“Ce serait une énorme erreur de retarder la transition vers un nouveau modèle”

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iconeExtrait de l’hebdo n°3851

Élu secrétaire général de la Confédération syndicale internationale (CSI) lors du congrès de Melbourne, Luca Visentini revient sur les défis auxquels est confronté le mouvement syndical international.

Par Guillaume Lefèvre— Publié le 24/11/2022 à 12h30

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© ITUC-CSI

Changement climatique, crise énergétique, crise alimentaire, inflation… : face aux menaces qui pèsent sur les travailleurs et les citoyens, le Congrès de la CSI1 a adopté “un nouveau contrat social”. De quoi s’agit-il ?

C’est une feuille de route ambitieuse pour le syndicalisme international avec des revendications concrètes en matière d’emploi, de droits, de salaires, d’accès à la protection sociale, d’égalité. Avec la pandémie, le modèle économique dans lequel nous vivions a montré ses limites : les plans d’austérité et les coupes dans les dépenses publiques, et notamment dans les services publics, qui ont pourtant démontré toute leur utilité pendant la crise sanitaire, sont autant de mauvaises réponses face à l’explosion de l’inflation, l’envolée des prix de l’énergie et les inquiétudes des citoyens concernant la baisse de leur pouvoir d’achat. Ce « nouveau contrat social », c’est une manière de mettre l’économie au service des citoyens et de la transition écologique plutôt qu’au service des multinationales.

Avec les conséquences de la guerre en Ukraine sur l’énergie et l’alimentation, certains appellent pourtant à retarder cette transition…

Ce serait une énorme erreur, tant pour les travailleurs que pour l’environnement. Il n’y a pas de travail sur une planète morte. Il faut poursuivre les engagements de l’accord de Paris sur le climat et respecter les objectifs de développement durable fixé par l’Agenda 2030 – et en finir avec notre dépendance aux énergies fossiles.

Que revendique la CSI ?

Elle demande que les investissements soient dirigés vers un modèle de croissance durable qui prenne en compte les intérêts des travailleurs. Il est également urgent de revoir les règles de la gouvernance économique mondiale et le rôle des institutions internationales. Partout, tout le temps, les syndicats doivent être associés aux conditions de la transition. La négociation collective et le dialogue social doivent être renforcés.

Le combat est loin d’être gagné, comme l’ont montré les multiples témoignages d’atteintes aux libertés syndicales. Comment l’analyses-tu ?

Nous observons en effet un recul du droit des travailleurs dans le monde. Les régimes autoritaires, les dictatures et les mouvements d’extrême droite, notamment en Europe, font peser une menace sur les droits des travailleurs, sur leur droit à se rassembler et à s’organiser. Ces attaques vont de pair avec celles menées contre la démocratie, elles sont intimement liées, car il n’y a pas de droits des travailleurs sans démocratie. Je veux dire à tous les syndicalistes emprisonnés en Biélorussie, à Hongkong ou au Myanmar, aux peuples qui défendent leur liberté, en Iran et ailleurs, que nous sommes à leurs côtés. Nous agissons sans relâche auprès des organisations internationales afin d’obtenir leur libération.

Quel bilan tires-tu de ce cinquième congrès ?

J’en retiens la détermination et l’unité du mouvement syndical international. Je soulignerais aussi la vitalité de notre débat démocratique. Pour construire un mouvement syndical fort, nous devons sans cesse rechercher le compromis et le consensus, sans jamais renier nos valeurs. Même si, au sein de la CSI [fondée en 2006 à la suite de la fusion de la Confédération internationale des syndicats libres et de la Confédération mondiale du travail], les affiliés possèdent des histoires, des héritages et des racines différentes. Mais nous partageons des valeurs communes fondées sur la solidarité et la démocratie. Nous sommes la plus grande organisation démocratique du monde. Unis, nous sommes plus forts pour faire entendre la voix des travailleurs.

Le prix de la solidarité pour un syndicaliste hongkongais

Durant ce congrès, le prix Silver Rose Awards, qui récompense l’engagement des syndicalistes à travers le monde, a été remis à Lee Cheuk-yan, le secrétaire général du syndicat hongkongais HKCTU. En prison depuis dix-huit mois, le militant a été arrêté par le pouvoir chinois pour avoir défendu la liberté, la démocratie et les droits des travailleurs. « Malgré les risques, nous poursuivrons sans relâche notre combat contre l’autoritarisme, a lancé Chris Mung, syndicaliste de la HKCTU, désormais en exil à Londres, lors de son intervention au congrès. La démocratie est le socle du droit des travailleurs. »