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Sécurité : l’opportunité de réformer

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iconeExtrait de l’hebdo n°3765

Les travaux du “Beauvau de la sécurité” commencent dans un contexte tendu. Les organisations syndicales CFDT y voient une opportunité de réformer l’organisation de la police et de la gendarmerie et pointent deux sujets majeurs : la formation et l’attractivité des métiers.

Par Jérôme Citron— Publié le 16/02/2021 à 13h00

Grande concertation nationale consacrée à la police et à la gendarmerie, le « Beauvau de la sécurité » réunit deux fois par mois, jusqu’à la fin mai, des experts français et internationaux ainsi que des maires, des parlementaires, des cadres de l’administration et des syndicats.
Grande concertation nationale consacrée à la police et à la gendarmerie, le « Beauvau de la sécurité » réunit deux fois par mois, jusqu’à la fin mai, des experts français et internationaux ainsi que des maires, des parlementaires, des cadres de l’administration et des syndicats.© Stéphane Audras/RÉA

« Depuis 2009, nous avons eu dix ministres de l’Intérieur qui n’ont pu gérer que l’urgence. Espérons que, cette fois-ci, nous allons enfin obtenir une réforme d’envergure. » Secrétaire général du SCSI-CFDT (Syndicat des cadres de la sécurité intérieure), Christophe Rouget résume l’état d’esprit de l’ensemble de la CFDT alors que débute le « Beauvau de la sécurité » (du nom de la place de Paris où se situe le ministère de l’Intérieur). Il s’agit pour le gouvernement de mettre à plat le fonctionnement de la police et de la gendarmerie et d’aboutir à une loi de programmation « ambitieuse » sur la sécurité intérieure à « l’horizon 2022 ».

1. Le contrôle interne des forces de l’ordre, le lien police-population, la relation police-justice, l’encadrement, le matériel, le maintien de l’ordre, la formation et la protection des agents sur les réseaux sociaux.

Annoncé par le président de la République en décembre 2020, cet exercice du style Grenelle s’articule autour de huit chantiers1 qui ont débuté le 25 janvier et devraient se terminer à la fin mai, à raison de deux réunions par mois.

Une police française en crise

Contrairement à ce qui s’est passé pour le Ségur de la santé, la question des rémunérations ne sera pas traitée dans ce cadre. « Même si nous sommes conscients qu’il y a derrière ce nouveau chantier des arrière-pensées politiques alors que l’élection présidentielle approche, nous y voyons une opportunité d’avancer sur des sujets qui sont depuis trop longtemps en souffrance, analyse Christophe Rouget. La police est aujourd’hui confrontée à une crise morale, matérielle, existentielle et sociale que l’on ne peut plus ignorer. »

“Il faut en finir avec la politique du chiffre et développer une culture de la transparence, mettre en place des indicateurs qui prennent en compte la qualité du service rendu aux citoyens, renforcer la déontologie.”

Julien Morcrette, chargé de mission à la Fédération Interco

Depuis les premiers mouvements de grogne des forces de l’ordre, en 2016, le malaise n’a fait que s’amplifier, tant en interne qu’en externe puisque la question du maintien de l’ordre et des violences suscite polémique sur polémique. « La question de la formation et de l’attractivité du métier est centrale si l’on souhaite progresser, insiste Julien Morcrette, chargé de mission à la Fédération Interco. Il faut également en finir avec la politique du chiffre et développer une culture de la transparence, mettre en place des indicateurs qui prennent en compte la qualité du service rendu aux citoyens, renforcer la déontologie. » « Il faut revoir notre organisation territoriale et avoir une approche moins verticale du management, qui crée une tension entre les différents corps », ajoute Christophe Rouget.

Un certain manque d’ambition selon la CFDT

Si ce Beauvau de la sécurité suscite l’intérêt et un espoir de changement, la CFDT regrette qu’il s’apparente plus à une réforme de la police nationale et de la gendarmerie qu’à une réelle réflexion globale sur la sécurité, comme son nom pourrait le laisser supposer. Ni la sécurité privée ni la police municipale et encore moins les associations qui traitent des questions de liberté et sécurité ne sont conviées à ces travaux. « Nous regrettons qu’il n’existe pas une ambition plus vaste afin de réaffirmer un projet de société autour des questions de sécurité », résume Julien Morcrette.