Travailleurs des plateformes : le dialogue social prend vie

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iconeExtrait de l’hebdo n°3842

Représentants des travailleurs et des plateformes se sont rencontrés pour la première fois mi-septembre. Pour Union-Indépendants, il y a deux urgences : les rémunérations et l’encadrement de la déconnexion des livreurs.

Par Fabrice Dedieu— Publié le 27/09/2022 à 12h00

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© Union-Indépendants

Si l’on connaissait les organisations représentatives des livreurs et des chauffeurs depuis l’élection de mai 2022, la liste des représentants des plateformes restait encore à fixer. C’est chose faite avec deux décrets publiés au Journal officiel le 13 septembre, ouvrant la voie aux premières réunions. Et ça n’a pas tardé : dès le 14 septembre, une rencontre du secteur VTC a été organisée ; puis, le 19 septembre, des livreurs à vélo. Le dialogue social dans ces deux secteurs se concrétise, à la grande satisfaction d’Union-Indépendants, l’association partenaire de la CFDT et représentative dans les deux secteurs, qui va pouvoir porter les revendications des travailleurs.

Négocier une rémunération digne

La première d’entre elles, c’est la rémunération minimale. « Aujourd’hui, tant pour les chauffeurs VTC que les livreurs à vélo, on a un problème de rentabilité. Il faut aborder la question de la rémunération. Surtout pour les livreurs, qui sont ultra-précaires. Impossible de vivre dignement en ne gagnant que quelques euros par livraison », souligne Thomas Aonzo, président d’Union-Indépendants depuis juillet 2022. Une bilatérale doit avoir lieu cette semaine, et une nouvelle réunion sur le sujet d’ici à la mi-octobre. Les discussions pourront ou non déboucher sur un accord sectoriel, que chaque partie aura la liberté de signer, comme dans une négociation de branche classique. « Pour le moment, tout reste à construire, trouver la méthode, le curseur, pour garantir aux travailleurs une rémunération digne. Côté plateformes, les employeurs semblent prêts à discuter mais je ne suis pas certain qu’ils aient envie d’avoir une obligation de résultat, estime Fabian Tosolini, délégué national d’Union. Ce qui me rassure, si l’on arrive à un accord, c’est qu’il s’appliquera à toutes les plateformes du secteur : la guerre des prix n’aura plus lieu, et la concurrence se fera sur les services proposés, la qualité. »

L’autre sujet d’importance, c’est la déconnexion de travailleurs. Au cœur de l’été, Uber Eats a débranché quelque 3 000 livreurs sans les informer au préalable et sans recours possible. « Un sujet qui montre que l’on a besoin d’organisations représentatives des travailleurs qui soient solides, en capacité de les défendre, car on se rend compte que les plateformes continuent de faire ce que bon leur semble, constate Fabian Tosolini. On est face à un traitement que l’on n’accepterait jamais dans le monde du travail salarié. Un PSE de 3 000 salariés, ça aurait fait la Une ! »

Pour justifier son geste, Uber met en avant une charte qu’il a dû signer avec l’État pour un contrôle accentué des identités des travailleurs. Nombreux sont ceux qui empruntent l’identité de quelqu’un d’autre pour pouvoir travailler alors qu’ils n’ont pas de papiers. « Des délégués Union ont eu une rencontre officielle avec Uber le 16 septembre. On a obtenu que la plateforme fasse tout au niveau de l’État pour que les travailleurs sans papiers, avec leur chiffre d’affaires déclaré auprès d’Uber, puissent obtenir une reconnaissance de leur travail et des titres de séjour temporaires pour continuer de travailler », ajoute le délégué national. Le but est de faire évoluer la législation nationale en la matière.

Des déconnexions plus encadrées

Par ailleurs, Union-Indépendants se bat pour que les déconnexions soient plus encadrées, notamment celles consécutives à une mauvaise évaluation du livreur déposée par un client. « On veut qu’il y ait un dialogue avant sanction, et que l’avis du travailleur soit pris en compte, qu’il y ait une première médiation, avec un travail de transparence clair », insiste le président de la structure, Thomas Aonzo. Aux plateformes désormais de faire un geste. « Elles portent la volonté de travailler sur ces sujets. On attend les actes. »