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Vieillir ensemble avec le béguinage solidaire

iconeExtrait du magazine n°490

Ancien directeur d'un réseau d'Ehpad, constatant les limites du système, Tristant Robet a créé l'association Béguinage solidaire afin de proposer une alternative d'hébergement aux personnes âgées. Bien plus qu'un logement, les lieux de béguinage offrent une philosophie de vie en collectif.

Par Emmanuelle Pirat— Publié le 27/01/2023 à 10h00

Les futurs habitants visitent le chantier du béguinage de Valognes (Manche).
Les futurs habitants visitent le chantier du béguinage de Valognes (Manche).© Annick Samulack-Laurent

Lorsqu’il était encore directeur d’un réseau d’Ehpad, Tristan Robet en avait fait la douloureuse observation : « À partir du moment où les personnes âgées arrivent à l’Ehpad, qu’elles sont prises en charge par l’institution, on voit leur état se dégrader. Elles se laissent dépérir. On appelle cela le syndrome du glissement. »

Pour cet humaniste aux valeurs chevillées au corps, en rester au constat n’était pas tenable. Il décide alors de quitter son emploi et de créer son association, Béguinage solidaire, en 2012.

Convaincu qu’il est possible de créer, pour les personnes âgées, des solutions alternatives à l’habitat individuel ou à la résidence en Ehpad, il développe l’idée du béguinage solidaire. Un concept pas totalement nouveau d’ailleurs, puisque reprise du béguinage qui se pratiquait au Moyen Àge (des communautés de femmes, veuves ou célibataires, qui vivaient comme elles l’entendaient). Et un mode de vie déjà très prisé de nos voisins belges ou allemands, qui développent le béguinage solidaire à grande échelle (600 projets en Belgique et plus de 1000 outre-Rhin).

Mais en France, la partie n’était pas gagnée. Il a fallu convaincre, chercher des fonds, des terrains pour bâtir ces projets d’habitat solidaire. Inspiré par le modèle de la Fondation Terre de liens, Tristan Robet a créé lui aussi une fondation, qui lui a permis d’avoir recourt à l’épargne solidaire. Inlassablement, il lui faut reprendre son bâton de pèlerin.

Tristan Robet
Tristan Robet© Emmanuelle Marchadour

« Utiles, libres et aimés »

En ce début d’année 2023, Tristan Robet a le sourire. Le 6 janvier marque une grande première : après des années de tractations et de travaux, son premier projet de béguinage solidaire reçoit ses nouveaux occupants à Valognes (Manche), à l'hôtel Sivard-de Beaulieu, une grande bâtisse totalement restaurée. La résidence propose 26 logements. Les habitants sont locataires et payent un loyer en fonction du montant de leur retraite.

 

Visite du chantier de Valognes
Visite du chantier de Valognes© Annick Samulack-Laurent

D’autres projets sont en bonne voie également : à Luçon (Vendée), le chantier de construction d’une résidence de 25 logements doit commencer début mars. Un autre se profile à Grandvilliers (Oise), avec « 26 maisons en bois, paille et terre crue ». D’autres, à Falaise, Arles et dans les Landes sont à l’étude. « On ne propose pas des T2 ou des T3, mais un autre projet de vie, basé sur la solidarité, la bienveillance et l’entraide », tient à préciser Tristan Robet. Sur place – et c’est aussi toute la spécificité de cet habitat –une « présence bienveillante » est chargée de l’animation, de la médiation ou de la création de projets entre les habitants et le voisinage : cours de cuisine, ateliers d’écriture, activités de jardinage dans un espace partagé, ouvert aux riverains. Car l’endroit a des airs de « tiers lieu », où peuvent venir les habitants des alentours, pour partager des activités avec les résidents du béguinage.

Les retraités du béguinage de Valognes, dans un grand sourire lumineux, le disent clairement : « On veut se sentir encore utile, libres et être aimés ». Tout un programme auquel le béguinage entend répondre.