Chez Vibracoustic, l’impressionnant travail de terrain abattu par la section

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iconeExtrait de l’hebdo n°3820

À Carquefou (Loire-Atlantique), la section syndicale CFDT de Vibracoustic est sur tous les fronts. Elle multiplie les accords, attire de nouveaux adhérents et veille au renouvellement.

Par Guillaume Lefèvre— Publié le 19/04/2022 à 12h00

De gauche à droite : Anthony, Guillaume, Karine et Benoît.
De gauche à droite : Anthony, Guillaume, Karine et Benoît.© Syndheb

« On ne lâche rien ! », résume Anthony Schmidt, 37 ans, délégué syndical chez Vibracoustic et à la tête de la section depuis 2019. Une détermination payante puisque les salariés de cette entreprise spécialiste des équipements antivibration en caoutchouc pour l’automobile, qui compte parmi ses clients des groupes tels que Peugeot, Renault ou Ford, font largement confiance à la CFDT, organisation historique sur le site carquefolien. C’est le moins que l’on puisse dire. Lors des élections de 2019, elle a recueilli 84 % des suffrages, contre 16 % pour la CGT. La section compte 49 adhérents sur les 266 salariés. « Nous sommes présents dans tous les services », ajoute Karine, assistante commerciale et suppléante au comité social et économique ; elle a rejoint la section en 2016, motivée par la défense de l’intérêt général.

Des collectifs créés autour d’intérêts communs

« On est aussi une bande de copains, il y a une très bonne ambiance », ajoute Guillaume Freyd, technicien de laboratoire et élu CSE, qui a rejoint l’équipe il y a trois ans. Il était d’abord réticent à l’idée d’être encarté… et il est désormais l’un des principaux contributeurs du développement de la section. Le groupe vit bien dans et hors de l’entreprise. Des collectifs se sont constitués autour d’intérêts communs, certains jouent ensemble au squash, d’autres pratiquent l’escalade. C’est cette convivialité qui a convaincu Pascal Chanteux, cadre et élu CSE, de rejoindre la section en 2019, après trente ans de présence au sein de l’entreprise.

L’omniprésence de la CFDT et ses résultats ne doivent rien au hasard : au cœur des préoccupations de la section se trouvent la proximité et le dialogue social. Ces deux termes ont d’ailleurs pris tout leur sens au sein d’un secteur loin d’avoir été épargné par la crise sanitaire, qui fait face à de grosses difficultés d’approvisionnement en semi-conducteurs ainsi qu’à la hausse du coût des matières premières.

Afin de préserver l’emploi sur le site, la section a été à l’origine d’un accord APLD (activité partielle de longue durée) en 2021. « Nous nous sommes battus pour convaincre notre direction et les responsables Europe », précise Guillaume. Chiffres à l’appui, la section a fait la démonstration du bien-fondé de recourir à ce dispositif auprès de la direction du groupe allemand, présent dans dix-huit pays. Durant la crise sanitaire et même avant, les accords se sont d’ailleurs accumulés au sein de la compagnie mariligérienne. Ainsi, en matière de télétravail, un premier accord – signé avant la pandémie, dès 2019, sous l’impulsion de la section – a permis de réagir rapidement et d’adapter l’organisation du travail avant même que le pays soit mis sous cloche. Mieux, la section a intégré à l’avenant de nouveaux cas particuliers de recours au télétravail, bénéficiant notamment aux femmes enceintes, et ce, dès la date de déclaration de la grossesse.

La longue liste des victoires CFDT

Un autre motif de satisfaction de l’équipe réside dans la négociation d’une prime d’intéressement en 2020. Alors qu’il est prévu que cette dernière soit indexée au résultat opérationnel de l’entreprise (mis à mal par la crise sanitaire), la section a pu négocier sa « décorrélation ». Côté négociations annuelles obligatoires, les années 2020 et 2021 se sont traduites par des progressions de 1,8 % et 1,5 % – et 3 % en 2022. La prise en charge par l’employeur de la cotisation mutuelle de la part salarié est passée de 75 % à 100 %, et le panier de soins a été revu à la hausse (avec une meilleure prise en charge des soins dentaires, par exemple). La prime panier-repas a également été augmentée. Et la section a négocié la mise en place d’une indemnité kilométrique vélo (jusqu’à 200 euros). Dans le cadre de prochaines négociations, elle entend demander le relèvement du plafond à 350 euros et des dispositions relatives au covoiturage afin d’encourager les salariés aux modes de transports alternatifs – sachant que cette mesure écologique bénéficie au pouvoir d’achat des salariés. Dernier acquis, et non des moindres, la section a négocié un aménagement des horaires de travail qui favorise l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, en décalant les horaires d’arrivée et de départ pour éviter aux salariés les bouchons sur le périphérique nantais aux heures de pointe.

