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RSE : de quoi parle-t-on ?

iconeExtrait du magazine n°474

La RSE ou responsabilité sociale des entreprises. Un terme devenu courant mais dont on peine encore à mesurer la portée. Une seule certitude : le mouvement qui pousse les entreprises à rendre compte des impacts de leurs activités est bien engagé.

Par Emmanuelle Pirat— Publié le 28/05/2021 à 08h10

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© REA

Produire, dégager du profit, oui, mais pas n’importe comment et pas à n’importe quel prix. C’est, en résumé, la philosophie de la RSE, la fameuse responsabilité sociale des entreprises. Ce terme s’est imposé progressivement en France au tournant des années 90 mais souffre toujours d’une image floue, un peu « hors sol » ou très théorique. Pourtant, la RSE recouvre des notions très concrètes puisque cela concerne les impacts des activités des entreprises, auxquelles on demande désormais
de rendre des comptes : en matière d’environnement, de droits sociaux et humains, etc.

« La RSE, c’est l’intégration des préoccupations sociales, sociétales et environnementales aux activités de l’entreprise », résume ainsi Martin Richer, fondateur du cabinet Management et RSE.

En fonction du secteur d’activité de l’entreprise, cela peut se traduire par des actions pour réduire les émissions de carbone, utiliser des technologies plus propres, encourager la diversité dans le recrutement, lutter contre la corruption, encourager la production de produits et services plus « verts » et moins gourmands en énergie…

1. La loi relative au devoir de vigilance, du 27 mars 2017, a renforcé encore davantage cet aspect-là, qui oblige désormais toute entreprise de plus de 5000 salariés présente sur le territoire (ou 10 000 dans le monde) à s’assurer du respect des droits humains et de l’environnement dans toutes leurs activités, y compris celles de leurs sous-traitants à l’étranger.

La RSE est donc une notion plus large que celle de développement durable, qui, elle, concerne principalement le climat, le respect des ressources et la biodiversité. Elle intègre l’idée que la responsabilité de l’entreprise ne s’arrête pas à ses portes, mais qu’elle vaut pour toute la chaîne de valeurs : fournisseurs, sous-traitants, à l’échelle locale, nationale et internationale1. C’est sur la base de ce principe que le groupe Casino a été assigné en justice par plusieurs ONG au début du mois de mars 2021, pour sa responsabilité dans la déforestation de l’Amazonie avec la vente de viande issue d’élevages extensifs au Brésil et en Colombie. 

Portée réelle ou simple affichage ?

La RSE intègre enfin un dernier élément-clé : la participation de ce que l’on appelle les « parties prenantes » – actionnaires, fournisseurs, acteurs du territoire, ONG et, bien sûr, collaborateurs et organisations syndicales – aux politiques menées. Sur ce point précis, qu’on pourrait qualifier de « point noir », le compte n’y est pas. La RSE est encore loin d’être une démarche suffisamment participative. « Les directions ont mis le turbo sur la RSE mais on est rarement dans la course », déplore cet élu CFDT d’une entreprise de l’aéronautique.

Il n’en reste pas moins que l’arsenal législatif et réglementaire qui s’est développé ces dernières années – et qui devrait encore s’enrichir d’un projet de directive sur le devoir de vigilance au niveau européen dans les prochains mois – a fait passer la RSE d’un statut de « supplément d’âme », à ses débuts, au rang de préoccupation stratégique de l’entreprise aujourd’hui.

1. L’Orse a publié le guide Critères RSE et rémunération, en juin 2017, en partenariat avec PWC, et lance une réactualisation, qui sera publiée au dernier semestre 2021

« La question du greenwashing se posait il y a une dizaine d’années, quand la RSE était pratiquée par les entreprises comme une mise en conformité avec les obligations réglementaires. Mais aujourd’hui, la RSE a réellement progressé, elle a gagné un positionnement beaucoup plus stratégique. C’est devenu une méthode de transformation dans les entreprises », défend Hélène Valade, présidente de l’Orse (Observatoire de la RSE), qui note « une montée en puissance des critères de RSE dans les rémunérations et parts variables des dirigeants et managers »1.. Et de citer les progrès de ces dernières années, notamment dans le secteur de l’agroalimentaire, sur le « sourcing responsable » ou dans le secteur financier « avec la mise sur le marché de produits qui encouragent les investissements en faveur de la transition écologique ».

Autres exemples encourageants (cités par Novethic: lors d’assemblées d’actionnaires, la direction du géant de la chimie DuPont a été sommée de mesurer sa pollution plastique ; le groupe britannique numéro 1 de la distributionagroalimentaire Tesco s’est engagé à mesurer sa responsabilité en matière d’obésité et de malbouffe sur la population, tandis que Citigroup va devoir se soumettre à un audit sur les inégalités raciales.

“Comment une entreprise peut-elle vouloir en même temps réduire son impact carbone et proposer des offres internet et téléphonie en illimité, qui ne vont pas être de nature à responsabiliser le consommateur sur son utilisation de data ? Il y a une sorte de schizophrénie entre les directions RSE et marketing.“

Olivier Berducou, délégué syndical central adjoint chez Orange, et militant RSE de la première heure.

« La RSE permet de créer de nouveau droits pour les salariés.»  Il n’en reste pas moins que, dans les entreprises, la recherche de cohérence entre le social, l’économique et l’environnemental ressemble souvent à un exercice d’équilibriste (et jamais au détriment de l’économique !). Délégué syndical central adjoint chez Orange, et militant RSE de la première heure, Olivier Berducou souligne la difficulté à concilier les différents impératifs : «Comment une entreprise peut-elle vouloir en même temps réduire son impact carbone et proposer des offres internet et téléphonie en illimité, qui ne vont pas être de nature à responsabiliser le consommateur sur son utilisation de data ? Il y a une sorte de schizophrénie entre les directions RSE et marketing. »

Même si c’est compliqué et que la RSE a ses limites, les avis sont unanimes : la pression monte dans les entreprises, et encore davantage depuis la crise de Covid, pour que la recherche du profit ne soit plus la seule boussole. Les salariés demandent de plus en plus à leur entreprise de « s’impliquer
mais aussi de les aider à s’impliquer personnellement », indique le consultant Martin Richer, qui donne en exemple le développement du mécénat de compétences (c’est-à-dire l’utilisation des compétences de collaborateurs pour les besoins d’associations, d’ONG, etc., sur le temps de travail).

Les élus du personnel sont également plus exigeants et montent en compétences sur le sujet, notamment parce qu’ils sont amenés à négocier de plus en plus d’accord RSE et sont chargés de veiller à leur suivi. « La RSE est un levier complémentaire aux attributions classiques des organisations syndicales dans l’entreprise et permet de créer de nouveaux droits pour les salariés », souligne Olivier Chabrol du cabinet d’expertise Syndex.

Reste aujourd’hui à populariser et exporter la RSE au-delà des grandes entreprises afin de conquérir le tissu des TPE-PME qui est encore très ignorant du concept. Un défi, même si certaines mènent assurément des politiques RSE sans le savoir…