Semaine de la QVT : le big bang du télétravail

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iconeExtrait de l’hebdo n°3783

Comment refaire équipe quand les échanges informels se sont faits rares et par écrans interposés ? Quand certains salariés travaillent à distance, d’autres sur site ? L’édition 2021 de la Semaine de la qualité de vie au travail, organisée par le réseau Anact-Aract du 14 au 18 juin, proposait de réinterroger le “travailler-ensemble”.

Par Claire Nillus— Publié le 21/06/2021 à 08h29 et mis à jour le 21/06/2021 à 10h16

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© CFDT-Cadres

Le télétravail est-il devenu l’ennemi du collectif ? Pas forcément. « Mais il met en exergue les problèmes existants au sein d’un service. Lorsque les collaborateurs fuient le bureau, c’est souvent parce que l’ambiance y est délétère », affirme Jérôme Chemin, secrétaire général adjoint de la CFDT-Cadres, lors d’un webinaire organisé le 14 juin et intitulé « Prévention des TMS : agir pour la qualité de vie au (télé)travail ». Le télétravail est surtout synonyme d’individualisation des tâches. Pendant la pandémie, les salariés qui ont su s’adapter rapidement à cette forme d’organisation du travail ont prouvé leur efficacité et gagné la confiance de leurs managers. Ils sont désormais tiraillés entre leur désir d’un surcroît d’autonomie et leur volonté de retrouver des collègues au bout de plusieurs mois.

Un bilan en demi-teinte

La dernière enquête du réseau Anact-Aract, menée de février à avril 2021, confirme les effets préoccupants du télétravail de crise : des relations de travail dégradées pour 37 % des répondants, le sentiment de travailler plus (63 %), la surconnexion (64 %), l’isolement (40 %) et la crainte de retourner sur site (39 %).

Paradoxalement, seuls 19 % d’entre eux abordent ces difficultés avec leurs managers. « C’est le reflet d’une crainte de devoir retourner au bureau tous les jours, surtout pour ceux qui ont découvert cette modalité de travail avec la crise, ou qui travaillent dans des PME où il n’existe ni accord ni charte encadrant cette pratique au moment où les règles sanitaires s’assouplissent et alors que les employeurs demandent à leurs salariés de revenir sur site. »

L’enquête révèle aussi une amélioration de la qualité de vie en télétravail : trois quarts des répondants estiment disposer aujourd’hui d’un environnement matériel et d’outils numériques adaptés, leurs activités ont été revues ou redéfinies pour 49 % d’entre eux, la majorité déclare mieux concilier vie personnelle et travail – bien que ce sentiment de bonne conciliation des temps soit plus marqué chez les non-cadres (85 %). Quelles qu’en soient les raisons, le souhait des salariés de maintenir un niveau élevé de télétravail constitue une tendance nette (à plus de trois jours par semaine pour 36 % des répondants, à hauteur d’un ou de deux jours pour 56 %).

Négocier et tester le télétravail hors crise

D’après l’Association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH), un quart des 96 500 accords d’entreprise signés en 2020 portaient sur le télétravail. Mais peu d’entreprises ont réellement repensé leur modèle d’organisation du travail de manière pérenne ; beaucoup l’ont seulement adapté à la crise. Dans une enquête Syndex dont les résultats ont été publiés le 14 juin, le cabinet d’expertise note d’ailleurs que 41 % des représentants du personnel interrogés ne disposent, à ce jour, d’aucun accord ni charte sur le sujet. Des négociations attendues en 2021 sur le sujet ils espèrent obtenir du matériel adapté, de nouvelles pratiques de management à distance et des jours de télétravail fondés sur des critères d’éligibilité. Dans leurs réponses, l’égalité de traitement entre salariés sur site et télétravailleurs est apparue comme un enjeu central de leurs revendications.

L’accord national interprofessionnel (ANI) du 26 novembre 2020 pour une mise en œuvre réussie du télétravail constitue en cela un outil de référence pour les négociateurs. Il réaffirme notamment le principe de double volontariat (celui de l’employeur et celui du salarié) en matière de passage en jours télétravaillés, et celui de réversibilité. L’importance de soigner le dialogue dans les semaines qui viennent en testant et en ajustant des modes de fonctionnements collectifs qui tiennent compte du vécu des télétravailleurs apparaît primordiale aux yeux de la CFDT.

Une explosion des TMS

À propos de l'auteur

Claire Nillus
Journaliste

Car c’est une révolution à double tranchant qui se produit. La QVT, parent pauvre des accords d’entreprise, revient en force. « Le mot “ergonomie” n’apparaît pas dans le code du travail mais la santé au travail est une notion très présente dans l’ANI de 2020, souligne Jérôme Chemin. Il faut donc négocier des frais d’installation en lien avec ces nouvelles organisations du travail, qui vont perdurer. » En 2020, les médecins ont constaté une explosion des TMS (troubles musculo-squelettiques) chez les télétravailleurs : tendinites de l’épaule, du cou, du poignet. Mais aussi mal de dos, fatigue oculaire, jambes lourdes, problèmes digestifs… Les accords à venir doivent en tenir compte car visioconférences et réunions en présentiel ne pèsent pas pareil dans la balance. C’est aussi de cela qu’il s’agit en matière de qualité de vie au travail post-Covid : l’entreprise est d’abord un lieu d’interactions humaines, pas seulement un lieu de production.