Au Sgen-CFDT de La Réunion, “le renouvellement, ça se construit, ça ne s’improvise pas”

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iconeExtrait de l’hebdo n°3813

À La Réunion, les militants explosent le compteur des adhésions au sein de l’Éducation nationale. Depuis 2016, le nombre d’adhérents a bondi de 427 %. La priorité donnée au renouvellement générationnel, à travers un travail de proximité auprès de tous les personnels, y est pour beaucoup, tout autant que le maillage affiné du territoire.

Par Guillaume Lefèvre— Publié le 01/03/2022 à 13h00

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© Syndheb

« Nous avons une croissance à deux chiffres chaque année, nous voulons poursuivre sur ce rythme ! », s’exclame Didier Hoarau, secrétaire général du Sgen-CFDT Réunion. Et ce militant est prêt à faire tout son possible afin que ne faiblisse pas la dynamique que connaît la CFDT. Mais avant d’évoquer l’avenir, un coup d’œil dans le rétroviseur s’impose. En 2016, le Sgen-CFDT comptait 267 adhérents, c’était 343 en 2017, 483 en 2018, 653 en 2019, 878 en 2020. En 2021, le syndicat franchit allégrement le cap du millier d’adhérents (très exactement 1 141). En six ans, ce sont dont 874 personnels de l’Éducation nationale qui ont rejoint les rangs de la CFDT. Une fierté pour Didier Hoarau, qui tient à saluer sa prédécesseure, Maryvonne Quentel.

« C’est le résultat d’un travail collectif entamé il y a plusieurs années. C’est aussi le fruit d’un grand travail de proximité. » L’équipe a développé, en lien avec la stratégie fédérale, un réseau de « correspondants d’établissement » dans de nombreux écoles, collèges et lycées un peu partout dans l’île ; autant d’adhérents et de militants ressources sur lesquels la CFDT s’appuie pour faire remonter les réalités professionnelles et relayer les informations à travers la multiplication des heures mensuelles d’informations. « Toutes les réalités des différentes catégories », précise Didier Hoarau. Car le Sgen-CFDT, contrairement aux autres organisations syndicales, s’intéresse à l’ensemble des personnels.

La CFDT représentative auprès de tous les personnels

Alors que les assistants d’éducation en préprofessionnalisation (AED) sont hors des radars de beaucoup d’organisations, le Sgen-CFDT a récemment obtenu la cessation de l’interruption de la paie au mois d’août et a négocié auprès des services gestionnaires la continuité du versement du salaire. « Une action concrète, loin des grands discours, qui change le quotidien de centaines de collègues », résume Didier. « C’est bien parce que nous sommes représentatifs de tous les personnels que nous obtenons de bons résultats », ajoutent Éric Lacroix, enseignant, et Gael Arquier, responsable administratif, tous deux militants CFDT au sein de l’Université de La Réunion, où une section s’est implantée depuis 2018. Auparavant absent de cet établissement, le Sgen-CFDT a pu – grâce à sa présence dans de nombreux services et à sa représentativité au sein des différentes catégories professionnelles – faire une entrée fracassante et remporter la première place aux élections la même année.

Secrétaire général adjoint du Sgen-CFDT de La Réunion, récemment nommé secrétaire fédéral chargé du développement, Fabrice Grosset, 35 ans, ne dit pas autre chose. Cet accompagnant d’élèves en situation de handicap (AESH) a rejoint la CFDT en 2014, à la suite d’un rassemblement devant le rectorat. Alors qu’avec ses collègues il revendiquait l’application d’une circulaire sur la « CDIsation » des AESH, il constate que seul le Sgen-CFDT a fait le déplacement et s’intéresse à leur situation. Ainsi commence son aventure syndicale… « Il y avait une place à prendre et des sujets à mettre sur la table. Ça a été une bonne rencontre au bon moment. »

Fabrice a obtenu carte blanche lorsqu’il s’agit de faire connaître le travail de la CFDT auprès de ses collègues. Un guide pratique, « Connaître ses droits », est adressé à l’ensemble des AESH – une action qui offre une visibilité immédiate et légitime le Sgen-CFDT 974. « Nous avons aussi mis en place des formations pour faire connaître le métier d’AESH et ses spécificités, ouvertes à l’ensemble des personnels. C’était une demande forte des collègues, qui ont le sentiment que leurs missions ne sont pas connues ou reconnues dans les établissements. » Enfin, une page Facebook « Sgen-CFDT Réunion AESH » réunit 1 600 membres et permet des discussions et de la diffusion d’information en temps réel. Résultat, le Sgen-CFDT, qui recensait 150 AESH parmi ses adhérents en 2019, en dénombre presque trois fois plus en 2021, en l’occurrence 490.

La volonté de voir se créer une catégorie B pour les AESH

Les prochains combats de Fabrice Grosset : la création d’une catégorie B spéciale AESH, afin que ces agents se voient proposer un CDI plus rapidement qu’aujourd’hui (c’est une attente de six ans actuellement), ou encore la prise en compte des temps de déplacement entre deux établissements… et la prise en charge des frais inhérents. Des revendications que le Sgen-CFDT diffuse régulièrement au moyen de tracts. « Nous utilisons tous les leviers disponibles pour faire connaître nos travaux et nos actions », insiste Jonathan Selambarom, secrétaire général adjoint chargé de la communication. En plus d’être clairement identifié sur les réseaux sociaux, le Sgen-CFDT 974 (1 116 abonnés à ce jour) adresse une newsletter hebdomadaire à l’ensemble de ses adhérents ainsi que des newsletters dédiées à certaines professions (AESH, AED…)

Le renouvellement générationnel, une priorité bien ancrée

Enfin, le Sgen-CFDT mise sur la jeunesse et a fait du renouvellement générationnel une priorité. Une orientation qui n’est pas qu’une vague formule, Fabrice et Jonathan en sont d’ailleurs les meilleurs témoins. « L’âge cumulé des trois secrétaires adjoints du Sgen-CFDT de La Réunion ne dépasse pas 90 ans !, explique Didier Hoarau. Si nous en sommes là, ce n’est pas par hasard. Le renouvellement, ça se construit, ça ne s’improvise pas. » Les jeunes militants sont passés par la formation « Repères » et ont systématiquement été associés aux réunions d’instances. Laisser la place et faire confiance, en somme, et un pari payant qui contribue à l’attractivité du Sgen.

1. Composantes de l’université, ces instituts forment les enseignants et certains personnels d’éducation.

À propos de l'auteur

Guillaume Lefèvre
Journaliste

« Lorsque nous allons dans les Inspé [instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation]1, nous voyons clairement la différence avec les autres organisations ; nos militants savent de quoi ils parlent, ils connaissent la réalité des futurs enseignants puisqu’ils étaient encore stagiaires il y a deux ou trois ans ! » Ces déplacements se traduisent d’ailleurs régulièrement par des adhésions, et lorsque celles-ci ne sont pas immédiates, elles finissent par s’imposer d’elles-mêmes. « Un nouvel adhérent sur deux qui vient chez nous est passé par une autre organisation… avant de comprendre qu’elle ne lui était d’aucune aide, qu’elle était seulement dans l’incantatoire. Les théories, ça ne change pas le quotidien. » Alors que les élections dans les trois versants de la fonction publique se profilent (elles se produiront en décembre 2022), le Sgen-CFDT de La Réunion occupe inlassablement le terrain et démontre les avantages d’un syndicalisme pratique et utile au service de tous les agents.