Un cinquième Plan santé au travail stratégique mais non contraignant

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icone Extrait de l'hebdo n°4015

Le ministre du Travail et des Solidarités a présenté, le 5 juin 2026, le cinquième Plan santé au travail (PST5) pour la période 2026-2030. Élaboré tous les cinq ans avec les partenaires sociaux, ce document fixe les priorités nationales en matière de santé au travail et de prévention des risques professionnels. La CFDT, qui a pris toute sa part dans sa rédaction, attend des résultats concrets.

Par Claire NillusPublié le 16/06/2026 à 12h00

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© Jean-Claude Moschetti/RÉA

Mieux vaut prévenir que guérir. Dans la continuité des précédents Plans santé au travail, le PST5 – présenté début juin aux partenaires sociaux en Conseil national d’orientation des conditions de travail (Cnoct) – réaffirme la priorité donnée à la prévention primaire en entreprise. D’autant plus que, année après année, la sinistralité en France demeure élevée : 824 accidents du travail mortels ont été signalés à l’inspection du travail en 2024, soit quatorze de plus qu’en 2023, ce nombre n’incluant ni les agents de la fonction publique ni les travailleurs indépendants.

En outre, on déplore quinze décès parmi les personnes âgées de moins de 25 ans, et la fréquence des accidents mortels est presque deux fois supérieure à celle de l’ensemble des salariés chez les intérimaires. Ce nouveau plan prévoit donc des actions ciblées pour ces publics, notamment à travers le renforcement de la formation initiale et continue en santé au travail ainsi qu’un meilleur accompagnement lors de leur arrivée dans l’entreprise.

On se préoccupe enfin de la santé des femmes au travail

La santé des femmes au travail, longtemps restée un angle mort des politiques de prévention, fait également l’objet d’une attention renforcée. Alors que le nombre d’accidents du travail parmi les femmes a augmenté de 26 % entre 2000 et 2023, le PST5 prévoit une meilleure prise en compte des différences de genre dans l’évaluation des risques professionnels, l’adaptation des équipements de protection individuelle et l’intégration de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles au travail dans les démarches de prévention.

Le plan aborde aussi les risques émergents qui transforment le monde du travail. Il prévoit la création d’un observatoire « IA et travail » chargé d’évaluer les effets de l’intelligence artificielle sur l’activité professionnelle et intègre les risques liés au changement climatique dans les politiques de prévention.

Des conditions de réussite fixées par la CFDT

La CFDT salue une nouvelle feuille de route ambitieuse qui reprend les propositions qu’elle a portées, dont la mise en place d’espaces de dialogue professionnel et le développement d’une véritable politique de santé mentale au travail. Mais tout l’enjeu de ce document réside maintenant dans sa mise en œuvre effective et sa déclinaison dans les territoires par les Dreets1 à travers les Plans régionaux de santé au travail (PRST).

Visant des résultats concrets, Isabelle Mercier, secrétaire nationale de la CFDT chargée des conditions de travail, formule trois exigences incontournables : « La médecine du travail doit disposer des moyens nécessaires pour accompagner les entreprises et coopérer avec l’ensemble des acteurs de la prévention. De même, le renforcement des moyens de l’inspection du travail est indispensable afin de garantir une application effective du droit à la santé et à la sécurité dans les entreprises. Enfin, le regard porté sur les salariés doit évoluer : ni fraudeurs ni fainéants mais des femmes et des hommes dont la santé constitue un levier essentiel de performance, de production et d’innovation. »

À propos de l'auteur

Claire Nillus
Journaliste

Problème : si le plan insiste sur l’amélioration de la coordination entre les différents acteurs de la santé au travail, il n’avance rien concernant les moyens disponibles. Pour marquer une rupture, il devrait aussi se doter de nouveaux indicateurs permettant de mesurer l'évolution réelle des conditions de travail et de la sinistralité dans les secteurs ciblés. Enfin, la CFDT demande que la clause de revoyure de ce plan « ne soit pas un simple bilan d'étape présenté à l’administration mais un rendez-vous structurel permettant de réorienter les actions du plan sur la base des indicateurs de suivi ». C’est à cette condition que le Comité national de prévention et de santé au travail (CNPST), chargé du suivi de ce PST5, pourra exercer un véritable rôle de pilotage.