Faire vivre l’avenant 43

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iconeExtrait de l’hebdo n°3788

Alors que les personnels de l’aide à domicile sont en première ligne depuis le début de la crise sanitaire, à Carpiquet (Calvados), les militantes de l’ADMR (aide à domicile en milieu rural) se battent pour l’amélioration des conditions de travail et la reconnaissance de leurs missions, indispensables à la cohésion sociale. Elles veilleront à ce que la revalorisation salariale et la révision des grilles au 1er octobre 2021 – obtenues par l’agrément de l’avenant 43, négocié par la CFDT – se traduisent concrètement pour les salariées.

Par Guillaume Lefèvre— Publié le 31/08/2021 à 12h00

De gauche à droite : Sylvie Letourneur, Odile Lemarchand et Sylvie Vernon.
De gauche à droite : Sylvie Letourneur, Odile Lemarchand et Sylvie Vernon.© Syndheb

« C’est une énorme avancée, du jamais vu ! », réagit Odile Lemarchand, auxiliaire de vie sociale, élue du CSE au sein de l’une des 48 associations ADMR que compte le Calvados (lire l’encadré). « Maintenant, il va falloir faire vivre cet avenant 43, s’assurer qu’il s’applique correctement et que les salariées en bénéficient. » Concrètement, au 1er octobre prochain, les nouvelles classifications et majorations de rémunération négociées par la CFDT vont entraîner une augmentation salariale moyenne de 15 %. Un bond en avant sans précédent dans ce secteur où les temps partiels sont la norme (89 % des contrats de travail à l’échelle nationale) et où la rémunération moyenne atteint à peine les 900 euros.

La possibilité de passer plus vite le cap du Smic

D’après les données du ministère des Solidarités et de la Santé, à peine 43 % des aides à domicile accèdent aujourd’hui à une rémunération conventionnelle supérieure au Smic après dix-sept ans d’ancienneté. Avec les nouvelles classifications, un agent à domicile sans diplôme pourra gagner 99 euros bruts supplémentaires par mois, explique la Fédération Santé-Sociaux. « Il lui aurait fallu trente ans d’ancienneté pour atteindre cette rémunération dans l’ancien système ! »

De la même manière, une auxiliaire de vie possédant un diplôme d’État d’accompagnant éducatif et social (DEAES) ou d’aide-soignant verra son salaire mensuel augmenter de 362 euros bruts. « Avec la grille actuelle, elle n’aurait pu espérer ce salaire qu’en… 2040 ! » C’est donc une véritable forme de reconnaissance mais également une nécessité dans un secteur qui peine à être attractif. « Ce n’est plus possible que les 230 000 salariées [98 % sont des femmes] des métiers de l’aide à domicile soient payées au ras les pâquerettes ! », poursuit Sylvie Letourneur, élue CSE, salariée de la fédération ADMR depuis trente-deux ans et adhérente CFDT depuis 1994.

Chaque année, des dizaines de démissions et reconversions

Ces salaires faibles nuisent à l’attractivité du métier. « Et si l’on ajoute à ça les conditions de travail déplorables… rebondit Odile. Des filles sans diplôme effectuent des tâches qu’elles ne devraient pas faire, et pour lesquelles elles ne sont d’ailleurs pas payées. »

« C’est extrêmement dur de recruter, le secteur n’attire pas », résume Sylvie Vernon, déléguée syndicale de la fédération ADMR du Calvados. La dernière campagne de recrutement, qui n’a pas vu plus de sept candidats sur les 900 potentiels se présenter à une journée d’information, en constitue une preuve éloquente. Chaque année, 200 postes en CDI ne trouvent pas preneur dans le département normand. Sans compter les dizaines de démissions ou de reconversions, et les arrêts maladie qui explosent. « On se débrouille comme on peut pour remplacer les absents, même si ça rallonge les journées, ajoute Odile. Parce qu’on aime notre métier et que l’on ne peut pas laisser les gens comme ça. »

Au premier rang des freins à l’attractivité, on retrouve la conciliation des vies professionnelle et personnelle. « Les intervenantes à domicile sont sur les routes de 8 à 20 heures, elles n’ont pas le temps de voir leur famille, à peine celui de manger dans leur voiture, elles sont payées une misère, la durée de leur intervention au domicile des usagers est de plus en plus réduite, et toujours avec la même quantité de travail à fournir. C’est un très beau métier, mais on ne l’a pas suffisamment professionnalisé. Aujourd’hui encore, c’est un terme péjoratif », déplore les Sylvie, cofondatrices en 1994 de la section de la fédération ADMR du Calvados, qui compte à ce jour 36 adhérents sur 129 salariés (les associations, quant à elles, comptent une trentaine d’adhérents). La section normande a d’ailleurs obtenu 95 % aux dernières élections, en décembre 2019 ; la reconnaissance de plusieurs années de présence sur le terrain et de victoires syndicales.

Des personnels qui ne comptent pas leurs heures

Dès 2009, l’équipe obtient la modulation du temps de travail et la fin du paiement à l’heure des aides à domicile présentes dans le département, ce qui leur garantit une rémunération mensuelle fixe. Puis, en 2018, elle décroche la majoration des temps de déplacement les dimanches et jours fériés, avec un paiement rétroactif d’une année (un « oubli » de l’ADMR 14). C’est une fierté pour les militantes qui ne comptent pas leurs heures, d’autant plus que les appels après le travail ou pendant le week-end sont légion. Horaires atypiques obligent, « il est très compliqué de s’appeler ou tout simplement de se rencontrer durant la semaine », explique Sylvie Vernon.

Alors, afin de maintenir le lien avec les adhérents et les collègues, on a mis en pratique le système D : quatre fois par an, les adhérents sont conviés à une réunion d’information et d’actualité revendicative, dont deux en région. Ces rendez-vous trimestriels des référentes régionales de la branche contribuent à la dynamique de groupe et nourrissent la réflexion des militants, qui ensuite diffusent localement les informations.

À propos de l'auteur

Guillaume Lefèvre
Journaliste

Ces temps d’échanges seront indispensables dans les semaines à venir pour s’assurer que les salariées bénéficient effectivement des mesures de l’avenant 43. « Nous allons demander la mise en place d’une commission spécifique, insiste Sylvie Vernon. Nous continuerons de porter nos revendications concernant les conditions de travail. Il faut que les aides à domicile soient consultées dans la mise en place des plannings. Ce sont les personnes qui connaissent le mieux les besoins des usagers, leurs habitudes, les trajets les plus courts. » De Vire à Honfleur, du Molay-Littry à Livarot, la CFDT occupe bien le terrain.

L’aide à domicile en milieu rural

L’aide à domicile en milieu rural (ADMR) est un réseau associatif (loi 1901) de service d’aide à la personne. L’ADMR compte 92 fédérations nationales (une par département), 2 700 associations locales et 95 000 salariées.

Quelque 1 500 salariés sont employés dans les associations du Calvados, et 129 au sein de la fédération du Calvados. Le département est représenté par 48 associations ainsi que par la fédération du Calvados. Puisqu’il s’agit d’entités indépendantes, il y a autant de comités économiques et sociaux que d’associations – ce qui n’empêche pas les militantes de la fédération et des associations de travailler ensemble.

Les missions de l’ADMR sont multiples : enfance et parentalité, accompagnement du handicap, services et soins aux seniors, entretien de la maison.

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