Ryanair n’est pas une compagnie aérienne low cost comme les autres. Flirtant sans cesse avec l’illégalité, l’entreprise n’hésite pas à sous-payer son personnel, à empêcher les organisations syndicales d’agir et à engager des bras de fer avec chaque État européen qui tente de mettre un peu d’ordre dans ses pratiques sociales. Embarquement immédiat dans une boîte noire qui se joue des frontières.

« Un comportement de voyous ! » Quand Raphaël Caccia parle de Ryanair, il lui est toujours difficile de garder son calme. Le secrétaire général de la branche « aérien » de la CFDT-Transports (FGTE) en a vu d’autres, mais la compagnie irlandaise défie l’entendement. « Nous n’avons aucun interlocuteur et il faut se tourner vers la justice pour exiger d’avoir des informations aussi basiques que le listing des salariés. Même la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) se retrouve face à un mur alors qu’elle a pourtant le pouvoir de leur retirer l’autorisation de voler. »
Depuis que Ryanair a annoncé son grand retour en France en ouvrant, en avril dernier, des bases à Marseille et à Bordeaux, le ministère des Transports comme les organisations syndicales s’arrachent les cheveux. Les salariés sont censés avoir un contrat de travail en bonne et due forme et régi par le droit français, mais tout reste encore très théorique. La compagnie irlandaise, qui avait fermé brutalement sa base de Marseille en 2010 après avoir été condamnée pour travail dissimulé, avait pourtant promis, cette fois-ci, qu’elle se tiendrait à carreau.
C’était mal la connaître. Les contrats de travail des personnels navigants que nous avons pu consulter n’ont rien de classique. Les salariés sont ainsi tenus d’accepter une mutation dans n’importe quelle base de la compagnie en Europe. Leur salaire est également censé évoluer en fonction de la base où ils sont affectés, à la hausse comme à la baisse. Et ce n’est qu’un exemple de clause abusive. Le tout est rédigé dans un mauvais français digne des traducteurs gratuits d’internet.
500 euros pour tout salaire
Venus des quatre coins de l’Europe, les salariés de ces nouvelles bases françaises ont très vite déchanté. Le premier mois, l’entreprise ne leur a versé que 500 euros en guise de salaire. « Nous pensions qu’en venant en France nous serions bien protégés, explique Carolina*. Cela a été un choc. »
Face au tollé, l’entreprise a accepté de verser un complément correspondant au niveau du Smic, mais pas un sou de plus, malgré les primes promises sur la vente des produits à bord. Et c’est la CFDT et non l’entreprise qui a dû accompagner ces jeunes hôtesses et stewards dans leurs démarches administratives pour pouvoir bénéficier de la Sécurité sociale. Sans un sou, ne parlant pas le français, sous la menace d’être licenciés ou mutés au fin fond de la Pologne, beaucoup ont déjà quitté la compagnie mais d’autres s’accrochent encore à leur rêve de faire carrière dans l’aérien. Certains sont même allés jusqu’à loger au camping plusieurs mois le temps de trouver une collocation grâce à leurs premières fiches de paie. Comme par hasard, Ryanair ne recrute que peu de Français pour ses bases de Marseille et de Bordeaux. « Je gagnais davantage en tant que serveuse en Italie », résume Carolina.
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