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À Rennes, ça roule pour la CFDT de Stellantis

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iconeExtrait de l’hebdo n°3851

En dix ans, la CFDT s’est imposée dans l’usine de la Janais. Élection après élection, les salariés ont été de plus en plus nombreux à plébisciter le travail effectué par la section. Avec 48,7 % des voix aux élections de 2022, la CFDT peut défendre les conditions de travail et agir sur le pouvoir d’achat. Un exemple de syndicalisme alliant combativité, proximité et service.

Par Jérôme Citron— Publié le 29/11/2022 à 13h03

De gauche à droite : Laurent Valy (secrétaire du comité social et économique), Christine Virassamy (déléguée syndicale centrale et élue CSE) et Pascal Marquer (trésorier du CSE).
De gauche à droite : Laurent Valy (secrétaire du comité social et économique), Christine Virassamy (déléguée syndicale centrale et élue CSE) et Pascal Marquer (trésorier du CSE).© Syndheb

Dix ans ! C’est le temps qu’il aura fallu à la CFDT pour devenir l’organisation syndicale incontournable à la Janais, l’emblématique usine située à quelques kilomètres de Rennes. Anciennement Citroën puis PSA et aujourd’hui Stellantis, ce site industriel qui produit aujourd’hui la Citroën C5 Aircross et la Peugeot 5008 est devenu un bastion réformiste. Avec 48,7 % des suffrages aux élections professionnelles de 2022 (et plus de 50 % en pouvoir de signature si l’on soustrait les syndicats non représentatifs), elle a raflé 13 des 24 sièges du comité social et économique (CSE).

De quoi tenir tous les postes clés et instaurer un rapport de force avec la direction, qui ne peut plus diviser pour mieux régner. Une belle victoire syndicale récompensant une bande de joyeux militants qui ont su imposer leur vision du syndicalisme. « Nous sommes à la fois très attachés à l’usine et nous n’avons pas peur de signer des accords difficiles afin d’assurer sa pérennité, tout en jouant notre rôle de contre-pouvoir pour défendre les conditions de travail et le pouvoir d’achat », résume Laurent Valy, secrétaire du CSE et l’un des principaux artisans de cette remontada syndicale.

Une fonte progressive des effectifs

De fait, la CFDT était quasi inexistante sur le site au début des années 2000. L’usine employait alors plus de 10 000 salariés, et l’avenir semblait radieux. Malheureusement, la situation s’est dégradée – la crise financière de 2008 est passée par là. Depuis, les plans de sauvegarde de l’emploi (PSE) et les plans de départs volontaires se sont succédé sans interruption. Le site ne compte aujourd’hui plus que 2 350 salariés, dont 600 en congé senior. Cette véritable saignée s’est opérée au fil de l’eau, sans réels départs contraints, mais avec beaucoup de pression mise sur les salariés.

C’est quand la situation a commencé à se tendre, en 2011, que Laurent a rejoint la CFDT avec une bande de sept copains dont Christine, aujourd’hui déléguée syndicale centrale. « Il nous semblait important de quitter le syndicat maison et de mettre en place un véritable syndicat constructif, réformiste et capable d’être en opposition dans un contexte de dégradation des conditions de travail. Nous avons donc décidé de rejoindre la CFDT, syndicat non représentatif sur notre site, car c’était lui qui correspondait le mieux à nos valeurs. Ce fut une révélation pour nous. Nous avons découvert ce que c’était de faire réellement du syndicalisme, d’instaurer un rapport de force avec la direction. Avant, nous étions dans un syndicalisme d’accompagnement et de service pour les salariés. Ce n’était plus suffisant… »

La greffe a vite pris. Le dynamisme et le savoir-faire en matière de services et de proximité des anciens syndicalistes maison ont permis de réveiller les quelques militants CFDT encore présents comme Pascal, qui se sentait alors isolé et démuni. Alors qu’en 2010 la CFDT était à 6 %, elle est passée à 24 % en 2014, 36 % en 2018 et 48,7 % en 2022. La CGT n’est plus qu’à 17,2 %, la CFE-CGC à 14,5 %, la CFTC à 12,6 % et FO à 7 %. « 2018 a été un tournant. Nous avons pris le CSE et avons pu montrer notre engagement et notre savoir-faire aux salariés », explique Laurent, qui assume et revendique totalement le volet « service et accompagnement » de son engagement syndical.

