. En effet, bien que la lettre de cadrage de l’État mentionne que les économies réalisées par l’Unédic sont destinées au désendettement du régime, « on n’a pas d’assurance que [ce type de ponction] ne sera pas réintroduit », développait Jean-Eudes Tesson (Medef) à l’occasion de la présentation des prévisions financières de l’Unédic, le 17 juin dernier.
Il faut dire que, ces dernières années, les partenaires sociaux sont allés de déconvenue en déconvenue : dette Covid (18 milliards d’euros), prélèvement de l’État (12 milliards entre 2023 et 2026, contribution aux charges de fonctionnement de France Travail et de France Compétences (11 % des recettes de l’Unédic)… ont fini de siphonner les réserves du régime. « La dette de l’assurance chômage résulte en grande partie de décisions exogènes, sans concertation avec les organisations syndicales et patronales gestionnaires qui en assurent le pilotage, pour des financements allant au-delà de ses fondamentaux », font valoir les gestionnaires.
Un appel en forme d’alerte
Alors que le déficit du régime pourrait atteindre 2,3 milliards d’euros en 2026, l’interpellation des pouvoirs publics apparaît « presque [comme] une forme d’alerte », souligne la présidente Patricia Ferrand (CFDT) – tant le risque de creuser encore un peu plus la dette en raison du ralentissement de l’activité économique semble sérieux. Ainsi, fin 2026, la dette du régime devrait atteindre 61,5 milliards d’euros, avant de reculer pour s’établir à 59,4 Md€ à la fin 2027 et 55,4 Md€ à la fin 2028. Quoi qu’il en soit, « sans les prélèvements de l’État, la dette aurait été de 43,4 Md€ fin 2028 », réagit l’Unédic.
L’épineux sujet des frontaliers
Comment mettre la pression sur la Suisse afin qu’elle applique un nouvel accord européen stipulant que ce sera au pays du lieu de travail (et non celui de résidence) de payer les indemnités chômage des frontaliers ? Fin avril, l’Union européenne donnait son accord à une réforme du système d’assurance chômage des travailleurs frontaliers européens. Depuis, le ministre français du Travail, Jean-Pierre Faradou, assure avoir déjà « engagé les discussions » et établi « un planning de travail » avec le Luxembourg. Il en attend de même de la Suisse, qui est, et de loin, le principal pays des frontaliers français.
Interrogé à ce sujet lors de son passage à Genève, à la mi-juin, le ministre du Travail a jugé la situation actuelle « anormale » tant elle représente « un déséquilibre financier très important » (860 millions d’euros de manque à gagner par an). D’un point de vue social, la situation n’est pas plus juste, selon lui. « Ce n’est pas comme ça que l’on fait l’Europe des travailleurs », assure le ministre français, qui insiste sur l’importance des travailleurs frontaliers en Suisse. Et d’enfoncer le clou : « On est aussi un vivier d’employés qui sont très utiles aux entreprises suisses, aux hôpitaux suisses. Si les Suisses n’ont pas besoin des travailleurs français, il faut nous le dire, on les gardera ! »