Une enquête syndicale pointe l’épuisement des salariés des magasins Leclerc

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iconeExtrait de l’hebdo n°3824

Le Syndicat des services du Finistère a mené fin 2021 une enquête sur la santé des salariés et la qualité de vie au travail dans les magasins Leclerc du département. Depuis, les militants tentent d’interpeller Michel-Édouard Leclerc. En vain.

Par Fabrice Dedieu— Publié le 17/05/2022 à 12h00

Une part importante du personnel arrive dès 5 heures du matin sur site pour la mise en rayon.
Une part importante du personnel arrive dès 5 heures du matin sur site pour la mise en rayon.© Jean-Claude Moschetti/RÉA

En mai 2021, le magazine Forbes décernait à Michel-Édouard Leclerc le titre de « patron préféré des Français ». « Sa valeur cardinale qui est la plus associée à son image ? Sa défense inlassable de l’intérêt des consommateurs », peut-on lire sur le site Internet du magazine. Mais qu’en est-il de la défense des salariés des super et hypermarchés indépendants qui portent pourtant son nom en façade ? Le Syndicat des services du Finistère est allé à la rencontre de ces travailleurs pour les questionner sur leur santé et leur qualité de vie au travail, durant les derniers mois de 2021. Au total, seize questions abordent l’agencement du poste de travail, la formation, les horaires, l’épuisement moral et physique ou encore le salaire et l’épanouissement dans l’entreprise. « L’idée, c’était de prendre la température, surtout après la période Covid », explique Jean-Michel Nicolas, secrétaire général adjoint du syndicat et délégué syndical du magasin Leclerc de Concarneau.

488 réponses

Le Finistère compte 22 magasins. « On les a tous fait, poursuit Jean Michel. On est allé tracter à 5 heures du matin, car c’est l’heure où arrive une part importante du personnel, ceux qui mettent les produits en rayon. » Les militants ont été la plupart du temps bien reçus. « Les salariés étaient surpris, contents de nous voir. Quelques rares fois, les directions nous ont envoyé leurs cadres dirigeants pour nous mettre dehors. Ça montre l’état du dialogue social… »

Les salariés se sont largement emparés de cette possibilité d’expression : ils sont 488 à avoir répondu à l’enquête, majoritairement des femmes. Et le constat est sévère. Un salarié sur deux ne se sent pas épanoui dans son entreprise. 66 % s’estiment épuisés physiquement et 60 % épuisés moralement. Signe révélateur d’une intensification du travail, 77 % déclarent que la charge de travail a augmenté depuis leur entrée dans l’entreprise, et 64 % travaillent plus d’heures que prévues. Quant à savoir si la direction « fait le nécessaire pour améliorer les conditions de travail », 63 % répondent par la négative. Deux points plutôt positifs sont cependant à noter : une large majorité de répondants affirment connaître son changement d’horaires ou de planning suffisamment à l’avance et considèrent que l’agencement du poste de travail est adapté.

Du côté rémunération, ce n’est guère mieux. Ils sont 76 % à considérer qu’ils ne sont pas payés à leur juste valeur. Si 18 magasins sur 22 ont bien versé la première prime Covid, seuls trois en ont versé une seconde. « C’est plutôt dans les petits Leclerc isolés où ça va mal. On peut entendre encore dans la bouche de certains patrons “estimez-vous heureux d’avoir un boulot, c’est moi qui vous nourris” », rapporte Jean-Michel. Dans certains magasins, les réponses se recoupent, on note une fatigue physique et psychologique. On voit qu’il y a un malaise. »

Une grille de salaire commune

Forts de ces constats, les militants du syndicat interpellent Michel-Édouard Leclerc depuis deux mois. « On souhaite lui présenter l’enquête et discuter avec lui. Il se vante assez régulièrement de son enseigne, mais quand on voit comment ça se passe dans certains magasins, c’est révoltant. » L’équipe propose de mener une enquête plus élaborée encore sur les conditions de travail et la mise en place d’une charte sociale, qui s’appliquerait à chaque magasin Leclerc. « Ce que l’on trouve aberrant, c’est que les propriétaires de magasins, qui ont une enseigne Leclerc, sont d’accord pour centraliser leurs achats, mais pas pour s'entendre sur les conditions de travail », constate Jean-Michel, qui souhaite aussi faire bouger les choses sur les salaires. « On a une convention collective avec six échelons sous le Smic. Ce serait bien que l’on ait une grille de salaires cohérente commune au mouvement Leclerc. »

Pour le moment, les sollicitations sont restées vaines, le « patron préféré des Français » reste muet. « On lui a laissé le temps de nous répondre pourtant, souligne le secrétaire général adjoint. Ce silence est surprenant. On est déçu de ne pas avoir eu de réponse. C’est bien d’être le moins cher, c’est encore mieux de se préoccuper de ses salariés. »