Chez Correge, la CFDT fait bouger les lignes

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icone Extrait de l'hebdo n°3993

En deux ans, la section CFDT de Correge a transformé le quotidien des salariés. Négociations sociales, améliorations des conditions de travail, revalorisations salariales et bataille pour une classification juste : les représentants syndicaux ont multiplié les avancées dans cette PME de la métallurgie, jusqu’à devenir un interlocuteur incontournable.

Par Sabine IzardPublié le 13/01/2026 à 13h00

De gauche à droite : Alan Montaron (délégué syndical CFDT de Correge), Dominique Le Morvan (assistant juridique du syndicat CFDT Métaux 76 Rouen-Le Havre-Elbeuf-Dieppe [RHED]), Pascal De Maayer (membre du bureau fédéral de la CFDT Métallurgie et secrétaire général du syndicat CFDT Métaux RHED), Jérôme Picouleau (militant de la section syndicale CFDT).
De gauche à droite : Alan Montaron (délégué syndical CFDT de Correge), Dominique Le Morvan (assistant juridique du syndicat CFDT Métaux 76 Rouen-Le Havre-Elbeuf-Dieppe [RHED]), Pascal De Maayer (membre du bureau fédéral de la CFDT Métallurgie et secrétaire général du syndicat CFDT Métaux RHED), Jérôme Picouleau (militant de la section syndicale CFDT).© Syndheb

À peine deux ans d’existence et, déjà, la section CFDT de Correge – une PME spécialisée dans la fabrication de capteurs de température pour l’aéronautique, l’énergie et l’industrie – enchaîne les victoires ! « Avant, il y avait bien un CSE, mais rien de concret pour les salariés. Depuis la création de la section CFDT, en octobre 20231, avec Jérôme Picouleau, nous avons obtenu 100 euros de chèques-cadeaux à Noël, des augmentations salariales de 2,5 % en 2024, une prime de partage de la valeur de 125 euros en janvier 2025 ; et, depuis novembre 2025, tous les salariés (et plus seulement les fumeurs) bénéficient de dix minutes de pause le matin et de dix minutes l’après-midi. Ils travaillent désormais 37 heures (payées 38 et demie) pendant quatre jours et demi par semaine, raconte Alan Montaron, délégué syndical CFDT de Correge. Nous sommes aussi en négociation avec l’employeur pour obtenir 500 euros de chèques-vacances. Et, dès la mi-janvier 2026, les salaires augmenteront encore. » Mais sa plus belle victoire demeure la mise en place de la nouvelle grille de classifications…

En effet, en 2023, la direction met unilatéralement en place la nouvelle grille, sans respecter l’esprit des textes conventionnels de la métallurgie. Très vite, la section CFDT constate que la quasi-totalité des fiches descriptives d’emploi et des cotations ne reflète pas le travail réel des salariés. Comme dans de nombreuses entreprises du secteur, l’employeur s’est appuyé sur des fiches d’emploi génériques, dissimulant ainsi l’absence totale d’objectivité dans le processus de déploiement. La section décide alors d’agir afin de protéger les droits des salariés.

Un déploiement exemplaire

« Nous avons choisi de nous appuyer sur quatre dossiers individuels de l’atelier A3, qui fabrique des thermocouples chemisés [un dispositif comparable à un thermomètre mais conçu pour mesurer de très hautes températures]. Avec les salariés, nous avons d’abord décrit, étape par étape, le travail réellement effectué à l’atelier, les compétences mobilisées et le degré d’autonomie requis. À partir de ces fiches descriptives fondées sur la réalité de leur emploi, je leur ai proposé de se coter. Cela nous a permis de déterminer la classe et le groupe d’emploi de chacun. Nos classifications sont ainsi passées en B3 à l’atelier thermocouple, alors qu’un passage en A1 était initialement prévu par la direction », explique Alan Montaron.

« C’est un véritable cas d’école : la première boîte française dans laquelle a été fait ce travail d’objectivation du travail réel », précise fièrement Pascal De Maayer, membre du bureau fédéral de la CFDT Métallurgie et secrétaire général du Syndicat CFDT Métaux 76 Rouen-Le Havre-Elbeuf-Dieppe (RHED), qui a accompagné la section dans ce dossier. « Ce qui a été réalisé chez Correge est exactement ce qui aurait dû être fait dans toutes les entreprises de la métallurgie, petites comme grandes, au moment du déploiement de la nouvelle classification ! »

Pourtant, malgré le gros travail effectué par les salariés, la direction fait la sourde oreille et refuse de reconnaître le caractère objectif des contre-propositions élaborées par la section CFDT. Cette dernière décide alors de solliciter son syndicat et de saisir le conseil de prud’hommes de Rouen au motif du non-respect du processus de déploiement de la classification. « Nous les avons mis en relation avec un avocat du réseau Avec2 afin de constituer le dossier », explique Dominique Le Morvan, assistant juridique du Syndicat CFDT Métaux 76 RHED.

« Dès que l’employeur de Correge a eu connaissance de l’assignation, il a voulu négocier. Nous sommes rapidement parvenus à un accord pour les quatre dossiers individuels, et l’employeur s’est engagé à revoir les cotations des autres salariés. Pendant trois mois, le chef de production a observé le travail de chaque salarié. Puis, en juillet 2025, les trois membres du CSE ont validé les fiches descriptives d’emploi et les cotations. Aujourd’hui, 26 salariés sur 52 ont vu leur classification corrigée à la hausse et dans le respect des règles conventionnelles. Le syndicat a donc levé l’assignation en justice », poursuit Dominique Le Morvan.

La CFDT, un interlocuteur devenu incontournable

À propos de l'auteur

Sabine Izard
Journaliste

« C’est une double victoire car, après nous avoir malmenés pendant des mois, la direction nous a pris enfin au sérieux ! Le chef de production, la directrice des ressources humaines viennent maintenant nous voir dès qu’il y a un problème », se réjouit Alan Montaron. La prochaine étape consiste à implanter la CFDT chez les cadres. « Nous avons eu beaucoup de départs, ces derniers mois, vers de plus grosses entreprises de la région. La direction a du mal à les fidéliser. Et ils sont nombreux à passer dans notre local pour s’informer sur ce que fait la CFDT. » Le rendez-vous est donc donné en 2027, à l’occasion des élections professionnelles relatives aux cadres !