Cap sur le vert !

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iconeExtrait de l’hebdo n°3797

Au sein du groupe Capgemini, le réseau des Sentinelles vertes agit pour une meilleure prise en compte des enjeux écologiques et climatiques. Par leur implication au sein de commissions dédiées à l’environnement ou à l’écocitoyenneté, ces Sentinelles sensibilisent les salariés autant qu’elles aiguillonnent les directions. Elles ont par exemple contribué à déployer les ateliers “Fresque du climat” à grande échelle dans l’entreprise.

Par Emmanuelle Pirat— Publié le 02/11/2021 à 13h00

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© Syndheb

Depuis la loi « Climat et Résilience » du 22 août 2021, les comités sociaux et économiques (CSE) ont vu leurs compétences élargies aux questions environnementales. Mais au sein du groupe Capgemini – société de conseil et d’ingénierie informatique qui compte 38 000 salariés en France –, l’équipe CFDT n’a pas attendu cette date pour faire des questions environnementales un de ses sujets de prédilection. Le réseau des Sentinelles vertes, lancé par la Fédération Communication, Conseil, Culture (F3C), y est déjà très implanté. Et ses membres se révèlent très actifs.

« Capgemini n’est pas un groupe pétrolier – et nous n’avons d’ailleurs pas les mêmes contraintes qu’une telle entreprise – mais cela ne doit pas nous empêcher de tout faire pour diminuer notre empreinte carbone et notre empreinte numérique : entre les déplacements des salariés, qui passent beaucoup de temps dans les avions ou les transports dans le cadre de leurs missions auprès de la clientèle, et nos méthodes de travail très consommatrices de mails ou de stockage informatique, nous avons des progrès à faire en matière de sobriété ! », résume Pascal Auger, délégué syndical (DS) CFDT chez Capgemini Invent (l’une des quatre entités de Capgemini, dédiée au conseil, qui compte 1 300 salariés).

La “Fresque du climat”, c’est pour tous les salariés !

Pilier du réseau des Sentinelles vertes, Pascal a d’ailleurs été moteur dans la création d’une « comenvi » (commission environnement) du CE (avant qu’il ne devienne un CSE), en 2019, justement pour participer à la sensibilisation et l’acculturation des salariés aux sujets écologiques : réduction de l’empreinte carbone, des déchets produits… Pascal fait partie des premiers à s’être formé à l’animation « Fresque du climat », ces ateliers pédagogiques permettant de comprendre les mécanismes et les enjeux du réchauffement climatique.
S’il a, dans un premier temps, proposé ces ateliers dans le cadre de la comenvi, la direction lui a très vite confié l’animation de fresques pour l’ensemble des salariés d’Invent. « L’objectif sera atteint début janvier 2022 avec l’ensemble des 1 300 salariés d’Invent passés par une “Fresque du climat” », se réjouit-il. Désormais reconnu comme « monsieur Fresque du climat » chez Capgemini, Pascal Auger a été contacté par la direction achats du groupe pour l’animation d’une fresque destinée à l’ensemble des responsables achats. « Cette direction souhaite diviser par deux l’empreinte carbone de ses achats. Cela semblait utile de commencer par cette sensibilisation », précise Pascal, qui apprécie que, désormais, « la CFDT [soit] bien identifiée sur ces sujets ».

Charte et labellisation des prestataires

Au sein de Capgemini Appli (la plus grosse entité du groupe, dédiée au déploiement de logiciels, avec 15 000 salariés), c’est une commission écocitoyenneté qui « propose des actions de sensibilisation et de pédagogie sur le développement durable » auprès des salariés : en organisant des conférences sur le thème du « zéro déchet », des énergies alternatives ou de la finance éthique, par exemple. La commission s’est aussi fixé un autre objectif : « verdir le CSE » et son offre d’activités sociales et culturelles. Autrement dit, proposer des activités (dont les voyages) plus respectueuses des contraintes environnementales.
Au terme d’un travail avec les salariés consultés et accompagnés par le cabinet ekodev, la commission a présenté un projet de charte, votée en CSE le 11 octobre dernier. « Par cette charte, nous souhaitons travailler avec les prestataires pour aller vers une offre plus écoresponsable, mais aussi sensibiliser les salariés sur l’impact carbone de nos voyages par la mise en place d’un écoscore », explique Ronan Guillory, DS CFDT chez Capgemini Appli et membre de la commission écocitoyenneté. Très impliqué dans la réalisation de cette charte, il propose même de venir la présenter à d’autres collectifs CFDT qui seraient intéressés. L’invitation est lancée !

