Succès et lacunes du plan de relance

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iconeExtrait de l’hebdo n°3790

Alors que le gouvernement peaufine toujours les grands axes de son plan d’investissement censé préparer la France à l’horizon 2030, quel bilan tirer du plan de relance de 100 milliards d’euros ?

Par Anne-Sophie Balle— Publié le 10/09/2021 à 04h59 et mis à jour le 10/09/2021 à 06h52

Les transports collectifs – dont les véhicules (trains, bus…) fonctionnant à l’hydrogène – devraient faire partie des secteurs soutenus par le plan d’investissement « France 2030 ».
Les transports collectifs – dont les véhicules (trains, bus…) fonctionnant à l’hydrogène – devraient faire partie des secteurs soutenus par le plan d’investissement « France 2030 ».© Franck Crusiaux/RÉA

Ne pas brouiller le message. Au début septembre, l’exécutif devait présenter « France 2030 », le plan d’investissement qui doit prendre le relais du plan de relance à partir de 2022 et accélérer la construction des filières industrielles de demain. Mais, à sept mois de l’élection présidentielle, le choix a été fait d’en repousser l’échéance et de braquer les projecteurs sur les premiers résultats du plan de relance, avant que le comité d’évaluation du plan ne rende ses premières conclusions, en octobre.

En un an, près de la moitié des 100 milliards d’euros mis sur la table par l’État (47,5 milliards précisément, assumés à 40 % par l’Union européenne) afin d’endiguer la crise économique et sociale née de la pandémie a été engagée, se félicite Matignon, qui table sur 70 % d’ici à la fin de l’année.

Parmi les mesures qualifiées de « grands succès » par le gouvernement, on retrouve principalement les dispositifs destinés aux particuliers (aide à la rénovation énergétique des logements, aide à l’acquisition de véhicules moins polluants) avec « 475 000 dossiers de demande de MaPrimeRénov déposés depuis le début de l’année 2021 », indique par exemple le ministère de la Transition écologique. Ce qui fait dire au Premier ministre que le plan « est en train de changer concrètement » la vie des Français.

Des filières d’avenir non identifiées

Le volet compétitivité, qui concentre plus d'un tiers de l’enveloppe globale, visait quant-à lui un triple objectif: moderniser l’appareil productif, améliorer l’indépendance industrielle de la France, créer de l’emploi. À ce stade, quelque 8 880 entreprises, essentiellement des PME dans les régions, auraient bénéficié d’aides pour se moderniser, et 553 projets de relocalisation auraient été soutenus, annonce le cabinet de la ministre de l’Industrie. Pourtant, « certaines filières sur lesquelles il faut travailler ne sont toujours pas identifiées à ce jour, estime la secrétaire générale adjointe de la CFDT, Marylise Léon, qui regrette le choix assumé par l’exécutif d’une logique de guichet où les premiers arrivés ont été les premiers servis. Il faut rapidement passer à une logique de projets pour que l’argent aille à ceux qui en ont le plus besoin ».

La CFDT demande, par exemple, que le plan de relance investisse plus massivement dans la transformation écologique, en ciblant des secteurs stratégiques comme l’eau, l’énergie, le logement ou les mobilités propres. Et plaide en faveur de la création d’un fonds public d’innovation territoriale qui encourage la mobilisation collective des acteurs autour des enjeux de territoire.

Quant à l’évaluation des mesures, « il faut une vraie visibilité sur la territorialisation, estime Marylise Léon, qui regrette une approche parfois très formelle des comités régionaux [chargés de suivre l’avancement concret des projets dans les territoires] quand la situation imposerait de l’opérationnalité ».

Les compétences, enjeu central de la relance

À propos de l'auteur

Anne-Sophie Balle
Rédactrice en chef-adjointe de Syndicalisme Hebdo

« Il ne faudrait pas non plus oublier de traiter la question des compétences », estime la CFDT, qui y voit un autre « angle mort » du plan de relance. « Dans un certain nombre de secteurs, parce qu’il y a une modification de l’appareil productif, le sujet des compétences est prioritaire », rappelait Laurent Berger à la sortie de sa récente rencontre avec le Premier ministre. Et de demander « des moyens supplémentaires dans le plan de relance ou dans le prochain plan d’investissement ». À l’heure où nombre d’entreprises font état d’une pénurie de main-d’œuvre et de problèmes de recrutement, des plans de formation et d’accompagnement dans les branches et les territoires peuvent en effet s’avérer salutaires.