2025, année noire pour le logement

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icone Extrait de l'hebdo n°3997

La Fondation pour le logement des défavorisés publie son 31e rapport sur l’état du mal-logement en France et lance un appel solennel aux communes, à cinq semaines des élections municipales, pour qu’elles relancent la politique sociale du logement.

Par Claire NillusPublié le 10/02/2026 à 13h00

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© Pierre Faure

« Y a-t-il une politique du logement en France ? », demande la Fondation pour le logement des défavorisés, alors que la dégradation de la plupart des indicateurs s’est poursuivie en 2024 : plus de 900 personnes sont mortes de la rue, dont 31 enfants de moins de quatre ans. C’est deux fois plus qu’il y a dix ans. De même, 350 000 personnes demeurent sans domicile fixe, c’est encore deux fois plus en dix ans (elles étaient 330 000 en 2023, 300 000 en 2020, 143 000 en 2012). Autre critère du mal-logement : 35 % des Français ont eu froid dans leur logement en 2025, ils étaient 15 % en 2019.

Pas de logement à soi, c’est aussi un hébergement contraint chez des tiers, un mal-logement « invisible » mais considérable puisqu’une enquête de la Fondation montre que près de 600 000 personnes sont ainsi logées par la famille ou les amis. La majorité d’entre elles sont des adultes de 25 à 49 ans. « Nous avons voulu alerter sur cette forme d’exclusion du logement, deux fois plus importante en nombre que les personnes sans domicile fixe et qui révèle un grand nombre de situations, parfois vécues de façon positive lorsque la solidarité familiale et amicale fonctionne, mais parfois très difficiles à vivre », précise Manuel Domergue, de la Fondation pour le logement.

Des chiffres historiques

Globalement, il manquerait en France 1,5 million de logements, estime l’association, dont des petits logements pour toutes ces personnes isolées qui dorment chez des tiers, en attendant mieux. « Mais l’année 2025 s’est achevée comme elle a commencé, sans budget et dans l’instabilité politique », poursuit Christophe Robert, délégué général de la Fondation. Les conséquences, ce sont « des chiffres que l’on n’avait pas vus depuis trente ans ». Ainsi, la baisse de la construction de logements sociaux a continué, avec 95 000 constructions en 2025 contre 124 000 financées en 2016. Entre décembre 2024 et novembre 2025, 273 000 logements ont été mis en chantier, contre 434 000 en 2017, soit 37 % de moins. La file d’attente pour un logement social ne cesse de s’allonger et compte désormais de 2,9 millions de personnes demandeuses (ils étaient 2,1 millions en 2017) tandis que le nombre d’attributions est à son plus bas niveau depuis dix ans.

Pour raisons budgétaires, il n’y a pas eu d’augmentation de places d’hébergement mais près de 4 milliards d’euros ont été économisés, comme chaque année depuis 2021, grâce aux coupes réalisées dans les APL1. Du fait de ce coup de rabot, les taux d’impayés de loyers ont explosé, de même que les expulsions locatives, avec le concours de la force publique : plus 29 % en un an – « un record historique, s’indigne le délégué général, et cela nous met en colère ! »

Le recul des aides affecte aussi MaPrimeRénov’, un dispositif rudement freiné par la fermeture des guichets durant l’été, qui a envoyé un signal désastreux aux ménages et à tous les acteurs du secteur. Ils ont rouvert avec des aides réduites de moitié. Le bilan, ce sont 77 000 rénovations au lieu des 200 000 espérées.

En ce qui concerne les ménages modestes, le montant du chèque énergie est gelé depuis 2019, et la loi de finances 2026 restreint de nouveau son enveloppe, qui passe de 900 à 674 millions d’euros.

Municipales, un enjeu majeur

À cinq semaines des élections municipales, la Fondation pour le logement des défavorisés interpelle donc les communes et les intercommunalités. Si elles ne sont pas toutes concernées de la même manière, toutes sont touchées par des problématiques en lien avec l’habitat : désertification des centres-villes, dégradation du bâti ancien, inadaptation des logements au vieillissement, marché locatif insuffisant.

« Les maires ont des responsabilités à assumer, ils doivent s’emparer de tous les outils qui existent dans notre pays », estime Christophe Robert. Par exemple, la régulation du marché des meublés touristiques, la mise en œuvre d’un encadrement des loyers, la lutte contre l’habitat indigne et la précarité énergétique sont à la main des collectivités. Mais, surtout, les maires doivent respecter la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbains (SRU), qui impose depuis décembre 2000 un quota de logements sociaux de 20 ou 25 % à chaque commune située en zone tendue. « Depuis quinze ans, la moitié de logements sociaux est sortie de terre grâce à cette loi. Il faut la maintenir ! », insiste le délégué général – alors qu’une proposition de loi (PPL) examinée par le Sénat le 13 janvier 2026 en dénature l’esprit. Cette PPL « visant à conforter l’habitat, l’offre de logements et la construction » abaisse les sanctions envers les maires et les communes qui ne respectent pas leurs objectifs, et l’intégration des logements locatifs intermédiaires (LLI) dans le décompte des logements sociaux.

À propos de l'auteur

Claire Nillus
Journaliste

« Nous n’avons jamais connu de telles tensions sur le front du mal-logement et de la pauvreté, alerte encore Christophe Robert. Nous lançons un appel solennel aux candidats aux élections municipales, aux responsables politiques, au gouvernement, aux parlementaires pour faire de la politique sociale du logement et de la politique de lutte contre l’exclusion l’un des trois ou quatre chantiers prioritaires de la nation. »