À Périgueux, un collectif tout-terrain

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iconeExtrait de l’hebdo n°3849

Depuis 2018, la section CFDT du centre hospitalier de Périgueux (Dordogne) s’est imposée comme un acteur incontournable de l’établissement. Elle engrange les succès au bénéfice des agents… et les adhésions.

Par Guillaume Lefèvre— Publié le 15/11/2022 à 13h00

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© Syndheb

« Toujours copié, jamais égalé » : cette devise se trouve en bonne place sur la publication trimestrielle que diffuse la section auprès des 2 500 personnels de l’établissement. Elle reflète également la forte dynamique de l’équipe CFDT, qui a vu son nombre d’adhérents multiplié par quatre en dix ans1. Depuis le début de l’année 2022, 32 nouveaux collègues ont franchi le pas de l’adhésion. « On s’est décomplexé dans le discours, nous n’avons plus peur de leur demander de nous rejoindre », détaille Valérie Dubuisson, infirmière et secrétaire de la section depuis 2020.

La progression s’est aussi vue dans les urnes dès les élections professionnelles de 2018 : cette année-là, la CFDT était la seule des cinq organisations syndicales présentes à progresser. Si elle termine deuxième avec 36,3 % des suffrages, c’est seulement à quelques dizaines de voix près – une prouesse au sein d’un bastion historique de la CGT. « Lorsque nous avons découvert les résultats, nous n’étions pas certains d’avoir bien lu, d’avoir compris ce qui était en train de se passer. Et puis on a croisé le regard de personnes d’autres syndicats… », se souvient Corinne Gourvat, aide-soignante, alors secrétaire de section. L’équipe passe de trois à six sièges (sur quinze) en comité technique d’établissement, à égalité avec la CGT, loin devant FO et la CFE-CGC.

De belles victoires à l’actif de la section

Ce succès ne doit rien au hasard. « On a quadrillé les étages, de jour comme de nuit », explique Jérôme Massole, ouvrier principal et secrétaire adjoint de la section. Ancien de Force ouvrière, il a rejoint la CFDT « parce que c’est le compromis qui fait avancer les choses, et qu’on a tous besoin les uns des autres pour avancer ». Cette attention particulière portée au terrain, elle se retrouve dans le bureau du syndicat, où tous les services et toutes les professions sont représentés : « infirmière, cuisinier, aide-soignante, agent des services hospitaliers ou personnel administratif, tous les mois, en réunion de bureau, chacun propose et nourrit la réflexion du collectif », énumère Valérie.

Cette représentativité des travailleurs lui permet d’être au plus près des réalités des services et des besoins des agents que l’équipe qui lui permet de faire entendre sa voix et d’obtenir des avancées concrètes. À son actif : la création d’un poste de brancardier au service radiologie, la régularisation des impayés des heures supplémentaires des agents de nuit ou encore l’obtention d’un nouveau poste au sein de l’équipe hôtelière du pôle bloc opératoire anesthésie-chirurgie. Mais aussi l’obtention de droits identiques pour les contractuels en matière de congés annuels et d’autorisation spéciale d’absence. Parce que les agents contractuels dont l’ancienneté était inférieure à un an se voyaient déduire trois jours, la section s’est mise en action, a dénoncé cette mesure injuste et a obtenu gain de cause. Même chose avec les manipulateurs radio, dont les astreintes n’étaient pas rémunérées correctement.

Se former, informer, communiquer

Les formations suivies par les militants jouent pour beaucoup dans cette dynamique collective. « C’est essentiel et ça nous crédibilise face à nos interlocuteurs », développe Valérie. « Les formations “faire adhérer” nous ont aussi appris à comprendre que nous étions des pros dans ce que nous faisions, et qu’il n’y avait pas de honte à demander l’adhésion ! », ajoute Corinne. « D’autant que lorsqu’on demande, on est souvent heureusement surpris car on nous répond souvent oui », complète Jérôme. Pas de raison de s’en priver, donc.

« Avec tout ça, à l’approche des élections, pas question de caler face à la CGT dans la dernière ligne droite », insiste Jérôme. Dans cette perspective, la section met toutes les chances de son côté. « Communiquer, communiquer, communiquer !, insiste Béatrice Cavalière, aide-soignante, chargée de la communication au sein de la section, élue au comité technique d’établissement et adhérente depuis 2013. On fait des choses, il faut absolument valoriser cela. » Les supports ne manquent pas. « L’orange, les agents en voit partout », insiste la syndicaliste. La section publie a minima une fois par mois un tract « Foire aux questions » dans lequel elle renseigne les agents sur un sujet précis. L’Oreille interne, le journal de la section, a quant à lui trouvé son public avec des informations locales et nationales, des portraits d’adhérents… « Nous sommes aussi présents sur les réseaux sociaux, s’exclame Béatrice Cavalière. C’est quelque chose de nouveau mais de très important ; nous voulons être le plus visible possible. »

Dans chacune de ses initiatives, l’équipe essaie systématiquement d’avoir un coup d’avance. « Nous faisons en sorte de toujours nous démarquer », confie Jérôme. Alors qu’une salle a été mise à la disposition des agents et d’intervenants bénévoles qui proposent leurs services aux soignants (cours de boxe, Pilates, fitness, renforcement musculaire), la CFDT a veillé à ce qu’elle soit équipée de vestiaires, d’une fontaine à eau et de chaises. Un sujet qui visiblement ne passionne pas les autres organisations présentes sur le site… mais qui offre autant de nouveaux points gagnés auprès des agents.

Une multitude d’initiatives

Alors que les élections approchent, l’équipe multiplie les initiatives. En ce mois de novembre, elle organisera une tombola (l’opération se déroulera pendant plusieurs jours) sous la forme d’un quiz à destination des agents. Les vainqueurs recevront leur prix – en l’occurrence du miel, du pâté, des stylos et autres goodies – directement dans leurs services respectifs. Cette action permettra surtout de récolter des coordonnées les heureux gagnants… et de les joindre à la veille de l’ouverture du scrutin. Récemment, les moments conviviaux interservices (ici un casse-croûte avec les ouvriers des services techniques de l’établissement, là un café-détente en compagnie des agents administratifs de la direction des ressources humaines) ont rencontré un franc succès. « Confiance, confiance et assurance, martèle Corinne. Nous n’avons plus peur de dire que la CFDT est le premier syndicat en France. » Et dans l’établissement le 8 décembre prochain ?