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Extrait de l'hebdo n°3997
Le scandale provoqué par l’existence d’un contrat entre une filiale états-unienne de Capgemini et la police anti-immigration de Donald Trump a été rapidement étouffé. La direction de Capgemini a annoncé, le 1er février, sa décision de vendre la filiale mise en cause. Mais, selon la CFDT, c’est loin d’être suffisant.

La tornade aura été aussi violente qu’éphémère, mais elle risque de laisser des traces. Quelques jours après la révélation par l’Observatoire des multinationales de l’existence d’un contrat entre Capgemini aux États-Unis et la police anti-immigration, ICE (Immigration and Customs Enforcement), la direction de Capgemini annonçait, le 1er février, sa décision de mettre en vente la filiale mise en cause. Capgemini Government Solutions avait en effet conclu, en décembre 2025, un contrat avec l’agence américaine – impliquée dans la mort de deux citoyens à Minneapolis (les 7 et 24 janvier 2026) – visant à fournir un outil d’identification et de localisation des personnes étrangères (skip-tracing).
« À cette annonce, nous avons tous été extrêmement choqués, explique Frédéric Boloré, le délégué syndical central CFDT de Capgemini. De toute ma carrière, jamais je n’avais connu pareille crise interne ! J’ai entendu des salariés dirent leur colère ou qu’ils avaient honte de travailler pour Cap. » L’onde de choc a d’ailleurs largement dépassé la sphère de l’entreprise puisque de nombreuses voix se sont fait entendre, dont celle du ministre de l’Économie, pour exprimer leur réprobation de voir cette entreprise se compromettre avec l’agence la plus controversée de l’administration Trump.
Problème de gouvernance
Pour sa défense, la direction de Capgemini a expliqué que les obligations imposées pour pouvoir contracter avec les agences fédérales américaines menant des activités classifiées ne permettaient pas au groupe d’exercer un contrôle approprié de certains aspects des opérations de cette filiale. « On a donc un réel problème de gouvernance », réagit Frédéric, rappelant l’attachement du groupe aux valeurs éthiques depuis sa création par Serge Kampf, en 1967 (il a d’abord créé Sogeti, qui deviendra plus tard Capgemini). « Tous les salariés sont censés suivre des formations sur l’éthique, ils sont parfois licenciés pour ne pas les avoir suivies… C’est un comble que le groupe lui-même ne les respecte pas. Il faut davantage de cohérence ! »
Si la décision de se séparer de la filiale a permis de faire baisser la pression, elle n’est en rien suffisante. « La mise en vente, ce n’est pas une mauvaise chose, mais il ne faut pas s’arrêter là, insiste Frédéric. Le cœur du métier de Cap, c’est de proposer des services informatiques. Nous devons réfléchir à imposer une échelle de criticité pour accepter, ou pas, de prendre un contrat », explique-t-il, sans toutefois se bercer d’illusions. La « realpolitik » des dirigeants sert le plus souvent de boussole, et le chiffre d’affaires réalisé par Capgemini aux États-Unis représente « 30 % du CA du groupe ». « Nous allons continuer à talonner la direction sur ce sujet » – même si, pour l’heure, le délégué syndical est soumis à une autre urgence : la négociation d’un plan de mobilité qui prévoit la suppression de 2 400 postes.