Les bons plans (très appréciés) du CSE

Les élus CFDT se démènent quand il s’agit de multiplier les activités et de faire profiter les salariés de bons plans. « Nous travaillons pour leur pouvoir d’achat et, dans la période, c’est particulièrement apprécié ! » Les résultats sont impressionnants. Cette année, le CSE aura vendu 20 tonnes de légumes à prix négociés mais aussi 13 800 bouteilles de vin ou encore 8 tonnes de coquilles Saint-Jacques pour les fêtes. La très grande majorité des produits viennent directement des producteurs – des circuits courts qui bénéficient tant aux salariés qu’aux producteurs.

Chaque mois, les salariés attendent les offres du CSE : volaille, bœuf, escargots bretons sont plébiscités, mais aussi les ustensiles de cuisine ou le petit électroménager. Les salariés profitent également de services plus classiques comme la médiathèque, la billetterie, les chèques-vacances et les voyages. Ils peuvent emprunter des camions, louer des outils, se rendre dans une permanence juridique ou être accompagnés lorsqu’ils demandent leur médaille du travail ou remplissent un dossier de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé. Christine accompagne bon nombre de salariés qui ne sont pas à l’aise avec l’informatique ou le jargon administratif. « Si nécessaire, on les aide dans toutes leurs démarches. »

Et le CSE multiplie les animations. Le loto, avec plus de 10 000 euros de lots, est devenu une institution, tout comme la tombola géante (environ 120 000 euros de lots, dont des voitures à gagner) avec pas moins de 30 000 à 40 000 billets vendus chaque année. Les salariés peuvent aussi s’inscrire dans l’espoir de gagner 400 places gratuites au Stade rennais Football Club. Les matchs les moins prisés sont en effet offerts par tirages au sort (ce qui pour l’organisateur évite les invendus). « Les activités sociales et culturelles permettent de renforcer la proximité avec les salariés, insiste Laurent. Quand nous organisons une vente de légumes, par exemple, tous les militants portant leur chasuble CFDT mettent la main à la pâte, car on n’oublie jamais d’afficher les couleurs ! Et grâce à une gestion extrêmement rigoureuse, toutes ces activités supplémentaires sont autofinancées. »

L’obtention de mesures de pouvoir d’achat

Cet investissement dans les activités sociales et culturelles ne doit évidemment pas faire oublier le travail mené dans l’usine. Les deux activités sont parfaitement complémentaires, d’ailleurs, l’une nourrissant l’autre. « Nous faisons très régulièrement le tour des services, explique Pascal. Dès qu’il y a un problème, nous intervenons. Comme les collègues viennent nous voir régulièrement au CSE, nous sommes au courant de ce qui se passe aux quatre coins de l’usine. Les salariés savent qu’ils peuvent compter sur nous et nous sur eux, c’est réciproque. » Ainsi, lorsqu’il a fallu débrayer pour obtenir des mesures de pouvoir d’achat, les salariés ont suivi la consigne. « Je l’explique à chaque fois aux collègues, précise Laurent. Nous ne souhaitons pas bloquer la production mais lorsque nous appelons à un mouvement d’une ou deux heures, il est important que les salariés suivent pour bien faire comprendre notre force à la direction. »

Lors d’un débrayage organisé par la CFDT cette année…
Lors d’un débrayage organisé par la CFDT cette année…© DR

Jusqu’à présent, cette stratégie porte ses fruits. La dernière mobilisation a permis de décrocher une prime de pouvoir d’achat de 1 000 euros et l’avancée des négociations salariales en décembre 2022 au lieu de février ou mars 2023. Reste que les prochaines semaines s’annoncent houleuses car les attentes des salariés en matière de pouvoir d’achat sont énormes. Après des années où il leur a été demandé de faire des efforts, ils attendent une véritable augmentation de salaire qui permette de faire face à l’inflation. Une revendication d’autant plus forte et légitime que le groupe se porte bien sur le plan économique, en partie grâce aux efforts qui ont été faits en matière de productivité. Par le passé, la CFDT avait pris ses responsabilités en acceptant des gels de salaire ; elle exige aujourd’hui un juste retour pour les sacrifices consentis.