“Une déprime est temporaire, une dépression est une maladie grave”

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Dossier Santé mentale

Entre stigmatisation, banalisation et manque de financements, la santé mentale n’est pas suffisamment prise au sérieux, explique Mickaël Worms Ehrminger,  docteur en santé publique spécialisé dans les troubles psychiatriques.

Par Claire NillusPublié le 08/04/2026 à 14h42

Mickaël Worms Ehrminger, docteur en santé publique spécialisé dans les troubles psychiatriques.
Mickaël Worms Ehrminger, docteur en santé publique spécialisé dans les troubles psychiatriques.© DR

 Depuis le Covid-19, les références à la santé mentale se multiplient dans le langage courant. Mais le sujet est-il mieux connu ?

Avec la prolifération des discours sur ce sujet dans les médias et les réseaux sociaux, le vocabulaire de la santé mentale se diffuse largement, sans toutefois être forcément bien compris ni correspondre aux réalités qu’il recouvre. Par exemple, on utilise souvent les termes déprime et dépression sans distinction, or il ne s’agit pas du tout de la même chose. Si une déprime est temporaire et contextuelle, la dépression est une maladie grave qui peut conduire au suicide.

 Une autre idée reçue associe troubles mentaux et manque d’intelligence. Or, cela n’a rien à voir.

Oui, un trouble psychique n’est pas nécessairement un trouble intellectuel. Là encore, on confond un état mental, par nature fluctuant selon les périodes de la vie, et un handicap mental qui correspond, lui, à un déficit intellectuel dû à des retards dans le développement du cerveau qui ont entraîné des difficultés cognitives ou sociales. Certes, en cas de dépression, une personne aura du mal à se concentrer et à réfléchir à cause de la maladie, mais elle peut récupérer toutes ses facultés une fois rétablie.

 Pourquoi autant d’errances diagnostiques ? Pourquoi est-il si difficile de prendre soin de sa santé mentale ?

Dans notre système de santé actuel, ce sont les médecins généralistes les premiers consultés pour des troubles psychiques, notamment
des dépressions, pour lesquels ils ne sont pas ou peu formés. De plus, certaines pathologies, le diabète, par exemple, induisent des changements de vie importants avec des conséquences sur la santé mentale des personnes. Au total, un tiers des consultations chez les généralistes concerne des problèmes psychiques
: il y a donc un intérêt majeur à former les généralistes en psychiatrie.

La santé mentale a été déclarée grande cause nationale en 2026 pour la deuxième année consécutive. Qu’en attendez-vous ?

À propos de l'auteur

Claire Nillus
Journaliste

Ce n’est hélas qu’une annonce, sans financements supplémentaires. Si la recherche progresse tous les jours et met au point de nouveaux traitements, elle est largement sous-financée. Or les troubles psychiques sont la première cause d’invalidité dans le monde. En France, c’est aussi la première cause d’arrêts maladie. Les raisons sont multiples, à la fois biologiques et psychosociales : les médecins seuls ne peuvent pas tout et les psychologues sont rarement accessibles, tant pour des raisons financières que géographiques. In fine, la santé mentale représente un coût social et financier considérable.