L’hyperactive équipe reste évidemment vigilante en ce qui concerne les conditions de travail. Elle s’est fortement mobilisée ces derniers mois pour le maintien des sièges « assis-debout » des opérateurs des presses, que la direction voulait supprimer. Un non-sens eu égard au bien-être au travail des salariés qui auraient été contraints de passer la journée debout, d’où d’inévitables conséquences sur le plan physique. D’ailleurs, la section CFDT a également engagé un travail sur les troubles musculosquelettiques, afin de prévenir et d’anticiper ces maux, détaille Benoît Nevoux, élu au CSE, technicien de production et adhérent depuis 2010. Autres chantiers à venir : la négociation d’un compteur épargne-temps et un accord « monétisation de jours » qui pourrait permettre le paiement de jours de RTT afin de compenser le manque à gagner provoqué par le recours chômage partiel.

Focus sur l’égalité hommes-femmes

L’égalité entre les femmes et les hommes est aussi vue comme un sujet central. Alors que les femmes ne représentent que 16 % des effectifs, la CFDT a signé un accord en novembre 2020 qui fixe douze objectifs à atteindre pour remédier à cet état de fait. Ledit accord prévoit, entre autres, des mesures permettant de faire évoluer les mentalités en matière de lutte contre les préjugés et les discriminations, la mise en place d’un groupe projet diversité, la formation des managers pour mieux identifier et lutter contre les stéréotypes. Il fixe également l’objectif d’augmenter la proportion de femmes dans les effectifs lors des recrutements futurs.

Enfin, l’échéance électorale se rapproche. En novembre et décembre 2022, les salariés sont appelés à voter. Et la section peut s’enorgueillir d’avoir fait le boulot. « Nous espérons, pour la première fois, pouvoir présenter des listes complètes dans les différents collèges », confie Benoît. « Nous veillons à faire connaître nos résultats », complète Anthony. La communication des activités de la section est devenue systématique auprès des salariés. Des cafés CFDT sont organisés une fois tous les deux mois et offrent un temps d’échange entre élus et salariés. L’affichage de l’ordre du jour et des questions posées en CSE dans un grand format visible de tous est devenu un réflexe – « en A3 parce que les panneaux ne permettent pas plus ! », plaisante Guillaume.

Une communication régulière est adressée par mail aux salariés. Enfin, l’équipe a systématisé une tournée d’atelier toutes les trois semaines afin de croiser tout le personnel, qui travaille en deux-huit, à chaque fois par équipes de deux et en veillant au roulement des membres de ces binômes. « Il est primordial que chacun participe, explique Anthony. Cela permet à la fois d’être identifiés, et à tous de monter en compétences. On ne doit pas perdre de vue le renouvellement de notre collectif syndical. » Cette préoccupation de la section peut, là aussi, s’appuyer sur une bonne dynamique de développement. Inscrite au challenge du Grand Boost 2021, elle a accueilli douze nouveaux adhérents, dont des jeunes et des cadres.

Négociation, développement, communication… : l’agenda de l’équipe est chargé. Et parce que cette dynamique est collective, les militants tiennent à saluer le travail effectué par le Syndicat chimie-énergie Vendée – Loire-Atlantique, en particulier celui de sa secrétaire générale, Béatrice Guillaumond. « Nous savons que nous pouvons compter sur son appui. C’est un précieux soutien. On renvoie l’ascenseur quand c’est possible, on répond présent lorsqu’il faut donner un coup de main. »

Un syndicalisme d’ouverture

La section ne fait pas parler d’elle que sur les conditions de travail. Elle est à l’initiative d’actions de solidarité. En 2019, elle a signé un accord de dons de congés aux salariés « proche aidant ». Elle a aussi récemment organisé une collecte de denrées et de produits de première nécessité, notamment à destination des enfants, pour la population ukrainienne. Et l’année dernière, elle a participé à une action en faveur des Restos du cœur. « Ces initiatives sont le prolongement naturel de notre syndicalisme, insiste Anthony. C’est dans notre ADN. » « Nous défendons un syndicalisme d’ouverture », rebondit Karine.

À propos de l'auteur

Guillaume Lefèvre
Journaliste

Cette ouverture se traduit dans les activités sociales et culturelles du CSE. Pièces de théâtre et spectacles vivants font partie des offres proposées. Une visite du château de Versailles est programmée dans les semaines à venir. « On ne se limite pas à la billetterie », poursuit Karine. Une boîte à livres a été installée à l’entrée de l’entreprise, afin d’encourager à la lecture. Cette ouverture, la section la revendique tant vers l’externe qu’à l’interne. « Il est important de sortir de sa section, d’aller en formation, de rencontrer les équipes d’autres boîtes, de voir ce qui se passe ailleurs. Comme il est important de faire vivre la CFDT en dehors de l’entreprise. Nos convictions et nos valeurs ne s’arrêtent pas au seuil de l’entreprise. »