Retraites, la grande cacophonie

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iconeExtrait de l’hebdo n°3841

Le gouvernement va-t-il prendre une mesure sur les retraites dès la fin 2022 ? Depuis la publication du rapport annuel du Conseil d’orientation des retraites (COR), les déclarations contradictoires se multiplient. La CFDT réaffirme sa farouche opposition à ce qui constituerait un passage en force.

Par Jérôme Citron— Publié le 20/09/2022 à 12h00

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© Patrick Allard/RÉA

La publication du rapport annuel du Conseil d’orientation des retraites est toujours un évènement politico-médiatique. Cette neuvième édition, rendue publique le 15 septembre dernier, n’a pas fait exception à la règle. Quelques jours avant sa présentation officielle, le contenu du rapport avait fuité dans la presse et, déjà, les politiques de tout bord le citaient à tort et à travers afin de justifier de la nécessité d’une réforme ou dénoncer les intentions du gouvernement. Cette instrumentalisation du travail du COR, si elle n’est pas nouvelle, nuit de manière évidente à la clarté des débats. Un paradoxe car le COR, créé en 2000, a pour objectif de dresser un état des lieux de notre système de retraite partagé par les partenaires sociaux, les parlementaires et l’administration française.

Que dit le rapport ?

Ce neuvième rapport annuel s’appuie sur le travail effectué par l’institution depuis plusieurs années. Il ne contient donc pas de scoop sur l’état des retraites en France ; il s’agit plutôt d’ajustement en fonction de l’évolution des données fournies par les services de l’État (démographie, croissance économique, taux de chômage, etc.).

Comme dans ses rapports précédents, le COR insiste tout d’abord sur le fait qu’il n’y a pas de dérive côté dépenses. Entre 2021 et 2027, la part des dépenses pour les retraites en France oscillerait entre 13,8 et 13,9 % du PIB. Un taux stable qui révèle bien l’équilibre du système. La période 2028-2032 verrait en revanche les dépenses progresser ; elles oscilleraient entre 14,2 et 14,7 % du PIB. Mais après 2032, les dépenses seraient de nouveau à la baisse, notamment parce que les départs en retraite seront plus tardifs (loi Touraine déjà votée) et parce que l’indexation des pensions sur les prix et non sur les salaires permet de réaliser mécaniquement des économies.

Si l’on observe le système côté solde, le rapport du COR pointe qu’après deux années excédentaires (2021 et 2022) due à un rattrapage économique, le système serait à nouveau en déficit pendant vingt-cinq ans pour ensuite renouer avec l’équilibre. Le montant de ce déficit varie évidemment en fonction des scénarios économiques retenus. « Ce rapport n’est pas une surprise, insiste Yvan Ricordeau, secrétaire national chargé du dossier des retraites. Nous savions que le système serait en déficit quelque temps, mais l’important reste qu’il retrouve l’équilibre à long terme. Et quand on parle de retraites, c’est bien le long terme qui compte. »

Aucune urgence à réformer

La CFDT ne nie donc pas le déficit, mais le relativise. Le COR insiste d’ailleurs sur ce point, en rappelant qu’il n’y a pas d’urgence à réformer, que le système n’est pas en tension à moyen ou long terme : « Selon les préférences politiques, il est parfaitement légitime de défendre que ces niveaux sont trop ou pas assez élevés, et qu’il faut ou non mettre en œuvre une réforme du système de retraite […]. En revanche, les résultats de ce rapport ne valident pas le bien-fondé des discours qui mettent en avant l’idée d’une dynamique non contrôlée des dépenses de retraite. »

Réformer les retraites par un amendement dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), comme semble l’envisager le gouvernement, n’est donc pas acceptable pour la CFDT, qui en a fait une ligne rouge. Reçus par Olivier Dussopt, le ministre du Travail, du Plein-emploi et de l’Insertion, le 19 septembre, les partenaires sociaux ont d’ailleurs réaffirmé unanimement leur opposition à une telle mesure. Même le patronat, qui affirme souhaiter une réforme, semble vouloir temporiser. Officiellement, la décision n’est pas prise. Elle devrait l’être en fin de semaine, après la publication, le 22 septembre, d’un autre rapport très attendu, celui du Comité de suivi des retraites. Ce dernier est « chargé de rendre chaque année un avis public portant sur les objectifs financiers et sur les objectifs d’équité assignés à notre système de retraites ».

Dans le cas où le gouvernement déciderait de passer en force, Laurent Berger, dimanche dernier sur France Inter, a déjà fait savoir que la CFDT « s’y opposerait par tous les moyens ». Et le secrétaire national d’ajouter : « S’il y a déloyauté en passant par le PLFSS, la CFDT cessera les discussions dans le cadre du Conseil national de la refondation. » Réponse dans moins d’une semaine, à moins que la cacophonie perdure… Le vote final de la loi est prévu début décembre.