SH s’accorde une trêve estivale. En attendant le numéro du mardi 30 août, la rédaction continuera de vous tenir au courant des sujets qui concernent ou impactent les salariés sur le compte Twitter @SH_CFDT. En savoir plus

Le Pacte du pouvoir de vivre, ou l’art de transformer l’indignation en revendications

iconeExtrait de l’hebdo n°3830

En binôme, Claire Thoury, présidente du Mouvement associatif, et Christophe Robert, directeur général de la Fondation Abbé Pierre et porte-parole du Pacte du pouvoir de vivre, ont présenté le travail déjà accompli et les chantiers à venir de cette alliance inédite. Une intervention vivifiante et particulièrement appréciée des congressistes.

Par Claire Nillus— Publié le 16/06/2022 à 06h00

Christophe Robert, directeur général de la Fondation Abbé Pierre, et Claire Thoury, présidente du Mouvement associatif.
Christophe Robert, directeur général de la Fondation Abbé Pierre, et Claire Thoury, présidente du Mouvement associatif.© Vincent Jarousseau

« Depuis trois ans, il s’est passé quelque chose dans la société civile », a martelé Christophe Robert. L’alliance d’associations de tous horizons, actrices majeures dans la protection de l’environnement, la lutte contre la pauvreté, le soutien aux migrants, au monde étudiant, au monde du travail, associations de l’éducation populaire, de la citoyenneté, de l’économie sociale et solidaire et de la mutualité constitue désormais « la colonne vertébrale » d’un projet « qui part du réel et fait converger des questions sociales, environnementales et démocratiques ».

Né en 2019 d’une initiative de la CFDT, le Pacte du pouvoir de vivre est désormais inscrit dans le paysage politique, en réponse à des crises « qui se superposent et s’entretiennent » : creusement des inégalités et hausse de la pauvreté, dérèglement du climat et perte de biodiversité, défiance envers les élus et les institutions.

Tandis que la crise des gilets jaunes cristallisait la colère vis-à-vis du gouvernement sans arriver à se donner des représentants ni à formuler de propositions concrètes, « le Pacte était la preuve que l’on peut s’unir malgré des différences. Aujourd’hui, ce sont 64 organisations dont la capacité à se rassembler est à souligner », a poursuivi Christophe Robert. « Notre projet est politique en ce qu’il repose sur l’expertise de chacun et un travail collectif, source de transformation pour l’avenir. » Et pour cela, l’une des propositions phare du Pacte est de pouvoir évaluer les politiques publiques à l’aune de ce qu’elles infligent aux plus modestes. « Se dire “on verra bien comment ça va se passer”, c’est prendre le risque que cela ne se passe pas bien, voire pas du tout ! », fait remarquer Christophe Robert. 

Des actions et un ancrage dans les territoires

Depuis, les membres du Pacte se sont mobilisés pour rencontrer élus et ministres, rédiger une contribution au projet de loi de Finances, alerter la presse et communiquer sur leurs actions en région, comme le « Tour de France » entrepris il y a dix-huit mois pour se faire connaître dans dix villes. Depuis novembre 2021, c’est également un corpus de 90 propositions, élaborées au terme de neuf mois de travail et en vue de l’élection présidentielle, « à partir de ce que les gens vivent et ont envie de voir changer ».

Dans les territoires, 42 groupes locaux ont contribué à porter la voix du Pacte à travers des mobilisations diverses (création de Territoires zéro chômeur de longue durée, débat sur le logement, campagne des municipales et des régionales, etc.). Christophe Robert a salué leur investissement et leur « pouvoir d’agir »

“Nous, corps intermédiaires, nous avons été zappés. En créant de nouvelles réponses, en partageant nos constats, le Pacte nous a ouvert de nouveaux horizons car il nous a rendus plus sûrs de nous.”

Claire Thoury, présidente du Mouvement associatif

Un engagement renouvelé

Mais faire vivre ces propositions n’a rien d’une évidence. « Depuis la première élection de Monsieur Macron, nous avons été très peu entendus, a déploré Claire Thoury. Au moment où les citoyens avaient besoin du lien, du sens et de la reconnaissance que nous pouvions leur apporter. Nous, corps intermédiaires, nous avons été zappés. En créant de nouvelles réponses, en partageant nos constats, le Pacte nous a ouvert de nouveaux horizons car il nous a rendus plus sûrs de nous. »

Face à une société polarisée dans laquelle les tensions sont vives, la présidente du Mouvement associatif souhaite que ce nouveau rapport de force serve notamment les aspirations des jeunes, qui se sont abstenus à 70 % lors du dernier scrutin électoral. « Nous voulons les convaincre que ce que nous portons est juste. Ce ne sera pas le grand soir, mais un engagement sur des questions qui les préoccupent, comme l’exercice du pouvoir, un sujet qui nous tient à cœur. »