L’encouragement à l’écoresponsabilité

Au sein du groupe Capgemini, la CFDT a été à l’initiative d’autres actions visant à encourager l’écoresponsabilité. À l’instar de ce groupe de travail RSE (responsabilité sociétale des entreprises) lancé par des militants CFDT en 2019 après les élections professionnelles. « Nous avions fait campagne autour des propositions du Pacte du pouvoir de vivre. Nous avions alors lancé une grande enquête auprès des salariés pour connaître leurs attentes sur différents sujets, dont l’écoresponsabilité. Du succès de cette enquête est né le besoin d’approfondir les thèmes dans un groupe de travail », résume Laurent Saulnier, DS de Capgemini Engineering et animateur du groupe RSE.
Ce groupe a défini plusieurs axes de travail : la promotion d’ASC (activités sociales et culturelles) écoresponsables ; les mobilités ; l’évolution du catalogue de formations, en y inscrivant davantage de modules liés à l’écoresponsabilité (lire l’encadré) ; l’intégration systématique d’un volet environnement lors de chaque négociation.

Un forfait mobilité durable de 500 euros par an

Ainsi, la CFDT a pu négocier un forfait mobilité durable de 500 euros par an ; et dans le dernier accord d’intéressement, un critère sur le bilan carbone de chaque salarié a été inclus. Cela devrait inciter les salariés à être plus attentifs à leurs déplacements professionnels, « qui comptent pour 80 % de nos émissions de gaz à effet de serre !, rappelle Laurent. Certes, c’est sans doute insuffisamment incitatif pour réellement changer les comportements, et l’essentiel des critères d’intéressement reste malheureusement financiers, liés au business. Cela ne révolutionne pas les choses mais c’est un premier pas ». L’accord télétravail, négocié très récemment, qui permet à tout salarié de télétravailler entre 20 % et 70 % de son temps (avec une stricte obligation de quatre jours sur site par mois) devrait également permettre de faire baisser le bilan carbone…

Vers la sobriété numérique, sous la pression des clients

À propos de l'auteur

Emmanuelle Pirat
Journaliste

Aux yeux de l’équipe de militants CFDT, faire de la pédagogie auprès des salariés ou intégrer une dimension RSE aux accords ne constitue qu’une étape, certes nécessaire mais trop limitée à leur goût. De leur point de vue, le business du groupe n’a pas suffisamment intégré les notions de sobriété. Et l’action RSE de la direction se limite encore à des opérations de communication qui s’apparentent nettement à une forme de greenwashing (écoblanchiment ou verdissage). Cependant, le mouvement est lancé.

« Certains de nos clients demandent d’intégrer cette dimension de sobriété dans nos projets industriels. Car le big data, l’utilisation de la 5G dans ces projets sont fortement consommateurs d’énergie. La dimension écologique des projets est désormais prise en compte, note Laurent Saulnier. C’est sous la pression conjointe des clients, des lois et des réglementations européennes mais aussi des salariés et de leurs représentants que l’on parviendra à faire bouger sérieusement les choses. » Les représentants syndicaux ont donc toute leur place.

La commission formation permanente (CFP)
Dispositif lancé il y a trente ans à l’initiative de la CFDT, la CFP permet aux salariés d’avoir accès à un catalogue de plus de 150 formations (dont le choix est décidé paritairement). Les organisations syndicales ont donc leur mot à dire, et les élus CFDT ne se sont pas privés de suggérer l’inscription au catalogue des formations « Fresque du climat » dans un format augmenté (une journée complète au lieu des traditionnelles trois heures d’atelier).
L’offre de formations est structurée en trois parties : une première liée au développement des compétences professionnelles, une deuxième dédiée au développement personnel et une troisième (toute nouvelle !) consacrée aux formations liées aux aspects sociétaux et environnementaux. « Une part du catalogue est désormais consacrée à des formations liées à l’environnement, avec des stages centrés sur la permaculture ou l’habitat écoresponsable », précise Pascal Auger.

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